Chez Biolüske, le bio fait son cinéma

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

Concept - Décor original, cours de cuisine pour les adultes, ateliers de lecture pour les enfants, assortiment rare, ce supermarché bio implanté à Berlin détonne. Reportage.

L'endroit ne ressemble pas à un supermarché traditionnel. Sa façade blanche et sa jolie verrière bombée donnent un petit côté suranné à ce lieu installé dans une rue commerçante d'un quartier berlinois bobo. L'impression se renforce une fois la porte d'entrée franchie. La hauteur sous plafond est hors du commun. Au-dessus des caisses, sur un balcon de 120 m2, une cuisine dernier cri accueille les amateurs venus apprendre à mijoter des recettes. Le fond de ce magasin baptisé Biolüske est occupé par un rayon de viande, charcuterie et fromage à la découpe, et surplombé d'une surface blanche qui ressemble à s'y méprendre à un écran de ciné. Étonnant ? Frank Lüske a repris un ancien cinéma pour ouvrir un supermarché bio en 2004.

Le choix d'un lieu

Au début des années 90, ce jardinier de formation part en Irlande travailler dans une ferme bio. Il revient en Allemagne trois ans plus tard, suit une formation en horticulture et crée une société de vente à distance de vestes en toile huilée. Puis il s'intéresse au marché bio : « Le premier supermarché bio allemand a ouvert en 1998. Je l'ai visité, je l'ai aimé, mais j'ai voulu poussé ce concept à un autre niveau. J'ai décidé de me lancer en 2000. » Pendant dix-huit mois, il apprend les ficelles du métier dans une grande surface bio. Le joli profit réalisé avec la cession de sa PME de VAD incite les banques à prêter les fonds pour se lancer dans l'aventure.

Le succès dépendant en grande partie de l'emplacement, Frank Lüske « parcourt à vélo pendant un an les rues de Berlin pour trouver un site adéquat. Quand j'ai vu cet ancien cinéma transformé en un magasin discount Plus, j'ai su que j'avais découvert le bon site ». Six mois de travaux plus tard, les faux plafonds sont retirés, l'espace à l'entrée dégagé au maximum pour donner de l'air.

Un problème de taille restait à résoudre : que faire du balcon ? « Les gens n'aiment monter un étage pour acheter de la nourriture, reconnaît Frank Lüske. J'ai eu l'idée d'installer une grande cuisine pour proposer des cours de cuisine. » Vingt à vingt-cinq fois par mois, de 19 à 23 heures, des groupes de 10 à 14 personnes viennent cuisiner un repas de cinq plats en compagnie d'un chef. En fonction de la renommée de celui-ci, la « leçon » est facturée de 79 à 149 E par personne, nourriture et boissons alcoolisées incluses. « Cette activité est plus rentable que si nous proposions de l'alimentaire sur ce balcon », avoue le patron, qui y organise aussi des lectures de contes pour les enfants.

« 75 % de nos clients sont des femmes, note Frank Lüske. Et 90 % des fidèles n'achetaient pas du bio il y a cinq ans. Ce n'est pas une question d'argent, mais d'éducation. Plus les gens sont éduqués, plus ils sont prêts à dépenser plus pour se nourrir. Le déclic se produit souvent quand les couples ont leur premier enfant. »

Préserver son identité

Les premiers pas des nouveaux adeptes sont timides : ils commencent par du pain, puis de la viande, et remplissent leur panier au fil des mois. À Biolüske, où l'alimentaire est roi (93 % de l'offre), ouvert du lundi au samedi de 8 à 20 heures, les clients, âgés le plus souvent de 40 à 45 ans, achètent 8 à 10 produits par visite.

Mais la concurrence est de plus en plus rude en Allemagne. En 2006, 50 supermarchés bio y ont ouvert leurs portes, soit un total de 350. Les ventes ont progressé de 16 % en un an, à 4,5 milliards d'euros, soit 3 % de la distribution alimentaire. Du coup, les enseignes traditionnelles regardent ce marché avec gourmandise. 15 % des produits frais du nouveau concept de supermarché de Tengelmann sont étiquetés bio. Même les discounters, comme Aldi et Lidl, s'y mettent.

Cela n'inquiète pas Frank Lüske : « Nous vendons des articles que l'on ne trouve pas ailleurs, comme des pâtes aux truffes ou de la viande de sanglier. Nous voulons être présents sur une petite niche. » Mais pas question d'ouvrir d'autres grandes surfaces : « Les enseignes qui se développent perdent leur identité. Pour avoir du succès, tout dépend du personnel. Je vois mes 40 salariés tous les jours, et je vais leur parler dès qu'ils n'ont plus le sourire aux lèvres. Je ne pourrais pas faire ça avec 9 supermarchés... »

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2034

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Recevez chaque semaine l’actualité des marchés, des distributeurs et des fournisseurs de produits bio et responsables, alimentaires et non alimentaires.

Ne plus voir ce message
 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA