Ces chefs d'entreprise qui donnent le "la"

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L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINE Ni féministes, ni révoltées, ces cinq chefs d’entreprise ont accepté, pour LSA et la FCA, de témoigner afin de livrer leur vision sur le quotidien des femmes dans le commerce. Récit.

Toutes se racontent de façon très simple. Mais derrière cette humilité se cachent de grandes femmes. À la tête d’une entreprise et d’une famille. Avec en prime, le plus souvent, une importante implication bénévole dans leur groupement respectif. Ces directrices de magasins ont accepté, le temps d’une matinée, de nous raconter la vision de leur métier par le prisme de leur histoire.

Lorsqu’elles ont décidé de se lancer dans l’aventure du commerce coopératifcomme la plupart des postulants, elles l’ont fait à deux. Nathalie Lemonnier a ainsi d’abord été salariée chez un opticien, avant d’avoir son propre magasin avec son mari, lui aussi opticien. Depuis, l’affaire familiale a grossi. Tous deux possèdent maintenant quatre points de vente Optic 2000 et un Lissac, dans la région nantaise, et coordonnent les opérations de promotions locales. Un couple très impliqué, qui doit s’organiser pour conjuguer vie personnelle et professionnelle. « Bien sûr, le quotidien pour une mère est parfois compliqué, admet cette maman de trois bambins. J’ai jonglé avec trois nounous pour les horaires et j’avais vite tendance à culpabiliser quand je passais trop de temps à la centrale. » C’est pourquoi, avec son époux, ils ont défini une répartition des tâches pour organiser au mieux le déroulé de leurs journées. Une organisation bien huilée, vantée par l’ensemble des invitées présentes, pour mener de front vie familiale et boulot. Et favoriser l’équilibre au sein du couple. « Nous le voyons dans tous les secteurs. Le principe de l’épanouissement et du partage des tâches est le moteur des magasins qui fonctionnent le mieux », atteste Alexandra Bouthelier, déléguée générale de la FCA.

 

Les groupements en quête de mixité

Si, dans leurs magasins, la parité semble régner, le constat au sein des groupements qui structurent ces commerces est loin d’être aussi reluisant. Chez Intermarché, 15% des bénévoles impliqués dans le Groupement sont des femmes. Un constat qui désole Béatrice Amblard, à la tête d’un Intermarché Express à Malakoff, avec sa moitié : « Les choses évoluent, mais on a encore coutume de dire que les hommes sont à Bondoufle (le siège d’Intermarché, NDLR) et les femmes en magasin ! » Elle a ouvert son premier point de vente avec son mari, en Mayenne. Lui consacrait, de son côté, une part importante de son agenda au tiers-temps cher à l’enseigne des Mousquetaires, elle, à leur point de vente. Mais cette répartition ne convenait pas à Béatrice Amblard. Divorce ou changement de vie ? Son conjoint a opté pour la seconde solution. Béatrice a donc débuté par un tiers-temps en région, à la communication, avant d’évoluer vers le marketing puis les ressources humaines.

Pour Dorothée Baron, 36 ans, qui gère un magasin Bébé 9 avec son conjoint en Ile-de-France, impossible encore de se rendre aussi disponible que son époux pour l’enseigne : « Nous avons un seul magasin et un commerce récent, dans lequel je dois souvent être physiquement présente. Mais nous multiplions les visioconférences pour pouvoir échanger avec le groupement », assure-t-elle. Dans ce secteur de la puériculture, les femmes sont très nombreuses, même au sein du groupement. Pour autant, selon Sabine Chassagne, qui travaille, elle, dans l’univers masculin du bâtiment, le fait d’être en minorité ne pose aucun problème. Elle dirige une société avec son frère et son beau-frère, et a intégré le groupement Gedex (enseignes Gedimat et Gedibois) sur les conseils de son père… devenant ainsi la première femme membre du conseil de surveillance. « C’est un secteur où les relations sont franches et authentiques. Être une femme ne m’a jamais posé de problème, avance-t-elle. Ça a sans doute été plus difficile pour moi de me faire accepter en tant que fille du patron ! » Bien sûr, le bâtiment reste encore majoritairement dominé par des hommes, « mais cela évolue, estime-t-elle. Des publicités télévisées présentent des métiers au féminin, comme la maçonne, la carreleuse ou la peintre... Cela participe à faire bouger les mentalités et peut-être susciter des vocations chez les femmes ».

25%

des chefs d’entreprise dans le commerce associé sont des femmes

Source : FCA

Vers plus d’équilibre

Plusieurs groupements ont pris ce sujet à bras-le-corps pour tendre vers une mixité plus importante. Intermarché explore ainsi de nouvelles pistes pour féminiser les participants au tiers-temps. « On essaie de proposer une implication moins de deux jours par semaine et nous incitons également les femmes à échanger sur leurs bonnes pratiques », développe Béatrice Amblard, également chargée du recrutement des nouveaux adhérents. Pour Nathalie Lemonnier (Optic 2000 et Lissac), « les femmes ont toujours plus de mal à trouver un créneau pour le tiers-temps. Ce qui serait utile, ce serait de proposer des remplaçants pour pouvoir partir en vacances en famille ou avoir du temps pour s’impliquer dans ces activités bénévoles », préconise-t-elle.

Chez Intersport, les femmes prennent, là aussi, leur place. En témoigne la nomination de la directrice générale Corinne Gensollen, au mois de septembre dernier : « Nous constatons que de plus en plus de femmes participent à la vie du groupement, notamment pour le travail sur les nouvelles collections de textile », assure Muriel Savarieau, vice-présidente de la coopérative. Selon cette experte de l’enseigne, qui a ouvert son premier point de vente en Gironde en 1987, les questions de genre s’améliorent : « La nouvelle génération a à cœur de rééquilibrer les rôles, et je pense qu’elle y parviendra. Ce qui est important, c’est de ne pas opposer les hommes d’un côté et les femmes de l’autre. Mais de comprendre que les deux ensemble constituent une richesse incomparable », assure-t-elle.

Béatrice Amblard, 53 ans

Directrice d’un intermarché express à malakoff (92), avec son mari, chargée du recrutement de nouveaux adhérents au sein des Mousquetaires

« Chez Intermarché, il y a encore les hommes à Bondoufle (au siège, NDLR) et les femmes en magasin. Elles sont en effet 15% à s’impliquer dans un tiers-temps. Moi-même, je m’y suis mise sur le tard. C’est un enjeu important car elles apportent un autre éclairage. C’est pourquoi Intermarché propose maintenant des tiers-temps adaptés, avec la possibilité d’effectuer moins de deux jours par semaine. »

 

Muriel Savarieau, 55 ans

À la tête de quatre magasins intersport, dans la communauté urbaine de Bordeaux (33), vice-présidente de la coopérative Intersport

« J’ai ouvert mon premier magasin en 1987. Et je vois bien que les métiers et le groupement évoluent. Trois femmes sont au conseil d’administration, qui compte vingt membres, et notre directrice générale est une femme : c’est énorme ! On voit qu’elles sont globalement plus présentes pour la vie du groupement, notamment pour le travail sur les collections dans le textile. »

 

Sabine Chassagne, 44 ans

Directrice d’un gedimat, à argentat-sur-dordogne (19), membre du conseil de surveillance au sein de la coopérative gedex (gedimat, gedibois)

« Le secteur dans lequel j’évolue est encore très masculin : on ne compte que 11% de femmes dans le bâtiment. Mais c’est un secteur où les relations sont franches et authentiques. Donc, être une femme ne m’a jamais posé de problème. Ça a sans doute été plus difficile pour moi de me faire accepter en tant que fille du patron ! »

 

Nathalie Lemonnier, 42 ans

À la tête de cinq magasins optic 2000 et Lissac, dans l’agglomération nantaise (44), membre de la commission des partenariats santé dans le groupement

« Sociétalement, la femme est encore chargée de la famille, et on culpabilise vite si on passe trop de temps à la centrale, au détriment de ses enfants. Avec mon mari, qui est également opticien, nous nous sommes réparti les tâches. Nous sommes tous les deux actifs dans le groupement : moi, je me consacre à la formation des équipes, et lui gère les achats. »

 

Dorothée Baron, 36 ans

Directrice d’un magasin Bébé 9, au Kremlin-Bicêtre (94), avec son époux, membre du conseil d’administration

« Le secteur de la puériculture est très féminisé, et j’ai du mal à recruter des hommes ! Les stéréotypes qui demeurent sont surtout auprès des clients : les femmes choisissent les produits pour bébé et l’homme s’occupe de la poussette. Parfois, certains me demandent à parler au patron. Même si c’est moi et que j’ai la réponse à leur question, je n’en fais pas une question d’ego, et j’appelle mon mari. »

Les clichés ont la vie dure

On constate des améliorations en douceur dans l’entreprise et le groupement. Pourtant, certains clichés ont encore la vie dure. Surtout chez les clients de ces enseignes. Que ce soit dans la puériculture, le bâtiment ou l’alimentaire, ces chefs d’entreprise ne comptent plus les fois où les clients exigent de parler… au patron. Si la plupart évacuent ces préjugés en obtempérant, Béatrice Amblard, d’Intermarché, a ses astuces : « Quand les litiges s’enveniment – ce qui est assez rare tout de même –, le fait que j’arrive en tant que patronne étonne les clients et a tendance à calmer le jeu », sourit-elle. En espérant tout de même que ces astuces deviennent superflues.

Julie delvallée

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Article extrait
du magazine N° 2450

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