Changements de mains dans les surgelés

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En moins de un mois, Iglo et Picard ont annoncé des changements de propriétaires, Nomad pour l’industriel et Aryzta pour le distributeur. Une nouvelle donne qui prouve le regain d’intérêt des investisseurs pour le secteur.

Branle-bas de combat dans l’univers du surgelé. Coup sur coup, deux acteurs de poids du secteur – d’un côté l’industriel leader européen des surgelés, Iglo et, de l’autre, le distributeur Picard – ont annoncé un changement de propriétaires. Deux opérations qui n’ont rien d’une totale surprise, les rumeurs courraient depuis des mois. Et même depuis 2012 pour Iglo, dont son propriétaire, le fonds Permira, n’avait pas caché le souhait de se désengager. C’est désormais chose faite donc, puisque, le 20 avril 2015, le groupe Iglo dévoilait le nom de son nouveau propriétaire. À savoir, Nomad, une société d’acquisition quasi inconnue, basée dans les îles Vierges britanniques et fondée il y a tout juste un an par deux hommes : Martin E. Franklin et Noam Gottesman. Et ce pour la jolie somme de 2,6 milliards d’euros. L’opération reste soumise aux conditions de clôture habituelles et devrait être finalisée au deuxième trimestre 2015.

Travail solide de Permira

Dans le cadre de ce rachat, le fonds a choisi de créer une nouvelle structure, Nomad Foods, dont Permira détiendra 9%. « Cette prise de participation de Permira est une bonne stratégie. C’est un retour sur investissement et il va pouvoir jouir des bénéfices de ce partenariat », confie Jean-Daniel Pick, expert de la distribution et de la grande consommation. Une structure qui laisse à penser que de nouvelles acquisitions dans le domaine seraient envisageables pour Nomad. Mais, aujourd’hui, quels sont la marge de manœuvre et le potentiel de développement d’Iglo ? Les réponses restent floues. Ce que l’on sait d’ores et déjà, c’est que le CEO du groupe, Elio Leoni Sceti, partira du groupe en juin prochain pour rejoindre le groupe de cosmétiques américain Coty. Pour le reste, à la barre d’Iglo depuis 2006, Permira a déjà fait beaucoup. Il a permis à l’industriel de devenir leader des surgelés en Europe et a effectué un gros travail de restructuration, notamment en France, pour relancer la marque. Le groupe occupe désormais une position solide, avec un chiffre d’affaires total de 1,5 milliard d’euros en 2014.

Picard, un exemple à suivre…

« Le surgelé en Europe est une industrie en développement mais lent. Par ailleurs, la perception des produits dans l’esprit des consommateurs n’est pas toujours très bonne, à l’instar de l’Espagne ou de l’Angleterre. La grande bataille autour de cette industrie est de redorer son image et d’opérer une montée en gamme. Exactement ce qu’a réussi à faire Picard », détaille Jean-Daniel Pick. Une stratégie qui a d’ailleurs permis au distributeur de trouver, sans trop de peine, un repreneur.

Quatre mois après avoir annoncé sa volonté de céder sa place, le fonds Lion Capital, propriétaire de Picard depuis 2010, est en passe de conclure l’opération. Si des noms circulaient, celui d’Aryzta a surpris. C’est pourtant le spécialiste de la boulangerie industrielle surgelée qui a remporté la mise. Sur 49% du distributeur dans un premier temps, pour 446,6 millions d’euros. Et il dispose d’une option d’achat pour acquérir, d’ici trois à cinq ans, 100% du groupe, qui serait valorisé, dette comprise, à environ 2,25 milliards d’euros. Le projet reste soumis à l’approbation des Autorités de la concurrence.

… Qui doit se développer à l’international

« Cette vente partielle par Lion Capital confirme la créativité et le succès des fonds, qui ont toujours développé Picard. Aryzta réalise un bel investissement, dans un actif solide, qui permet de diversifier son risque et ses activités, mais avec des synergies relativement faibles à court moyen terme », explique Éric Toulemonde, fondateur d’EkaPartners.

Mais l’industriel suisse a du pain sur la planche. « Picard est une belle entreprise, avec un beau potentiel, mais ça ne sera ni facile ni rapide. L’ouverture de magasins commence à être limitée en France, et le retournement de situation en Italie prend du temps [l’enseigne locale Gel Market s’est trouvée dans la corbeille du rachat de Gel 2000 en 1999, NDLR]. Le développement à l’international est un incontournable aujourd’hui. Le fait que le repreneur soit un industriel lui confère une vision sur le long terme, chose impossible pour un fonds, dont la durée des acquisitions n’excède pas les trois à cinq ans », analyse Jean-Daniel Pick.

Ces opérations prouvent que les investisseurs sont moins frileux et constituent un signe positif pour le marché. « L’attrait pour les biens de consommation s’intensifie », conclut Éric Toulemonde. 

Le champion français repris par un industriel suisse

picard en chiffres

  • Plus de 920 : le nombre de magasins en France et à l’étranger
  • 1,37 Mrd € : le CA 2014
  • Lion Capital : actionnaire depuis 2010
  • 446,6 M€ : le montant du deal pour racheter les 49% de Picard.
  • 2,25 Mrds € : le montant pour 100% (dette comprise)

Source chiffres : LSA

Et après ?

  • La transaction avec le nouvel investisseur, Aryzta, semble s’inscrire dans le long terme.
  • Le développement à l’international est incontournable pour Picard.
  • Pour Aryzta, cette acquisition est une diversification des marchés et de réseau, mais pas de synergies possibles avec ses activités.

Qui est Aryzta, le futur repreneur ?

  • Un groupe agroalimentaire suisse, spécialiste de la boulangerie industrielle surgelée. Il détient également la marque France Délice depuis 1999 et le groupe Hubert depuis 2005. Il est présent dans 25 pays (en Europe et en Amérique du Nord).
  • Le projet d’achat doit encore être validé par l’Autorité de la concurrence.

En rachetant une partie de Picard, Aryzta réalise un investissement financier judicieux sur le long terme qui diversifie ses activités.

Éric Toulemonde, fondateur d’EkaPartners

 

Le leader européen des surgelés passe chez un nouveau fonds

Iglo en chiffres

  • 1,5 Mrd € : le CA d’Iglo en 2014
  • 50 M€ : le CA d’Iglo France en 2014
  • Permira : actionnaire depuis novembre 2006
  • 2,6 Mrds € : le montant du deal

Source chiffres : Iglo

  • Portefeuille : marques Birds Eyes (Royaume-Uni et Irlande), Iglo (Allemagne, Autriche, Belgique, Pays-Bas, France et autres pays européens) et Findus pour l’Italie.

Et après ?

  • La transaction devrait être finalisée au deuxième trimestre 2015.
  • L’actuel CEO d’Iglo, Elio Leoni Sceti, quittera ses fonctions en juin prochain.
  • Après le travail de restructuration opéré par Permira dans certains pays, Nomad va devoir travailler pour une montée en gamme des surgelés en misant sur la valeur ajoutée.

Qui est Nomad, le futur repreneur ?

  • Une société d’acquisition, basée dans les îles vierges britanniques, créée en avril 2014 par Martin E. Franklin et Noam Gottesman.
  • Avec cette acquisition, Nomad va créer l’entité Nomad Food, dont Permira détiendra 9%.

Permira se désengage partiellement d’Iglo, avec une prise de participation de 9% dans Nomad Foods. C’est une bonne stratégie, car ils vont bénéficier d’un retour sur investissement.

Jean-Daniel Pick, expert de la distribution et de la grande consommation

 

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Article extrait
du magazine N° 2365

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