Ces patrons qui ont marqué la grande conso

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Pour faire face à la crise économique et aux nouvelles approches qu'elle implique, les distributeurs ont opéré de profonds changements dans leurs états-majors, notamment dans l'alimentaire. Certains dirigeants ont également su saisir de belles opportunités de croissance.

Jean-Christophe Garbino convainc début mai les adhérents de Vêti, l'enseigne textile des Mousquetaires, de rejoindre Kiabi, propriété de la famille Mulliez. Michel-Édouard Leclerc avance fin mai dans LSA que « 2009 sera la plus grande année de l'enseigne depuis dix ans », grâce aux ralliements des Coop d'Alsace, d'indépendants de Corse et de la Réunion, soit 29 magasins, mais aussi grâce aux effets de la loi de modernisation de l'économie. Lars Olofsson, le patron de Carrefour, détaille fin juin, à Paris, le plus grand plan d'économies jamais décidé par un distributeur : 4,5 milliards d'euros en quatre ans, dont 2,1 de réduction de coûts. Denis Lambert, président du directoire de LDC, rachète en juillet l'industriel des plats cuisinés Marie, après avoir emporté au printemps le volailler Arrivé face à Terrena. Jean-François Boucher, président de Mr. Bricolage, annonce en octobre la reprise de la centrale Le Club - Les Briconautes. Il passe numéro 3 du secteur.
Javier Campo, patron de la filiale hard-discount de Carrefour, quitte Dia fin mars. Il est remplacé par Ricardo Curras. Jacques-Édouard Charret quitte Casino. Éric Mozas, président d'Intermarché, démissionne mi-octobre, reconnaissant ne pas avoir « suffisamment pris le temps de partager [...] les enjeux qui nous obligent à nous transformer ». Philippe Manzoni lui succède. Alain Souillard, directeur exécutif des hypers Carrefour, puis Guy Yraeta, en charge des pays d'Europe hors France, quittent le groupe, remplacés respectivement par Guillaume Vicaire et Lars Olofsson lui-même. Denis Simon, directeur général de Simply Market France, est remplacé par son patron Europe Philippe Saudo, sous la présidence de Vianney Mulliez, patron d'Auchan. André Lucas devient le 16 octobre, directeur général de la nouvelle branche hypers-supers de Casino. Gérard Walter remplace Jean Duboc comme directeur général de Géant Casino.

Économies, réorganisations, renouvellement, mais aussi développement. Ce sont les quatre principaux axes qui ont guidé les dirigeants du secteur de la grande consommation au cours d'une année qui a vu la consommation des biens d'équipement et de la personne plonger, et celle des produits alimentaires se transformer radicalement. Surtout, cette année de crise et de plans d'économies massifs - dont le plus important d'entre eux, dévoilé en juin par Lars Olofson, l'ambitieux patron de Carrefour, vise la somme record de 4,5 milliards d'euros ! - a provoqué un grand remue-ménage dans les états-majors. Essentiellement du côté des enseignes alimentaires d'ailleurs, car la revue d'effectif avait déjà été opérée en partie fin 2008 par les distributeurs spécialisés.

Le mouvement a commencé dès le début de l'année, avec la passation de pouvoir de Philippe Bourriez à ses deux fils, François et Pierre, à Croissy-Beaubourg (77), devant les 230 cadres du groupe Louis Delhaize (Cora-Match). Un changement de génération qui n'est sans doute pas pour rien dans la cession, annoncée le mois dernier, des magasins antillais du groupe, chroniquement déficitaires depuis leur reprise en 2000. Ce mouvement a été suivi par des valses incessantes dans les deux groupes cotés de la distribution française, Carrefour et Casino. Une première vague, au printemps d'abord, avec le départ de deux figures historiques : Javier Campo, qui rêvait, dit-on, d'un Dia indépendant dont les actionnaires et Lars Olofsson n'ont visiblement pas voulu. Et Jacques-Édouard Charret, l'homme de la marque propre Casino. Il a été remercié pour la bonne et simple raison que le président Jean-Charles Naouri, omniprésent dans la gestion de son affaire, n'avait plus besoin d'un numéro deux entre lui et ses filiales. Un numéro deux qu'il a peut-être réinstitué sept mois plus tard, en nommant André Lucas patron d'une nouvelle branche réunissant les hypers et les supermarchés français, soit la moitié des ventes du groupe.

 

L'époque change, les règles du jeu aussi

Campo, Charret et après eux Alain Souillard (ex-Carrefour Hypers France) ou Guy Yraeta (ex-Carrefour Europe), ce sont des fidèles de longue date qui ont le plus souvent été écartés des postes clés. Logique, car l'époque change et les règles du jeu commercial, notamment en France, aussi. Pour ces distributeurs engagés dans des chantiers de transformation majeurs et confrontés à une concurrence beaucoup plus féroce et incertaine en France, la priorité est d'obtenir des résultats rapides. Or, pour les enseignes cotées ou intégrées, ils tardent à se concrétiser, quand les groupements de commerçants - Leclerc et Système U sont les premiers de la liste - caracolent en tête des panels grâce à quelques ralliements régionaux bien sentis, mais aussi à un travail de longue haleine, mené par le premier sur les prix et par le second sur la proximité, l'ancrage local et les services.

Face à ces belles machines, qui plus est très bien ancrées localement, il était urgent de réagir. Beaucoup ont sollicité du sang neuf. C'est le cas du Suédois Lars Olofsson, qui puise dans le vivier de l'industrie, visiblement persuadé que l'une des choses qui manque le plus à Carrefour, c'est une diffusion structurée de ses meilleures pratiques plutôt que des approches trop informelles et orales. D'autres ont préféré plonger un peu plus les mains dans le cambouis, à l'image de Vianney Mulliez, chez Auchan, sans doute désireux de savoir si le supermarché est décidément un métier où son groupe n'excellera jamais, avant de trancher sur son avenir. D'autres, enfin, ont visiblement voulu calmer le jeu face à des dirigeants trop fougueux qui, comme Éric Mozas, chez Intermarché, ont sans doute commis l'erreur de vouloir changer trop de choses, trop vite. Un exercice très difficile lorsqu'il s'agit de convaincre des centaines de commerçants indépendants.

 

Les aréopages de la distribution redessinés

Convaincre, Jean-Christophe Garbino, le jeune patron de Kiabi, auteur du « deal » de l'année dans le non-alimentaire, a pourtant su le faire en incitant les mêmes Mousquetaires, mais chez Vêti, à rejoindre l'enseigne phare du pôle textile des Mulliez. Tout comme Jean-François Boucher, jeune président de Mr. Bricolage, qui a rallié les Briconautes. Ou encore Leclerc et Système U, qui ont respectivement récupéré les Coop d'Alsace et de Normandie. Sans parler du très discret groupe Sarthois LDC, auteur des deux rachats de l'année dans l'agroalimentaire, Arrivé et Marie. Car pendant que les aréopages de la distribution se sont redessinés, les affaires et la concentration, elles, ont continué de plus belle.

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Article extrait
du magazine N° 2115

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