Classement mondial Top 50 : les Français dans la cour des grands

CLASSEMENT Carrefour, devenu depuis sa fusion avec Promodès le numéro deux derrière Wal-Mart, n'est pas le seul distributeur hexagonal à figurer dans le Top 50 des plus grands distributeurs mondiaux, établi par PricewaterhouseCoopers pour LSA. Cinq autres font partie de ce club restreint. Un score plus qu'honorable.

Un Français au deuxième rang d'un classement mondial. Sans vouloir pousser de cocorico c'est tout de même l'un des faits marquants du classement des cinquante leaders mondiaux de la distribution que publie LSA avec PricewaterhouseCoopers. En 1998, Carrefour figurait au sixième rang du hit-parade publié par LSA (n° 1632). Dans ce nouveau Top 50, « Carrefour 2 », issu de la fusion avec Promodès en septembre dernier, s'est hissé au deuxième rang, juste entre deux Américains, Wal-Mart et Kroger. Un saut qui lui vaut désormais d'avoir l'étiquette de « seul géant français ».
L'autre bonne nouvelle, c'est que la grosse cavalerie de Carrefour n'est pas la seule à figurer en bonne place. Il faut aussi compter sur les escadres plus légères que sont PPR, Auchan et Casino et sur les indépendants Intermarché et Leclerc, qui occupent une place déterminante en Europe. Dans une année riche en événements, du rachat d'Asda par Wal-Mart à l'entrée d'Ahold au capital du Suédois Ica (lire page 62), deux Français se sont particulièrement distingués : Casino, qui s'est montré insatiable (y compris en France où il vient de prendre 50 % de Monoprix), et PPR, qui pousse les feux de la Fnac et de Conforama.
Certes, restons modestes, les distributeurs américains forment encore le gros des bataillons de ce Top 50. À cet égard, la distribution ne se distingue guère d'autres secteurs d'activités comme l'automobile ou l'informatique. Du numéro un Wal-Mart au dernier de la liste - en l'occurrence l'enseigne de textile Gap -, ils sont vingt-deux Américains à pouvoir figurer dans ce classement, réalisant 49,6 % du chiffre d'affaires cumulé. À côté de cela, les six distributeurs tricolores pèsent beaucoup moins lourd : 13 % exactement du total, juste derrière leurs concurrents allemands (15,6 %). « Que les distributeurs français soient parmi les plus actifs ne me surprend guère », note Ira Kalish, directeur de PricewaterhouseCoopers, responsable du programme Global Intelligence. Ce sont eux qui ont fait de l'hypermarché leur fer de lance pour pénétrer de nouveaux marchés. Et ils ont une place prédominante en Europe du Sud et en Amérique latine. » Une région dont, curieusement, les Américains sont quasiment absents. À l'exception notable de Wal-Mart. Carrefour est leader en Amérique du Sud (hors Mexique), avec deux places fortes : le Brésil et l'Argentine ; Casino lui dispute la place depuis sa prise de participation de 26 % dans le capital du Brésilien Pao de Açucar et le groupe PPR a également une stratégie globale pour ses différentes filiales (Rexel, Fnac ) sur le cône sud.

Un handicap, leur valeur en Bourse

Spécialiste de l'alimentaire, une activité qui donne naissance à plus de 60 % des entreprises classées dans ce club des géants, les Carrefour, Auchan, Casino et autres Intermarché ont encore de belles possibilités de croissance. À condition de défendre leurs chances sur un créneau de plus en plus occupé : celui de l'hypermarché. « C'est le format qui permet de s'adresser au plus grand nombre de clients, que ce soit dans les pays riches comme dans les pays pauvres », note Ira Kalish. Revers de la médaille, tous ceux qui veulent s'imposer sur la scène mondiale ont fait à leur tour de l'hypermarché un des moteurs de leur croissance. L'anglais Tesco sait maintenant construire des hypermarchés moins chers ; Ahold se met à implanter des grandes surfaces alimentaires en périphérie des villes aux Pays-Bas, son marché d'origine. Quant à Wal-Mart, toute sa stratégie de croissance est centrée autour des supercenters (cette version américaine de l'hypermarché), qui doivent remplacer, à terme, ses Wal-Mart Stores, des magasins de marchandise générale
En outre, les distributeurs français ont beau disposer d'un savoir-faire reconnu en matière de concepts et de marketing, ils accumulent des handicaps sur le plan financier. Premier hic : les bénéfices (sur ce terrain, les Américains et les Anglais obtiennent incontestablement de bien meilleurs scores). Aucun d'entre eux ne figure parmi le Top 10 des dix plus gros profits. La palme revient à Wal-Mart (8 673 millions d'euros), Home Depot (3 785 M EUR), Sears Roebuck (2 345 M EUR), Target (1 885 M EUR), Gap (1 776 M EUR), Ito Yokado (1 765 M EUR), Safeway USA (1 666 M EUR), Sainsbury (1 656 M EUR), May Department Stores (1 515 M EUR) et Tesco (1502 M EUR)
Deuxième bémol : leur capitalisation boursière est faible comparée aux ténors. C'est un facteur négatif à l'heure où toutes les opérations boursières ou presque se font par échanges d'actions. La faiblesse persistante de la monnaie européenne, l'euro, par rapport au dollar n'est d'ailleurs pas faite pour arranger les choses. Au 31 décembre 1999, Wal-Mart valait en Bourse 316,7 milliards d'euros, presque trois fois plus que Carrefour (115,1 milliards d'euros). Seul autre Français à figurer parmi les dix plus grosses capitalisations boursières à cette date : Pinault-Printemps-Redoute (avec 26,9 milliards d'euros). Mais il venait pourtant assez loin derrière Home Depot (151,9 milliards d'euros), spécialiste du bricolage et classé deuxième.
Il faudra du souffle aux leaders français pour ne pas se laisser distancer. Car les fusions-acquisitions, qui ont pour effet immédiat de bousculer les « rankings » savamment établis, ne sont pas prêtes de se ralentir. Par une effet d'entraînement simple. Wal-Mart, malgré sa taille, parvient à générer plus de 20 % de croissance de chiffre d'affaires par an. « Cela équivaut au chiffre d'affaires du groupe Promodès l'année dernière, et montre le gigantisme atteint aujourd'hui dans la distribution, souligne Jacques-Étienne de T'Serclaes, associé de PricewaterhouseCoopers, responsable du secteur distribution. Même si la taille n'est pas tout, comme le souligne Gérard Mulliez, le fondateur d'Auchan, pour qui il vaut mieux être le meilleur que le plus gros, ceux qui figurent dans le quarteron de tête de la distribution mondial ont l'oeil rivé sur cet indicateur.

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Article extrait
du magazine N° 1678

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