Ces start-up qui partent à l'assaut du smartphone

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Chinoises, russes, hollandaises ou encore françaises… De plus en plus de petites entreprises se lancent dans le juteux marché du smartphone. Ont-elles une chance de s’imposer face aux mastodontes Apple et Samsung ?  

Quentin Lin, 26 ans. Ce jeune français vient de lancer le smartphone Vitamin A conçu avec un budget de 50.000 euros
Quentin Lin, 26 ans. Ce jeune français vient de lancer le smartphone Vitamin A conçu avec un budget de 50.000 euros

Il s’appelle Quentin Lin, il n’a pas 27 ans et se rêve déjà en Steve Jobs français ou plus exactement en « Xiaomi français » du nom de ce fabricant chinois de smartphones qui a vendu la bagatelle de 61 millions de smartphones en 2014 contre 7 millions à peine en 2012. Un grand bond en avant qui a permis à la société encore inconnue il y a quelques mois de générer 12 milliards de dollars de revenus l’année dernière. Si la feuille de route du jeune parisien est plus modeste, il compte bien lui aussi faire son trou sur l’irrésistible marché du smartphone. Ce diplômé de l’Edhec qui a fait ses armes chez le chinois ZTE a créé il y a moins d’un an avec un associé la société DuneTek qui commercialise depuis une semaine le smartphone Vitamin A. Avec un capital initial de 50.000 euros et un joli carnet d’adresse, Lin a fait plancher une trentaine de personnes (ingénieurs, designers…) en France sur ce qu’il présente comme le « premier smartphone collaboratif ». Soit un appareil Android doté d’une surcouche personnalisable et dont les fonctionnalités évolueront selon les désidératas des utilisateurs. Ces derniers pourront ainsi faire des propositions pour améliorer l’ergonomie du smartphone. Les meilleures idées (réalisables) seront étudiées par les ingénieurs maison et intégrées le cas-échéant dans de futures mises à jour.

 

Le jeune entrepreneur n'en manque en tout cas pas d’idées. Le Vitamin A dispose déjà de petites fonctionnalités amusantes comme Vitamessages qui permet de taper un texto en marchant en regardant devant soi (la caméra en façade s’allume alors rendant l’écran « transparent ») ou encore Vitasafe qui permet de créer des dossiers sécurisés protégés par un code.

 

Le Vitamin A de DuneTek

 

Et la société française n’est pas la seule à se lancer dans le grand bain du smartphone. Depuis quelques mois, on voit éclore régulièrement de petites structures qui conçoivent, développent et commercialisent des téléphones intelligents. Des petites sociétés d’une poignée de salariés comme le russe Yota ou le chinois OnePlus qui veulent surfer sur la vague de la démocratisation du smartphone qui n’en finit pas de grossir. Ainsi selon Deloitte, il devrait s’en vendre 1,35 milliard cette année dans le monde (dont 1 milliard de renouvellement), soit une croissance de 12% par rapport à l’année dernière. Des chiffres qui donnent le tournis et aiguisent les appétits (même Free qui en avait abandonné l’idée, songerait à nouveau à développer son propre smartphone). D’autant que quelques réussites récentes comme Xiaomi en Chine ou Wiko en France (associé au chinois Tinno) sont venues démontrer qu’il était possible de vendre des téléphones même sans logo Apple ou Samsung dessus…

Un ticket d'entrée plus accessible

Comment expliquer une telle recrudescence depuis quelques mois sur un marché dominé par des géants internationaux ? Pour Benoit Flamant, directeur général de Fourpoints et spécialiste du mobile, cela s’explique par une baisse rapide du prix du matériel. « Comme dans le PC, on assiste à une « commoditisation » du matériel dans le smartphone. Tout le monde a accès aux mêmes technologies et tout le monde propose plus ou moins le même produit. La valeur ne se fait plus sur le hardware mais sur le logiciel, les applis... » Comme la barrière à l’entrée est moins élevée, cela permet à de nouveaux acteurs de se frayer un passage. Ainsi Quentin Lin a pu lancer le développement de son smartphone Vitamin A avec seulement 50 000 euros en poche. A titre de comparaison, le développement de l’iPhone aurait coûté plusieurs centaines de millions de dollars à Apple en R&D…

Très cher smartphone russe


Et comme la technologie devient accessible, les bonnes idées peuvent plus facilement se concrétiser. C’est le cas, on l’a vu de DuneTek avec son « smartphone collaboratif » mais aussi du russe Yota qui a déjà lancé deux modèles de son YotaPhone à double écran. Le concept : sur une face, on retrouve un classique écran tactile, sur l’autre, un écran à encre numérique comme sur les liseuses. Le but : permettre de lire plus longtemps sans se fatiguer les yeux et économiser sa batterie en utilisant le second écran qui consomme beaucoup moins d’énergie. Un appareil original, plutôt bien fini mais très cher… Vendu 699 euros sur Amazon, il s’aventure là sur un terrain de chasse où seul Apple et Samsung (et encore ce dernier de moins en moins) peuvent se permettre de s’aventurer. Et si elle est depuis peu distribuée en France, la marque russe aura bien du mal à s’imposer dans ces quartiles de prix élevés.

 

Le YotaPhone 2 du russe Yota et son double écran


Cette démocratisation de la technologie permet en tout cas de tenter de nouvelles approches moins mercantiles et plus en phase avec les aspirations de la société. C’est la démarche du Hollandais Bas van Abel, fondateur et PDG de Fairphone. Son idée: produire un smartphone équitable qui n’exploiterait pas les travailleurs des pays en développement et les ressources aux mains des milices dans les Etats en guerre.  Fabriqué en Chine « dans des usines qui s’engagent à rémunérer convenablement leurs employés », le Fairphone (310 euros) -qui n’est pas un foudre de guerre aux dires des sites spécialisés qui l’ont testé- s’est pourtant écoulé à 50 000 exemplaires et est déjà en rupture de stock. La marque qui a un peu été dépassée par le buzz est en train d’en concevoir un nouveau pour une sortie courant 2015.

 

Le Fairphone équitable

Vendu... sur invitation

Car ne disposant pas des budgets marketing énormes des géants du secteur, ces petites marques doivent faire parler d’elles sur Internet pour exister. Et la championne en la matière est la petite start-up chinoise OnePlus. Certaines mauvaises langues disent que OnePlus n’a d’ailleurs que ça à vendre, du buzz. Car son smartphone a tout du fantasme : un appareil haut de gamme, doté des toutes les technologies de pointe du moment et qui tourne sous Cyanogenmod (une version allégée d’Android). Le tout vendu pour moins de 300 euros. Enfin « vendu », le mot est exagéré, le terme « distribué » parait plus adéquat. Pour susciter l’engouement et le désir, le fondateur de OnePlus, Pete Lau, qu’on présente déjà comme le « Steve Jobs de Shenzhen », a décidé de vendre son smartphone… sur invitation. Comme Google qui, lorsqu’il lance un nouveau service ne le rend dans un premier temps accessible qu'à quelques "happy few", la vente du smartphone One de OnePlus a des allures de soirée privée. Un business model particulier mais qui semble fonctionner puisque la firme a réalisé 300 millions de dollars de chiffre d’affaires en quelques mois. Et devant la demande croissante, la société a fait évoluer son modèle. Désormais, le OnePlus pourra être acheté sans invitation mais seulement... le mardi sur le site du fabricant.

 

Le One du chinois OnePlus fait saliver les geeks

S'imposer en grande distribution


Des démarches originales, des business models novateurs, des produits qui proposent de nouvelles fonctionnalités… Les start-up apportent assurément un vent de fraicheur sur un marché du smartphone dans le fond très suiviste. Mais quelles sont les chances réelles de ces marques face aux géants du secteur ? Si un Wiko en France a su s’imposer grâce à ses prix bas à un moment où la demande en smartphones pas chers explosait avec l’arrivée de Free Mobile, d’autres marques peuvent-elles s’engouffrer dans la brèche ? Pour ça elles devront séduire la grande distribution qui pèse de plus en plus lourd en France dans la vente de mobiles. Selon GfK, la majorité des ventes (52% pour être précis) passe désormais par ce canal. Or, pour s’y imposer, ces start-up devront maîtriser les circuits de distribution, être capable d’assurer une production de masse, un service après-vente… Bref, pour s'imposer, les "petits" seront contraints de ne pas le rester...

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