Comment Intermarché s'est lancé dans les oméga-3

La laiterie de Saint-Père, une filiale d'Intermarché, a été l'un des premiers industriels à soutenir la filière oméga-3, fruit de multiples partenariats réunissant un industriel de l'aliment du bétail, des éleveurs, des médecins, des scientifiques et une association, Bleu blanc coeur.

Des animations dans une centaine d'Intermarché en octobre ! Lancée discrètement au début de l'année, la gamme Oméga 3 passe la vitesse supérieure. C'est le résultat de plusieurs années de travail pour les Mousquetaires. En effet, la laiterie de Saint-Père-en-Retz, en Loire-Atlantique, a été la première à proposer du lait, des yaourts et du beurre « naturellement » riches en oméga-3, sous la marque ombrelle de produits laitiers Pâturages (qui appartient à Intermarché).

En 1992, un producteur d'aliments du bétail, Valorex, a l'idée de faire analyser des graines de lin, utilisées dans le passé pour améliorer l'aspect des boeufs destinés à la boucherie. Ces analyses révèlent une teneur énorme en acides gras oméga-3. Il s'en sert pour mettre au point un complément alimentaire pour le bétail. Puis l'idée vient de vérifier si les vaches qui en mangent produisent un lait enrichi en oméga-3.

Valorex contacte la laiterie Saint-Père - qui collecte le lait - , se charge des analyses et établit un cahier des charges pour les éleveurs. « Un camion spécifique fait la tournée des 13 éleveurs tous les trois jours et récupère la totalité de leur production », indique Jean-Luc Malhaire, directeur de la laiterie.

Les résultats des analyses sont étonnants : les oméga-3 contenus dans l'aliment enrichi des vaches se retrouvent en même quantité dans le lait ! Mieux, ils résistent à la transformation en yaourts et en beurre. Et ce de manière naturelle, puisque la supplémentation a lieu en début de chaîne. Ce qui autorise l'appellation lait, contrairement à Lactel et Candia qui commercialisent un lait enrichi en oméga-3 issus d'huile de poisson. Dans ce cas, il s'agit d'éléments exogènes qui interdisent l'utilisation du terme « lait », au profit de « boisson lactée ».

Dans la foulée, le directeur de Valorex, Pierre Weil, fonde une association, Bleu blanc coeur. Son rôle est de créer un logo et de mettre au point des cahiers des charges pour de nombreuses filières. En effet, le phénomène constaté dans le lait est valable pour tous les produits d'origine agricole, viande, volaille, oeufs !

L'association enregistre d'ailleurs de nombreuses adhésions, comme ce groupement de 1 200 éleveurs qui produit le boeuf label Rouge du Maine, le groupe Matines, leader de l'oeuf, des producteurs de porc et de produits charcutiers, des industriels comme Fleury Michon et des enseignes comme Monoprix et Carrefour qui s'apprêtent à utiliser ou utilisent déjà son logo.

Parallèlement, des médecins et des scientifiques ont été sollicités. Le Dr Bernard Schmitt (voir encadré) fait appel à des volontaires pour tester les effets d'une alimentation riche en oméga-3. Les bons résultats sont au rendez-vous. Un chercheur de l'Inra, le professeur Legrand, spécialiste des acides gras et membre à ce titre de l'Agence française de sécurité sanitaire (Afssa) est aussi de la partie. Dans l'alimentation, la proportion de bonnes graisses est en moyenne 20 fois inférieure à celle des mauvaises. Les scientifiques se chargent d'établir les bonnes doses pour réduire le déséquilibre.

Les partenaires doivent enfin se répartir les coûts de revient de ces nouveaux produits laitiers. « Chaque litre de lait revient à 10 centimes de plus, mais comme nous achetons la totalité de la production de l'éleveur, le coût réel est bien plus élevé, d'autant qu'il faut ajouter les frais de livraison des magasins dans toute la France pour de très petits lots », explique Jean-Luc Malhaire. Les produits Oméga 3 sont d'ailleurs livrés en suivant le circuit logistique des produits frais et non avec le lait.

Chez les éleveurs, le constat est le même. Pour un troupeau de 45 vaches, le surcoût s'élèverait à 3 658,78 EUR par an, soit environ 1,98 cent de plus par litre. « J'ai le souci de proposer des produits bons pour la santé qui puissent trouver le meilleur débouché possible auprès d'un consommateur devenu exigeant, explique Jean-Louis Chevalier, un des éleveurs qui fournit la laiterie. Je ne le fais pas pour la rentabilité immédiate, mais pour les années qui viennent. »

Une fois toute l'organisation mise au point, la laiterie de Saint-Père s'est consacrée aux débouchés commerciaux. La gamme Oméga 3 a été lancée au début de l'année, sans publicité. Les volumes sont encore minimes : 600 000 litres, soit à peine 20 % de la collecte auprès des éleveurs, aboutissent dans 400 magasins Intermarché. Celui de Saint-Lô propose les 4 références Oméga 3 disponibles : lait, beurre, yaourts et oeufs. « Les ventes restent très inférieures aux laits vitaminés ou aux allégés », indique le responsable du rayon. Des campagnes de promotion sont prévues pour faire décoller les ventes en faisant connaître les avantages des oméga-3 dans la lutte contre les maladies cardio-vasculaires. Histoire de récompenser plusieurs années de travail.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 1741

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

Nos formations