Cloud Juice, la très chic eau de pluie de Tasmanie

Recueillie sur l'île de King Island, l'eau tombée du ciel est une des plus pures au monde. Vendue depuis six ans à Sydney ou à Brisbane, elle commence à s'exporter





L'endroit ne paye vraiment pas de mine. Perdues en plein coeur de la petite île de King Island, au nord-ouest de la Tasmanie, en Australie, deux plaques ondulées en polycarbonate de 200 m2 chacune ont été plantées au sommet de piquets en bois pour former un gigantesque entonnoir. L'eau de pluie recueillie se déverse dans une gouttière et le liquide est conservé dans de gigantesques cuves en polyuréthane. Les wallabies et les moutons paissent tranquillement autour.



De temps en temps, le professeur de musique du collège de Currie, la seule petite ville de cette île de 1 800 habitants, vient recueillir les « larmes du ciel » dans une citerne tirée par son 4 X 4. Duncan McFie est un homme d'affaires avisé. « J'ai toujours su que l'air que nous respirons est l'un des plus purs au monde, explique ce célibataire francophile. Les analyses de la station météorologique du Cap Grim, tout près d'ici, le prouvent sans cesse. Les vents dominants viennent de l'Ouest et la première terre dans cette direction est l'Amérique du Sud. Entre eux et nous, il y a 11 100 kms d'océan. En 1998, je me suis dit que si l'air était si limpide, l'eau de pluie devait être particulièrement pure. Pourquoi ne pas la mettre en bouteille ? » Le « Cloud Juice » (littéralement « Jus du Nuage » ) est né. « J'ai mis quatre ans à trouver le meilleur système pour recueillir l'eau de pluie », ajoute-t-il.







Le problème du transport




Dans les moments de doute, Duncan, qui a travaillé cinq ans pour la chaîne australienne de supermarchés Coles, a été soutenu par ses amis. « Trois graphistes ont dessiné l'étiquette des bouteilles, un ami comptable s'occupe des finan-ces, les propriétaires d'une laiterie m'ont permis d'utiliser gratuitement leurs locaux pour l'embouteillage, et un couple de fermiers me loue, pour 30 E par an, les 2,5 hectares sur lesquels a été construit mon collecteur d'eau. » Quant à l'investissement (87 000 E), il a été recueilli auprès de 35 copains qui ont versé des contributions de 580 à 30 000 E. Les premières bouteilles ont été mises en vente sur l'île il y a six ans et demi.



Après avoir choisi, dans un premier temps, de mettre son précieux liquide dans des bouteilles en plastique, Duncan McFie a opté pour le verre. Un choix judicieux sur le plan esthétique, mais coûteux. Le transport maritime, dans ce coin paumé où le seul bateau ravitailleur ne passe qu'une fois par semaine, se révèle cher. L'envoi de 1 m3 de marchandise de King Island à Melbourne, distante de seulement 250 kms, est facturé 58 E. Le transport du même colis entre la capitale de l'État du Victoria et Londres revient à moins de 50 E. « Je dois payer 0,16 E pour acheminer une bouteille vide de Melbourne et la renvoyer remplie », se lamente Duncan McFie.



Ces coûts prohibitifs ont un impact certain sur le prix de vente. Une bouteille de 750 ml est fac- turée entre 4 et 5,25 E dans les restaurants de Sydney ou de Brisbane. Cette année, Cloud Juice devrait vendre 100 000 bouteil-les, générant un chiffre d'affaires de 46 500 E. Les exportations de cette PME se portent toutefois plutôt bien. La boutique parisienne Colette a été le premier magasin à distribuer l'eau tasmanienne en France. Le Bon Marché lui a récemment emboîté le pas. Le Drugstore Publicis étudierait aussi le dossier. L'enseigne londonienne Harvey Nichols a déjà distribué la marque. Les Japonais et les Américains pourraient sui-vre prochainement. « Lorsque nos volumes de vente augmenteront, nous serons capables de baisser nos prix, conclut Duncan. La clé de notre succès est notre persévérance, et, croyez-moi, nous ne sommes pas prêts de jeter l'éponge... »



















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Article extrait
du magazine N° 1867

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