5 / 27

Comment le COVID-19 modifie les supply chains [Tribune]

|

Dossier La crise sanitaire vient perturber fortement les supply chains. Les distributeurs vont devoir s'adapter, notamment pour la gestion des réapprovisionnements. L'analyse d'Olivier Lemaître, vice-Président des ventes pour l’Europe du Sud chez Blue Yonder (anciennement JDA).

Olivier Lemaître, Vice-Président des ventes pour l’Europe du Sud chez Blue Yonder (anciennement JDA).
Olivier Lemaître, Vice-Président des ventes pour l’Europe du Sud chez Blue Yonder (anciennement JDA).© Stardust Fallout

Soudainement les linéaires sont vides. Les consommateurs ne trouvent plus de gel hydroalcoolique ni de pâtes et s’inquiètent de savoir si cette situation va durer.

Il semble bien que les choses soient hors de contrôle. Les distributeurs alimentaires constatent une demande sans précédent pour de nombreux articles, notamment le papier toilette, les produits, désinfectants, les conserves et les produits secs. Mais si nous prenons du recul et que nous regardons de l'intérieur, c'est-à-dire de l'ensemble de la supply chain, les choses commencent à avoir plus de sens. Consomme-t-on plus de papier toilette, ou mangeons-nous trois fois plus que d’habitude ? Ce n’est pas un problème de rupture, c’est un problème de rapidité de réapprovisionnement qui doit considérer une demande accrue de la part des consommateurs.

Nous observons quelques décalages dans le fonctionnement de la supply chain ; Ils sont explicables et compréhensibles, si nous les examinons individuellement. Les voici :

Stock de sécurité

Le premier décalage se situe au niveau du stock de sécurité, c'est-à-dire au niveau de la supply chain où nous prenons en compte l'incertitude. Considérons une supply chain pour le papier hygiénique qui va d'un fabricant à un distributeur, puis dans un magasin et finalement au consommateur. Le fabricant a prévu la quantité de produit qu'il doit produire pour satisfaire les commandes du distributeur. Le distributeur prévoit ce dont il a besoin pour satisfaire le magasin et le magasin prévoit ce que le consommateur voudra et quand il le voudra. A chaque niveau de la chaîne on conserve un peu de stock de sécurité pour tenir compte de l'incertitude de la demande (demande supérieure à la prévision) et de l'incertitude de l’approvisionnement (retard de production ou de transport).

Or les consommateurs pensent à l'incertitude de la demande et de l’approvisionnement, à leur manière et sans s’en rendre compte. Par exemple, je pourrais garder un pack bières au frigo au cas où un ami passerait. Je tiens compte de l'incertitude de la demande. Je ne tiens généralement pas compte de l'incertitude de l’appro parce que je peux presque toujours me procurer la bière que je veux dans mon magasin favori. 

Une grande partie de ce que nous observons aujourd’hui n’est que la réaction des consommateurs à ce qu'ils pensent être une probabilité de rupture de l’approvisionnement. Ils craignent de ne plus pouvoir se procurer de papier toilette. Ils ont peur d’en manquer et ont décidé d’anticiper l’achat et de stocker eux-mêmes. Cela n'est pas dû à une augmentation réelle de la demande ou de l'utilisation du produit, mais à un stock de sécurité qui se déplace le long de la supply chain. Au lieu d’être stocké en magasin, le produit est stocké chez le consommateur.

Alors que le magasin ou le distributeur effectue des calculs précis pour déterminer la quantité de stock de sécurité dont il a besoin, le consommateur se contente de penser : "J'ai besoin de plus de ça". Les consommateurs ne considèrent pas que 6 mois de stock sont bien supérieurs à leurs besoins, parce que le stockage chez eux ne leur coute pas davantage.  Mais, lorsqu'on multiplie cela par des millions de consommateurs, l'effet est significatif sur la supply chain.

La demande des consommateurs en papier toilette finira par baisser et, lorsque les produits seront à nouveau dans les linéaires, il y aura de nouveau confiance dans la disponibilité du stock et une diminution des ventes, c’est inévitable.

Les magasins doivent maintenant déterminer quand les consommateurs décideront qu'ils disposent d'un stock de sécurité suffisant pour se rassurer, et va entraîner une forte baisse des ventes. Les consommateurs ne continueront pas à acheter au même rythme qu'aujourd'hui. À terme, les rayons des magasins seront à nouveau pleins. C'est le véritable défi de la prévision en ce moment : savoir quand la supply chain reviendra à la normalité.

Changements de canaux

D'autres produits qui augmenteront à long terme sont liés à un changement de canal de distribution. Par exemple, les restaurants sont fermés et le resteront encore pendant un certain temps, néanmoins la population n’a pas arrêté de manger. Ainsi, la quantité totale de légumes verts consommés par exemple ne changera peut-être pas, mais les canaux par lesquels ils transitent le feront. Les distributeurs qui fournissent les restaurants verront une baisse de la demande tant que les restaurants resteront fermés, mais les exploitations agricoles et les fabricants pourraient ne voir qu'un déplacement des ventes.

La baisse due à la fermeture des restaurants sera atténuée par une augmentation des ventes de plats préparés où livrés à domicile, mais ne compensera qu’une partie de cette baisse. Il pourrait y avoir une augmentation à long terme du nombre de clients qui utilisent ces types de service, car ils auront découvert et se seront habitués à ce mode de consommation.

En outre, les étudiants qui sont rentrés chez eux en raison de la fermeture des universités ne mangeront plus au restaurant universitaire ou à proximité, mais chez eux. Ils achetaient peut-être la plupart de leurs produits alimentaires à proximité de l’école, mais maintenant ils achèteront ce même produit à un autre endroit. Il est beaucoup plus facile de prévoir la baisse de la demande à proximité des campus que de prévoir l'augmentation dans d'autres lieux.

Demande réelle

Il existe certains produits (comme le désinfectant pour les mains et le savon) dont l'utilisation réelle est en hausse, mais ces produits sont probablement minoritaires. La demande de ces produits augmentera pendant une période plus longue, surtout si les habitudes de consommations changent.  

La première étape pour anticiper ce qui se passera est de réfléchir au type de changement de comportement qui est la cause sous-jacente de la perturbation dans la supply chain. A partir de là, les entreprises peuvent s’organiser et gérer cette perturbation efficacement.

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Appels d’offres

Accéder à tous les appels d’offres

X

Recevez chaque semaine l’actualité des équipements et technologies pour le magasin et de la supply chain des distributeurs.

Ne plus voir ce message