Claude Gruffat, président de Biocoop « Notre projet est cohérent et politique »

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Dossier Conseiller agricole pendant dix-sept ans, Claude Gruffat décide d’ouvrir un premier magasin Biocoop en 1993. Président du groupement depuis 2004, ce militant de la première heure défend un bio exigeant. Résultat Biocoop est le premier spécialiste de France, avec 580 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2013 (+ 8,2%).

Claude Gruffat

LSA - Comment définissez-vous le positionnement si particulier de Biocoop

Claude Gruffat - On peut dire que Biocoop a toujours fait partie du bio militant plus que commerçant. Nous avons toujours considéré que les valeurs devaient passer avant le ­commerce lui-même. De fait, nous avons une relation forte avec les différents acteurs de la filière. Nous avons mis à la tête de l’entreprise les quatre familles impliquées : les magasins, les groupements de producteurs, les salariés sociétaires et les associations de consommateurs. Elles ont pourtant toutes des intérêts différents.

LSA - Le bio n’a jamais été aussi porteur que ces dernières années. Comment analysez-vous le boum du marché

C. G. - L’explosion du marché remonte à huit ans, aux années 2006, 2007. Avant, c’était une progression de marché de niche. La bascule date du Grenelle de l’environnement. Jusque-là, la pollution était une lubie d’écolo. Après cette médiatisation, la perception a changé. Les réactions ont été totalement différentes, avec une prise en compte de la qualité. Le Grenelle a donné un ton, une cohérence à tous ces scandales alimentaires passés. Les crises de la vache folle de 1996 et 1999 avaient eu un impact très fort sur la consommation de viande, mais pendant un court laps de temps. Aujourd’hui, les crises sont nombreuses, qu’il s’agisse du poulet à la mélanine, des « lasagnes folles »…

LSA - Vous répondez à une nouvelle demande des consommateurs

C. G. - On ne sait plus ce qu’on mange ! Il y a un besoin de traçabilité, de fiabilité. Voyant qu’il existe des process établis, nous sommes soutenus par un public de plus en plus important. Le trafic est en hausse, même avec la crise et des prix plus élevés. L’augmentation du panier moyen explique un tiers de notre croissance, celle de la fréquentation les deux tiers.

LSA - Qui sont ces nouveaux convertis du bio

C. G. - Deux profils résument cette nouvelle clientèle. Les familles avec bébés d’une part, qui se posent des questions sur l’alimentation qu’ils vont donner à leurs enfants, et les personnes seules, qui ont du pouvoir d’achat. En première démarche, il s’agit d’un panier d’appoint, mais on peut devenir la source principale d’alimentation.

LSA - Votre militantisme n’est-il pas un obstacle à la démocratisation du marché

Claude Gruffat - Je ne crois pas. Les gros distributeurs alimentaires perdent d’ailleurs du terrain à notre profit. Système U et Monoprix sont de plus en plus investis sur le sujet, mais pas Intermarché ni Leclerc à ma connaissance, tandis que Carrefour et Auchan sont dans une démarche d’opportunité. Je n’ai pas d’échos mirobolants de Carrefour Bio, alors que c’est celui qui a fait le mieux les choses, avec la démarche la plus cohérente. Globalement, ils sont mieux positionnés en prix. Mais c’est difficile pour un généraliste de devenir spécialiste.

LSA - Ce positionnement de puriste n’est-il pas négociable

C. G. - Notre définition du bio est restrictive. Nous refusons les pesticides, les OGM, on exige un lien au sol pour les fruits et légumes ou l’alimentation animale, etc. On ne prend rien qui vienne de l’hémisphère Sud, puisque l’on trouve tout dans l’hémisphère Nord, on ne prend rien qui ait voyagé par avion… C’est une question de cohérence. Notre projet est politique : pour une consommation responsable et une agriculture paysanne de proximité. C’est ce que l’on propose aux consommateurs. Avoir du bio certifié, OK, c’est très bien. Mais s’il est fait en Chine ou en Égypte, le consommateur n’est pas à l’aise avec l’aspect social. Ce n’est pas possible si les deux ne sont pas réunis.

LSA - Comment jugez-vous les initiatives comme les filières de qualité, à mi-chemin entre le bio et le tout-venant

C. G. - Nous avons la prétention d’influencer la société civile vers du plus correct. Toutes les démarches de qualité sont les bienvenues. Que ce soient les filières Origine et Qualité de Carrefour, ou Bleu Blanc Cœur, on voit bien des gens qui cherchent le qualitatif, qui ne sont pas satisfaits par ce qui existe. Je suis ravi quand je vois un premier pas, mais cela ne doit pas être le dernier. Le bien-être animal compte aussi. Une vache laitière poussée à 10 000 litres par an est épuisée au bout de trois ans, alors qu’à 4 500 litres, elle tient dix ans.

LSA - Avec vos deux Biocoop à Blois, vous êtes toujours très proche du terrain. Comment faites-vous évoluer l’assortiment en magasins

C. G. - Nous élargissons notre offre. Au total, nous sommes à plus de 8 000 références. Mais nous sommes encore faibles sur le rayon bébé, et j’aimerais développer le vrac sur les produits d’entretien par exemple.

LSA - Y a-t-il des modèles étrangers qui vous servent de source d’inspiration

C. G. - Notre modèle, je ne le retrouve pas ailleurs. Nous avions tenté notre chance en Espagne et au Portugal il y a une dizaine d’années, mais ça n’a pas marché. Nous serions plutôt dans l’idée, aujourd’hui, de créer des réseaux frères. En revanche, la société civile des pays d’Europe du Nord est très investie.

LSA - Pourquoi cette sensibilité

C. G. - L’industrie de la Ruhr, par exemple, est allée beaucoup plus loin et beaucoup plus tôt dans la pollution. La Bretagne aussi, de manière très forte, dans la pollution de l’eau, de l’air… Les gens se sont alors tournés vers le bio.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Duval 

Les raisons du succès

  • Une définition restrictive du bio assumée
  • Une volonté d’influencer le reste du marché avec des standards exigeants
  • Une vraie culture du commerce propre aux groupements coopératifs

Biocoop en chiffres

  • + 9% de croissance des ventes à surface comparable en 2013 vs 2012
  • 580 M € de chiffre d’affaires
  • 1,6 M € de chiffre d’affaires moyen par magasin
  • 345 magasins

Source : Biocoop 

Avoir du bio certifié, OK, c’est très bien. Mais s’il est fait en Chine ou en Égypte, le consommateur n’est pas à l’aise avec l’aspect social.

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Article extrait
du magazine N° 2319

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