Changement générationnelchez El Corte Inglés

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Le décès du président du groupe, Isidoro Alvarez, à 79 ans, se traduit par la nomination de son neveu, Dimas Gimeno, quarante ans plus jeune. Il devra gérer un important héritage malgré les dégâts causés par la crise.

Les vingt-cinq ans passés par Isidoro Alvarez à la présidence d’El Corte Inglés, dont il possédait 10 % du capital, sont un fidèle reflet de l’économie espagnole. Importé de La Havane (Cuba) par son oncle Ramon Areces dans les années 30, ce concept de grand magasin « à l’américaine » prospère avec l’adhésion de l’Espagne à l’Europe, mais décolle vraiment avec le rachat, en 1995, de son principal concurrent, Galerias Preciados. Ce coup de maître d’Isidoro Alvarez permet au groupe de doubler de taille, passant à 51 grands magasins, soit 90 % de part de marché sur ce format.

L’homme est aussi à l’origine de l’incroyable diversification du groupe, qui, en plus de ses 88 grands magasins, aligne aujourd’hui 43 hypers (Hipercor), 203 supers (Supercor et Opencor), 29 GSB (Bricor), 100 boutiques de mode (Sfera) et plus de 500 agences de voyages. Mais l’euphorie des années 2000 (17,9 Mrds € de ventes et 716 M € de bénéfice en 2007-2008) se heurte bientôt à une crise de la consommation majeure que le distributeur, à l’instar du gouvernement de l’époque, n’a absolument pas vu venir.

Poursuivre la modernisation

Face à la percée du « low-cost » ou du soft-discount (incarné par la chaîne de supermarchés Mercadona), son modèle de « tout sous le même toit » à prix élevé entraîne El Corte Inglés dans une spirale descendante qu’Isidoro Alvarez semble avoir du mal à maîtriser. Heureusement, il appelle à la rescousse de son état-major un peu vieillissant des talents plus jeunes venant de concurrents comme Carrefour ou Inditex. D’où la décision de baisser de 20 % ses prix sur 5 000 références alimentaires (2012), l’accent mis sur sa marque propre Aliada (lancée en 2008) ou la récente consolidation d’une enseigne d’habillement enfin capable de tenir tête à Mango ou à Zara, Sfera. Si bien que, fin août, lors de sa dernière apparition publique, Isidoro Alvarez a la satisfaction d’annoncer un résultat net 2013-2014 de 172 M €, de nouveau en hausse après cinq années de chute consécutive.

L’heure d’un retour en force ? À voir. En tout cas, le successeur d’Isidoro Alvarez, son neveu, Dimas Gimeno, n’aura pas la tâche facile : entre autres, il lui faudra poursuivre la modernisation du concept de grands magasins par l’incorporation de nouveaux services et atteindre l’objectif fixé par son oncle « de procéder à l’internationalisation dans un délai raisonnable ». Hormis quelques établissements Sfera, des agences de voyages, deux grands magasins à Lisbonne et à Porto et l’e-commerce, El Corte Inglés continue de dépendre à plus de 95 % du marché espagnol. Un handicap qui a ­assombri les six dernières années de prési­dence d’Isidoro Alvarez et pourrait peut-être trouver un début de solution en Amérique latine ou en Asie.

 

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Article extrait
du magazine N° 2334

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