Christian Raisson et Philippe de Chanville, les entrepreneurs bricoleurs

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Dossier Dix ans d’écart, mais un même parcours et une même passion, le bricolage. Christian Raisson et Philippe de Chanville s’ennuient dans un fonds d’investissement quand ils ont l’idée, en 2012, de créer un site dédié, baptisé Mano Mano depuis 2015. Les deux entrepreneurs sont les personnalités de l'année des Trophées LSA de l'Innovation 2017 dans la catégorie distributeur e-commerce.  

Christian Raisson et Philippe de Chanville, les entrepreneurs bricoleurs
Christian Raisson et Philippe de Chanville, les entrepreneurs bricoleurs© © Eric Garault / Pasco

On n’est jamais mieux servis que par soi-même. Bricoleurs en herbe, Christian Raisson et Philippe de Chanville se retrouvent chaque matin devant la machine à café. Le premier vient d’acquérir une « vieille bicoque » en Charente. L’un (Philippe) affectionne particulièrement les travaux d’électricité et de plomberie, l’autre (Christian) a un penchant pour les « revêtements » et aime faire des meubles. « On se montrait tous nos ratés de bricolage du week-end, raconte ce dernier. Nous avions une expérience client assez déplorable. Dans les grandes surfaces de bricolage, il n’y avait ni le choix, ni un prix attractif. Il faut compter 60 à 70 € pour trois bouts de plastique. Sans compter le manque de conseil : on y allait trois fois dans le week-end. » Les deux compères passent en revue différents secteurs : la pharmacie, le vin, l’éducation… Ce sera donc le bricolage. « Philou, c’est moi avec dix ans de moins. » Christian Raisson a rencontré Philippe de Chanville en 2012, alors qu’ils travaillaient tous deux chez Otium, un fonds créé par le fondateur de Smartbox. Ils ont quatre enfants chacun. « C’est important », souligne le premier. Deux épouses enseignantes. Et tous deux ont fait la même école, l’Edhec de Lille, à dix ans d’intervalle.

Le secteur du bricolage n’existait pas sur le Net

Quand il en sort en 1994, Christian Raisson monte sa première boîte, Procredis, qui fait du crédit instantané aux entreprises.

« J’ai toujours eu le goût d’entreprendre », raconte ce fils de fonctionnaires. Après s’être refait une santé financière chez Deloitte & Touche, il a une deuxième idée, dans le secteur de la formation professionnelle, appelée Planète Formation. En 2010, il rejoint finalement Otium, où il dirige des filiales, dont Gault & Millau.

Son comparse, financier de formation, reste huit ans à Londres dans des fonds de capital-investissement, avant de rentrer en France en 2008, crise des subprimes oblige. « C’est une bonne école. En arrivant chez Otium, je découvre le monde des start-up et réalise que je ne suis pas à la bonne place du côté des investisseurs. » De cette rencontre naît le site Mon Échelle, en 2012, devenu Mano Mano en 2015.

Leur analyse est simple : dominé par le duopole Adeo (Leroy Merlin) et Kingfisher (Castorama), le secteur du bricolage n’existe pas sur le Net. « Les distributeurs physiques considèrent le web comme une menace, explique Christian Raisson. Ils n’ont pas voulu investir et le voient juste comme un outil de trafic en magasin. » ­Philippe de Chanville complète : « La richesse de l’information, elle est sur le web. Nous nous sommes dit que nous pouvions offrir une expérience client différenciante pour le bricolage. » Différenciante par la largeur de l’offre (1,2 million de produits), le prix (20 % de moins), le conseil (une centaine de Mano Advisers ou des particuliers bricoleurs experts).

Les débuts n’ont pas été faciles. Comme les deux entrepreneurs n’ont pas beaucoup d’argent, ils commencent par une market­place, ce qui leur permet de ne pas supporter les stocks. Fin 2013, Mon Échelle propose déjà 100 000 produits. Mais les fournisseurs, notamment les grandes marques, ne suivent pas toujours. « Nous étions assez frileux parce que nous voyions fleurir un peu tout et n’importe quoi chez Mano Mano, raconte Christophe Vinsonneau, PDG du groupe CDH, qui fournit au site des échelles ou des brouettes. Et puis les fondateurs ont fait le ménage dans l’offre. Ils pouvaient refuser des vendeurs pour laisser la place à des industriels. J’ai découvert chez eux à la fois un esprit de start-up, peu commun dans le bricolage, et une grande écoute. » Autant de qualités qui leur ont servi : en un an, Mano Mano triple son chiffre d’affaires, de 90 à 270 millions d’euros et convainc 800 marchands de les rejoindre. Leur fait d’armes le plus spectaculaire a lieu en 2017. Les deux diplômés de l’Edhec ont levé 60 millions d’euros, leur troisième levée et l’une des plus importantes de l’année dans le monde des start-up.

Grandir ensemble

Maintenant, comme dans la vraie vie, le couple d’entrepreneurs doit grandir ensemble. « Nous allons doubler la boîte d’ici à dix-huit mois », fanfaronne Christian Raisson. À lui le sourcing et les relations avec les marchands, à Philippe de Chanville la gestion de la data et le marketing. Ensemble, ils comptent bien renforcer la notoriété de Mano Mano dans les nouveaux pays où ils sont présents, notamment la Grande-Bretagne et l’Allemagne. D’ici là, ils auront déménagé avec leurs jeunes équipes (26 ans de moyenne d’âge) de l’avenue de la Grande-Armée, à Paris, au 17e arrondissement dans l’ancien atelier de la marque de joaillerie Jaeger-LeCoultre. Le début de l’embourgeoisement ?

En dates

Christian Raisson

  • 1969 Naissance à Saint-Mandé
  • 1994 Sort de l’Edhec Lille
  • 2000-2001 Fonde Procredis
  • 2001-2005 : Deloitte & Touche
  • 2005-2010 Fonde Planète Formation
  • 2011 Directeur administratif et financier d’Otium Capital (Smartbox)
  • 2012 Création de Mon Échelle, baptisé Mano Mano depuis 2015

Philippe de Chanville

  • 1980 Naissance à Clamart
  • 2003 Sort de l’Edhec Lille et part à Londres
  • 2003-2008 Deux expériences à Londres (BDO et Londres Caledonia Invest)
  • 2009 Entre chez Otium Capital
  • 2012 Part avec Christian Raisson pour fonder Mon Échelle

 

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Article extrait
du magazine N° 2486-2487

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