Comment Carrefour optimise la gestion des emballages en supermarché

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Cartons, plastique ou polystyrène, les emballages sont nombreux dans la grande distribution. Les supermarchés doivent impérativement mettreen place une organisation claire pour les évacuer mais aussi les monétiser. Illustration avec la visite du magasin Carrefour Market Paris Alésia.

Le carton est plié puis compacté en balles
Le carton est plié puis compacté en balles© photos : Pierre VASSAL/HAYTHAM

Le traitement des déchets au Carrefour Market Alésia

  • Le carton

Il est rangé sur des rolls au fil des ouvertures des cartons lors des opérations de remplissage des rayons. Quand un chariot est plein, il part en réserve. Les cartons grossièrement mis à plat passent ensuite dans une presse. Il en ressort des balles de 350 kilos.

  • Le plastique

Les films transparents sont rassemblés dela même façon que les cartons et partent en réserve pour créer des balles d’environ 20 kilos. Le plastique ne passe pas par la presse sauf en cas de très fort volume en stock.

  • Le polystyrène et les emballages souillés

Ces déchets ne peuvent pas être valorisés et partent dans une benne, qui est collectée tous les jours par la ville de Paris.

  • Les déchets alimentaires

Les articles qui n’ont pas pu être vendus à prix cassé ou récupérés par des associations partent dans un bac spécial. Un partenariat avec le fournisseur d’énergie Engie a été mis en place pour faire de la biométhanisation afin d’alimenter les camions de livraison.

Tous les matins, le scénario est bien huilé. Un camion quitte la plate-forme de Carrefour à Aulnay-sous-Bois (93) pour livrer en produits d’épicerie le Market Paris Alésia, dans le 14e arrondissement, vers 6 heures du matin. Les marchandises sont réceptionnées, le bordereau de livraison est échangé et aussi complété avec le détail du chargement un peu particulier qui repart à l’entrepôt : des ­cartons compressés et des plastiques stockés dans un grand sac transparent. Dans le jargon, on parle de balle et, pour la première typologie de déchets, elle pèse 350 kilos, tandis que la seconde tourne autour de 20 kilos. « En octobre, nous avons renvoyé 44 balles pour le carton et 44 balles pour le plastique et, avec les fêtes de fin d’année, nous devrions avoir plus d’emballages à gérer, indique Delphine Clément, directrice du Market Paris Alésia. À chaque livraison, plusieurs fois par jour, nous renvoyons des emballages. » Si jamais il y a un souci ou un retard dans la logistique, les déchets s’entassent dans la réserve, qui n’est pas très grande, et cela devient problématique. « Un grain de sable dans cette organisation peut venir gripper le fonctionnement », estime-t-elle.

Des consignes de tri strictes

Pour tous ses formats Market, Carrefour a donc mis en place des consignes très précises pour gérer les emballages et, au sens plus large, les déchets. « Nous avons fixé comme ambition de valoriser 100 % de nos déchets en magasin, et nous sommes actuellement à 70 %, détaille Bertrand Swiderski, directeur RSE chez Carrefour. Une lettre a été récemment envoyée aux fournisseurs pour leur faire part de cet objectif et, surtout, pour imaginer ensemble comment améliorer le traitement des emballages, en les recyclant ou en les supprimant. Ils ont des contraintes industrielles, et trouver de nouvelles solutions prend du temps. »

Il y a certes un enjeu économique pour les marques, mais il s’agit aussi de répondre à une demande sociétale. Les consommateurs se montrent de plus en plus critiques sur les actions qui ne respectent pas l’environnement et sur les gaspillages. « Certains se débarrassent directement des emballages dans le magasin, constate la directrice du Market Paris Alésia. Dans quelques jours, nous allons proposer à la vente des sacs réutilisables pour les fruits et légumes. Les clients sont très demandeurs de ce type de solutions. »

Dans son point de vente, Delphine Clément a quatre types de déchets à évacuer : le carton propre, le plastique transparent propre, les déchets souillés et non recyclables, et les déchets alimentaires. « Tout le personnel a été formé pour respecter les consignes de tri et, si nous constatons des erreurs, nous faisons un rappel des règles dans le brief du matin, assure-t-elle. Deux réceptionnaires à temps plein s’occupent aussi de la gestion des balles, mais c’est un sujet qui concerne tout le monde. »

Un logiciel pour les managers

La directrice ne sait pas combien lui coûte exactement le traitement des emballages. Elle a des rapports mais pas un suivi comptable précis du sujet. C’est le groupe qui a la main et planche sur la mise en place de filières pour optimiser les coûts et trouver les bons partenaires. C’est avec cette approche que les camions dédiés à la livraison ont été utilisés pour rapporter les déchets au site d’Aulnay, qui seront ensuite collectés par un partenaire. « La différence de coûts dans le traitement des emballages se joue sur la logistique et sur la capacité à mieux préparer les déchets selon le besoin de l’usine de recyclage, assure Bertrand Swiderski. Et quand c’est bien fait, on arrive même à gagner de l’argent avec le carton. »

La prochaine étape pour le directeur RSE de Carrefour consiste à améliorer les outils des managers pour qu’ils appréhendent mieux la gestion des déchets. Le groupe a adopté, depuis trois ans, un logiciel pour compiler les informations fournies par les prestataires qui interviennent dans le traitement des déchets. Carrefour est ainsi en capacité de mesurer le taux de valorisation des matières ou de voir si les bennes ont été remplies à moitié. Cette connaissance doit maintenant descendre au niveau des directeurs de magasins pour un meilleur contrôle des opérations. Selon Bertrand Swiderski, « le coût et la recette du traitement des déchets doivent entrer dans le compte de résultat des magasins. Ces informations ne peuvent plus être considérées comme un coût divers ». 

Une démarche globale pour réduire les emballages

Aussi bien du côté des marques nationales que des distributeurs avec leurs marques propres, tous cherchent à minimiser la taille des emballages. Certes, il y a une logique économique derrière mais aussi un enjeu sociétal fort car les clients ne veulent plus de suremballage. Une tendance que l’on retrouve, par exemple, pour les yaourts vendus en quatre exemplaires où il a désormais disparu de bon nombre de références (ci-contre). Autre exemple d’évolution, dans la constitution des palettes, les planches d’Isorel qui séparent les couches sont peu à peu remplacées par du carton, car ces panneaux de fibres dures de bois transformées sous haute pression ne sont pas recyclables.

 

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Article extrait
du magazine N° 2581

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