Christophe Arnoult (Asmodee) : "Nous décalons la sortie d'un quart de nos nouveaux jeux"

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DossierINTERVIEW Alors que le jeu de société fait partie des rares best-sellers actuels du non-alimentaire, Christophe Arnoult, directeur général d'Asmodee France, revient sur la situation du géant français du jeu, contraint de s'adapter à la nouvelle donne créée par la pandémie de coronavirus.

Christophe Arnoult, directeur général d'Asmodee France, explique comment l'éditeur de jeux de société et de cartes - les fameuses cartes Pokémon notamment - s'est organisé pour s'adapter à la crise du coronavirus.
Christophe Arnoult, directeur général d'Asmodee France, explique comment l'éditeur de jeux de société et de cartes - les fameuses cartes Pokémon notamment - s'est organisé pour s'adapter à la crise du coronavirus.© VY/ LSA

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L’éditeur et distributeur français de jeux de société et cartes (Pokémon notamment), touché par la fermeture des commerces spécialistes, a réussi à sauvegarder une petite partie de son activité normale et a revu son organisation pour tenir durant cette période de confinement et préparer la reprise.

Entre dialogue avec ses partenaires et report de lancements de nouveautés, Christophe Arnoult, directeur général d’Asmodee France, explique comment le groupe s’est adapté à cette situation de crise.

LSA – Comment Asmodee s’est-il organisé depuis le début de la crise ?

Christophe Arnoult – Dès que nous avons appris la fermeture des écoles, nous avons commencé à mettre en place le télétravail et instaurer des mesures de sécurité pour nos salariés. Mais l’ampleur de la crise nous a pris de court. Comme lorsque l'on encaisse un uppercut, il a ensuite fallu passer au constat : vérifier ce qui était cassé et les activités qui pouvaient fonctionner.

Nous avons réduit notre activité logistique à cause de la fermeture de certains magasins non-alimentaires comme les spécialistes du jeu. Asmodee travaille ainsi avec plus de 800 boutiques indépendantes de jeux de société qui constituent ce que nous appelons notre marché « core ».

Il reste les grandes surfaces alimentaires et l’e-commerce qui nous permettent de réaliser entre 25 et 30% de notre chiffre d’affaires habituel. C’est mieux que rien car, au moins, ce n’est pas zéro... et cela permet à un quart de notre équipe logistique de fonctionner.

LSA – Avez-vous recouru au chômage partiel ?

C. A. - Sur nos 290 salariés en France, beaucoup sont en télétravail, notamment les studios de développement de nos jeux mais aussi au siège. Moins de 25% de nos salariés sont en chômage partiel, notamment dans la logistique et l’événementiel suite aux annulations de festivals de jeux et événements estivaux.

Nous voulions limiter le recours au chômage partiel par souci de responsabilité, car d’autres entreprises auront davantage besoin des aides de l’état que nous, mais aussi car il y a beaucoup de travail à accomplir : nous sommes en dialogue permanent avec nos partenaires distributeurs et fournisseurs pour définir comment nous pouvons les accompagner au mieux et préparer la reprise.

LSA – Comment voyez-vous cette reprise ?

C. A. – Asmodee dispose de 19 unités de distribution dans le monde, notamment en Italie et en Espagne, deux pays très touchés par la pandémie. Nous savons qu’après la crise sanitaire actuelle, viendra une crise économique. Il faut se préparer à ce choc. Les commerces auront besoin de temps pour se relancer après le confinement et beaucoup d’interrogations restent quant au comportement des consommateurs : le climat de crainte sanitaire perdurera plusieurs mois, sans doute avec une restriction de la circulation des habitants et un afflux très réduit de touristes. Un été un peu « entre nous », avec les familles à la recherche de nouveaux loisirs ou jeux… A moins qu’après deux mois de confinement, ils soient lassés des jeux de société.

Traditionnellement, le jeu de société est peu touché par les crises, comme en 2008 par exemple. La montée de la demande depuis le confinement montre qu’il reste une valeur sûre pour les familles en quête de convivialité, de partage et d’évasion. Nous vivons une période historique : c’est du jamais vu au niveau mondial ! On voit aussi monter les préoccupations écologiques, la consommation locale et les changements de mode de consommation. La crise du Covid-19 est aussi une opportunité de prendre le temps de repenser nos façons de travailler, de consommer, de distribuer.  

LSA – Avez-vous dû décaler certains de vos lancements ?

C. A. – Notre mot d’ordre cette année était déjà de réduire le nombre de nos nouveautés (environ 200 par an) de 30% car, si le marché du jeu de société est de plus en plus attractif et challengé, cette profusion de nouveautés crée un engorgement dans les boutiques. Fermées à cause du confinement, ces boutiques voudront d’abord écouler leur stock actuel avant de faire entrer des nouveautés. Nous avons donc décidé de repousser 20 à 25% de nos lancements, soit trois à quatre jeux par mois.

En cartes, nous avons aussi reporté le lancement, prévu en avril, de nouveautés Magic the Gathering à cause de la fermeture des magasins et de l’impossibilité d’organiser des tournois et événements. Nous aurions également dû relancer en ce moment les Pogs mais nous avons finalement reprogrammé la sortie de ce jeu de cours de récré au printemps 2021.

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