Citizen Kantzes

"70 % des internautes se disent " très préoccupés " par l'utilisation de leurs données personnelles sur internet. "

L'histoire de ce 3e année de HEC qui s'était plaint sur internet du manque d'égards d'un employeur potentiel a fait le tour de l'e-planète. Une certaine Fatima s'en était mêlée, dénonçant l'arrogance du jeune homme et le rappelant à plus d'humilité. Ce conseil lui avait valu une réponse qualifiée « d'ordurière » par une théorie d'internautes scandalisés. Un grand patron new-yorkais avait même pris la souris pour informer le jeune Français qu'il pouvait désormais se dispenser de chercher du travail dans quelque pays que ce soit. Épilogue : l'annonce sur internet du suicide de l'étudiant. Aux dernières nouvelles, il va bien, HEC l'a confirmé : l'entrefilet nécrologique n'était qu'un canular virtuel.

Reste que le jeune diplômé se passerait sans doute de cette notoriété aussi soudaine qu'embarrassante. En laissant sa griffe sur la Toile, il savait pourtant qu'il tirait un trait sur son anonymat. Comme tous les internautes. Christopher Kantzes l'a appris à ses dépens. Ce citoyen américain a été choisi au hasard par le « Minneapolis Star Tribune » pour démontrer à quel point les moteurs de recherche rendaient illusoire toute confidentialité sur le net. L'objectif était de dénoncer ces dérives. La démonstration fut exemplaire : aucun lecteur n'ignore plus que Christopher a passé son enfance à Salisbury, qu'il travaille chez Fisher-Rosemount, qu'il raffole des bières Garrison Keillor et qu'il déteste Bill Gates

Cette anecdote figure dans le cahier « Laser n° 2 », précisément consacré à la protection de la vie privée « face aux excès de sollicitude du monde marchand en ligne ». Les nouvelles technologies permettent de « tracer » des comportements pour mieux cibler les consommateurs. Mais ce marketing « one to one » n'exclut pas les dérapages. Qu'adviendrait-il si des fournisseurs d'accès s'avisaient d'exploiter, voire de commercialiser, la masse d'informations qu'ils détiennent sur leurs abonnés ? Déjà, remarque le sociologue Serge Gauthronet, les autorités policières et judiciaires s'intéressent de près à ces « puits de renseignements ». Les consommateurs ne sont pas dupes. Selon l'OCDE, 70 % des internautes se déclarent « très préoccupés » par l'utilisation de leurs données personnelles sur internet. Au point que 40 % avouent mentir et que 41 % se déconnectent dès qu'on les interroge. Un sérieux obstacle au développement du commerce en ligne.

Pour vaincre ces réticences, les entreprises n'ont pas le choix : elles doivent informer leurs clients de la finalité des collectes d'informations et s'engager à protéger leurs données personnelles. Et ce, sans attendre une hypothétique réglementation internationale. Microsoft l'a bien compris, qui va proposer aux cybermarchands un guide et des messages préconçus, baptisés « Privacy Wizard » à afficher sur leurs propres sites. Une sorte de label signalant ceux qui s'engagent à respecter les informations privées et à être transparents sur l'usage qu'ils en font. De quoi relancer la polémique sur l'impérialisme de la firme américaine. De quoi aussi réconcilier Citizen Kantzes avec Bill Gates.

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Article extrait
du magazine N° 1638

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