Chambourcy dans l'incertitude

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CBSA, la PME repreneuse de l'ex-marque de Nestlé, est placée en redressement judiciaire. En février, la marque pourra s'émanciper de ses contraintes d'exploitation.

Le « Chambourcy nouveau » devrait arriver d'ici au printemps 2002. C'est du moins ce que l'on espère à Carbon-Blanc (Gironde), siège de la société CBSA, qui exploitait depuis quatre ans l'ex-marque de Nestlé avec des contraintes de concurrence, qui tomberont - partiellement - en février. Mais l'entreprise doit gérer d'ici là sa mise en redressement judiciaire par défaut de trésorerie. Après six jours d'arrêt de production, faute d'approvisionnement, la société a repris le travail le 21 novembre, sous la tutelle d'un administrateur judiciaire nommé le 19, pour une période d'observation de six mois.

La vie continue donc pour l'entreprise girondine, autoproclamée « start-up du yaourt » lors de sa naissance fin 1997 et qui avait éberlué le monde laitier. Carbon-Blanc SA se constituait en effet, sous la houlette de Jean-Luc Aubagnac, actuel PDG, pour reprendre en même temps que son usine de la banlieue bordelaise la marque Chambourcy. Héritant ainsi de l'ex-troisième marque nationale française de produits laitiers frais, auquel le géant suisse avait renoncé dès 1996 au profit de sa signature internationale Nestlé.

Certes, Nestlé avait assorti cette cession de restrictions strictes : CBSA n'avait pas le droit de fabriquer des produits entrant en concurrence directe avec les ex-gammes Chambourcy. Le repreneur l'a donc réorientée vers le bio. Mais la clause, qui arrive à terme, offre l'occasion de redéployer Chambourcy. Très discrets sur leurs projets, les intéressés confient seulement « travailler à l'extension de la marque depuis le début de l'année ».

Droit de préemption de Nestlé

En attendant, CBSA doit donner les preuves de sa viabilité d'ici à six mois. Après quatre ans d'investissements lourds qui l'ont conduite au surendettement présent. Le cumul des dettes avoisinerait 12 MEUR, de source syndicale. « D'une usine de sous-traitance, il a fallu faire une entreprise à part entière, précise Catherine Lucas, responsable MDD chez CBSA. Avec l'embauche de 50 cadres et salariés administratifs. » De même, la jeune entreprise s'était fait un honneur de payer cash 3 machines de fabrication à quelque 1,9 MEUR l'unité.

Investissements d'autant plus difficiles à rentabiliser que CBSA réalise 90 % de ses volumes à MDD. Donc à faible marge. « Il faut six à neuf mois pour faire aboutir un contrat, les marchés ne sont pas arrivés assez vite au rendez-vous », confie Catherine Lucas. Deux sociétés de capital-risque étaient entrées à hauteur de 30 % dans le capital de CBSA, apportant 12,2 MEUR en avril 2000. Mais, face à un nouveau besoin de recapitalisation en juin dernier, les partenaires ne sont pas arrivés à s'entendre

Pourtant « aujourd'hui nos carnets de commandes sont pleins. Depuis mi-septembre, nous avons un contrat MDD avec une enseigne espagnole, assure Catherine Lucas. Grâce à nos stocks, l'interruption de production n'a pas été ressentie par nos clients. Qui nous garantissent tous leur soutien. » Outre leurs marques propres, les distributeurs aussi ont peut-être envie de voir survivre Chambourcy dans leurs rayons.

Mais, même libérée de certaines contraintes, CBSA n'aura pas les coudées franches sur la

« fameuse » marque : « Jusqu'en 2028, elle ne peut reprendre visuellement ni la fleur ni le tableau de Vermeer (« la Laitière ») emblématiques de l'ancienne marque de Nestlé, indique Éric Boullet, directeur de la communication de Nestlé. Surtout, notre groupe conserve encore un droit de préemption sur la marque jusqu'en 2010. » En clair, si CBSA devait être cédée, pas question de laisser filer Chambourcy « dans la nature » sans contrôle. Ou, pire, de la voir échoir à la concurrence !
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Article extrait
du magazine N° 1747

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