Classement LSA : Les 100 premières enseignes en France

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L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINE Mauvais millésime 2013 pour les 100 premières enseignes de commerce en France dont les ventes sont tout juste stables. La faute à des gros bras en panne, englués dans la crise et les prémisses de la déflation. Mais, en cinq ans, le chiffre d’affaires du top 100 LSA des champions du commerce de détail en France a gagné 25 milliards d’euros, à 290 Mrds €.

Les champions de la distribution en France sont passés à deux doigts de la correctionnelle en 2013. D’après notre classement exclusif, les ventes brutes (TTC) des 100 premières enseignes de France ont progressé de seulement 0,7% l’an dernier, à 290 milliards d’euros, frôlant leur plus mauvais score historique, celui de 2009 et sa baisse de 0,9%, quand la consommation – notamment alimentaire – subissait de plein fouet la première vague d’une crise qui n’a guère cessé depuis. Et encore, un nombre inhabituel de distributeurs n’ayant pas souhaité communiquer de chiffres ou au moins vérifier nos évaluations cette année, ce chiffre très légèrement positif pourrait être corrigé… à la baisse.

Concrètement, trois des quatre grands secteurs qui dominent le commerce de détail en France n’ont pas joué leur rôle de locomotive. Le bricolage/jardinage, la maison et, surtout, le premier d’entre eux, la distribution alimentaire qui, du fait de son poids dans le classement (70%), donne chaque année le la du top 100. Les difficultés de Dia, la stratégie de baisse des prix massive de Casino et la déflation des PGC qui a démarré mi-2013 ont, en effet, brouillé la partition des géants de l’alimentaire. Résultat, les 26 enseignes ­composant notre classement n’ont gratté qu’un petit milliard d’euros supplémentaire.

Top 100 LSA des principales enseignes du commerce en France
Chiffres clés des principales enseignes du commerce en France classées en fonction du CA TTC 2013

Méthodologie

sur la base des CA TTC de chaque enseigne, carburants compris. Dans les groupes multienseignes, chacune est classée individuellement, sauf pour la proximité et quelques cas spécifiques. Données issues des déclarations des enseignes ou, à défaut, estimées à partir de diverses sources (rapports annuels, instituts d’études, LSA Expert)...



Baisse des prix et crise de l’hyper

La mauvaise santé des gros hypermarchés qui continuent de tirer la langue n’a pas arrangé les choses. Comme un symbole, Auchan, en recul de 2,6%, a cédé sa quatrième place à une chaîne de supermarchés, Super U qui, lui, rendait pourtant plus de 4 milliards d’euros il y a cinq ans ! Pas de quoi désespérer Vincent Mignot, le directeur général de l’enseigne en France. S’il reconnaissait, en mars, avoir perdu 0,4 point de part de marché, il se félicitait de la bonne résistance d’Auchan dans la bataille de la clientèle. « C’est fondamental. La fréquence des visites a un peu baissé, les dépenses moyennes aussi, mais pas la taille de notre clientèle. » Trois mois plus tard, il décrétait toutefois un gel des investissements jusqu’à la fin de l’année…

La pente est encore plus rude pour Casino qui aura brûlé plus de 700 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2013 dans une baisse des prix généralisée dans ses magasins en France. Mais qui, à en croire Jean-Charles Naouri, le patron et propriétaire du groupe, voit le bout du tunnel avec, notamment, le retour dans le vert des ventes de Géant en France au deuxième trimestre 2014. « Notre politique de prix pour l’année à venir est un secret d’affaire, je n’en dirai rien, expliquait le PDG en février. Cela dit, avec une croissance en volume de 8%, ça va, le client répond bien. On est à un niveau prix satisfaisant. » Reste quand même Monoprix, la vache à lait du groupe en France, dont la situation n’est pas reluisante. En dépit de 42 ouvertures, dont 8 Monoprix, les ventes ont stagné à 4,262 milliards d’euros.

Autre victime, côté hard-discount cette fois-ci : Dia, qui a dévissé (- 10,9%). Carrefour, qui vient de racheter Dia France, aura du pain sur la planche pour redresser les ventes. Quant à Cora, son avenir est de plus en plus source d’interrogations. Combien de temps une enseigne de 6 milliards d’euros, en recul de 2,5%, pourra-t-elle préserver son indépendance ? La guerre des prix qui fait rage rend la question d’autant plus pressante.

Heureusement que les indépendants ont tenu la baraque. Une fois encore ! À l’image de Leclerc qui garde largement la tête et engrange 1,3 milliard d’euros supplémentaire (+ 3,2%), devant Intermarché (+ 1,7%). Des exceptions surnagent également, même si elles se positionnent beaucoup plus bas dans le classement, comme Biocoop. Son image de puriste du bio et une ­expansion rapide ont permis à l’enseigne de dépasser 620 millions d’euros de chiffre d’affaires (+ 8%).

Année noire pour la maison

Peu d’exceptions du côté des marchés de l’équipement de la maison. En souffrance, le bricolage/jardinage et le meuble n’ont pas joué le rôle de relais qu’ils assuraient encore il y a quelques années quand l’alimentaire allait moins bien. Le cas d’Ikea est emblématique : aucune ouverture en 2013 et un marché en berne ont provoqué son premier et sérieux coup d’arrêt en France avec 130 millions d’euros de manque à gagner (- 4,3%).

Maigre consolation pour le suédois : il n’est pas le seul. Avec un marché de l’immobilier en berne, les champions de l’équipement de la maison ont serré les dents et affronté une baisse de fréquentation perceptible dans tous les réseaux. Dans ces conditions, atteindre ne serait-ce que l’équilibre est déjà une belle réussite. La mission a été presque réussie pour le marché du bricolage qui, selon la Fédération des magasins de bricolage (FMB), n’a reculé que de 0,1% sur un an (24,5 milliards d’euros). En revanche, pour le jardin, la chute a atteint 4,2% (7,2 milliards d’euros). Résultat, même Leroy Merlin, un habitué des fortes croissances, est rentré dans le rang (+1,6%). Et la progression, quand elle était à l’ordre du jour, a surtout été le fait des créations ou des ralliements de magasins. « Les consommateurs veulent être au plus près des produits. Et dans les zones rurales et rurbaines, il y a encore du potentiel pour les ouvertures », note Frédéric Sambourg, président de la FMB. De quoi expliquer les 400 000 nouveaux mètres carrés dont a bénéficié le secteur en 2013, et les 300 000 m² qui devraient ouvrir cette année.

Fusions et restructurations

Une dynamique en trompe l’œil toutefois, tant les difficultés de 2013 ont savonné la planche de nombreuses enseignes… initiant une valse de restructurations et de rapprochements dès le début de cette année. Jardiland a été repris par le fonds d’investissement L-Gam en janvier, alors que Gamm vert s’est rapproché de Nalod’s Delbard en avril. « Dans les dix prochaines années, il va y avoir beaucoup de mouvements, commentait Thierry Blandinières, directeur général du groupe InVivo, la maison mère de Gamm vert. Il y a encore d’énormes gains de massification à réaliser. Nous avons vocation à structurer la filière, et il existe aujourd’hui énormément de jardineries sans étiquettes. »

Même mouvement dans le bricolage où le britanni­que Kingfisher (Castorama et Brico Dépôt) a jeté son dévolu sur Mr.Bricolage. Dans le meuble, c’est le groupe Mobilier européen (Fly, Atlas et Crozatier) qui a fait les frais d’une ­année 2013 terrible. Elle s’est traduite par une nouvelle baisse du marché d’environ 3%, et peu – voire pas – de signaux de reprise à l’horizon. Placé en procédure de sauvegarde en juillet, Mobilier européen attend un ou des repreneurs… éventuels.

Vive la mode in France…

Finalement, il n’y a guère que les enseignes de mode et les géants de l’e-commerce – avec des croissances beaucoup plus mesurées que les années précédentes toutefois – qui ont surnagé. Le top 100 dénombre dans ses rangs 16 griffes de mode et même 23 si l’on inclut des enseignes comme Decathlon, Galeries Lafayette ou autre La Redoute, grosses vendeuses de textile elles aussi. Mais leur progression (+ 2,8%) s’inscrit dans un marché de l’habillement qui vient d’enchaîner six années de recul consécutives des ventes, selon l’Institut français de la mode (IFM). Ce qui est le signe que les autres, les plus petits, souffrent énormément. Avec là aussi des avis de concentration, voire de disparitions pures et simples. Surtout qu’un certain Primark vient de faire son apparition en France, depuis décembre 2013. Avec, à la clé, de quoi bouleverser les habitudes. Avec des étiquettes 39% moins chères que la moyenne, c’est peu dire que l’irlandais révolutionne le marché (LSA n°2323). À charge pour ses concurrents, soit d’accepter le combat du prix, soit de chercher des axes de différenciation plus marqués. Sachant néanmoins que le club des 100 plus grandes enseignes en France semble faire preuve jusqu’ici d’une grande capacité de résistance face aux arrivants étrangers. Seuls dix de ses membres sont nés hors de l’Hexagone : Lidl, Aldi, Dia, Ikea, Amazon, H & M, Zara, Nespresso, C & A et Toys‘R’Us. Le secteur le plus « internationalisé » étant sans doute celui de la mode. Internationalisé et éclaté car on y dénombre 122 enseignes distinctes. Un maelström où Kiabi arrive en tête devant Zara. Eh oui, Kiabi, la nordiste, qui dame le pion à Zara, l’espagnole.

  • 290 Millards d’euros Le CA TTC estimé du top 100 du commerce de détail en France en 2013
    Source : LSA
  • 68 % La part du top 100 dans le CA total du commerce de détail en France (489 M rds €)
    Source : Insee
  • 38 Le nombre d’enseignes en baisse en 2013 comme en 2012
  • 56 Le nombre d’enseignes en croissance, contre 62 en 2012
  • + 1,45 % La croissance des 10 enseignes d’origine étrangère du top 100
  • + 0,7 % La croissance pour les 90 enseignes françaises qui assurent 92 % des ventes du classement

« On ne sait plus ce qu’on mange ! Il y a un besoin de traçabilité, de fiabilité. Voyant qu’il existe des process établis, nous sommes soutenus par un public de plus en plus important. L’augmentation du panier moyen explique un tiers de notre croissance, celle de la fréquentation les deux tiers. »

Claude Gruffat, PDG de Biocoop

« La priorité en 2013 a été de relancer la France et l’Espagne. Les choses sont en bonne voie. »

Georges Plassat, PDG de Carrefour

« C’est une année difficile, je ne vais pas le cacher. Même si je ne suis pas hyper-content, je reste satisfait. Le concept Ikea reste une offre unique. Nous avons une ambition de 20 % de part de marché dans les trois, quatre ans à venir compte tenu de notre programme d’expansion. »

Stefan Vanoverbeke, DG d’Ikea France



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Article extrait
du magazine N° 2330

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