Comment le français Beamy.io veut unifier la gestion de toutes les retailtech

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Lancée en septembre 2018, la plateforme de gestion de solutions digitales pour le retail a déjà signé Boulanger, Pimkie et ID Kids. Mais sa feuille de route va bien plus loin : créer l’API qui unifiera toutes les retailtech pour les rendre totalement plug&play.

Comment le français Beamy.io veut unifier la gestion de toutes les retailtech
Comment le français Beamy.io veut unifier la gestion de toutes les retailtech© Beamy.io

Définir le langage commun de toutes les solutions digitales du retail, c’est le projet de la toute jeune start-up française Beamy.io. Fondée au printemps 2017 par Andréa Jacquemin (PDG) et Anna Naydenova (COO), elle a bouclé en août 2018 une levée de pré-seed qu’elle communique aujourd’hui de 300.000 euros, auprès du VC portugais Bright Pixel, d’Ariane Groupe (le family office du fondateur de Camaïeu) et de business angels et advisors de premier plan : Jérôme Gayet (ICC), Christophe Verley (Adeo), Mehdi Medjaoui (APIDays), Pierre-Yves Aubert (Euratechnologies) et Guy Bodescot (SDA BuY Paris, Uniqlo, Marks&Spencer). Employant 5 personnes, Beamy souhaite doubler ses effectifs d’ici 6 mois et envisage de lever environ 2 millions en 2019. Des métriques encore modestes, qui ne doivent pas masquer un projet extrêmement ambitieux mais aussi très bien pensé et susceptible d’apporter beaucoup de valeur aux distributeurs.

L’enjeu est en effet de taille : "Entre le marketing, l’UX, la logistique, les RH etc., aujourd’hui les retailers utilisent en moyenne une cinquantaine de technos, constate Andréa Jacquemin. C’est déjà considérable, et ce chiffre va passer à 230 d’ici cinq ans en raison du passage au cloud et de la spécialisation des solutions. Beamy aide les retailers à passer la prochaine étape de leur digitalisation en unifiant les solutions qu’ils emploient et en fluidifiant leurs relations avec elles."

Tout d’abord, la plateforme donne aux distributeurs une visibilité complète des technos qu’ils emploient. Et ce n’est pas du luxe : "Il est fréquent qu’ils pensent en utiliser 20 à 30 et réalisent alors en utiliser 80", souligne le dirigeant. Beamy cartographie les KPI et l’environnement de chaque solution en se basant sur les factures fournies par le retailer, sur les logs des utilisateurs pour voir quelles technos sont réellement utilisées, et sur ses propres partenariats avec les solutions : il récupère leurs points de contact chez le retailer, les KPI de la solution chez ce retailer et diverses informations comme le traitement RGPD de la solution. Cette première étape permet aux distributeurs de mieux comprendre et gérer leur propre environnement technologique, et par exemple de savoir, lorsqu’Untel quitte le groupe, qu’il faut supprimer ses accès à telle et telle solution.

La seconde étape a conduit Beamy à traduire en "langage retail" l’apport de chaque solution. Par exemple en explicitant que Critizr assure la gestion des avis clients, permet de répondre efficacement aux demandes clients, etc. "Nous caractérisons ce que fait la solution et pouvons voir s’il existe des recouvrements avec d’autres solutions, ou si telle nouvelle brique envisagée est compatible ou redondante avec les solutions déjà en place", explique Andréa Jacquemin. Beamy répertorie actuellement 112 briques (de 127 solutions) et les fait elles-mêmes correspondre à 182 actions retail, telles que la gestion du contenu local sur un site e-commerce, l’équipement du point de vente en écrans connectés, l’aide à la navigation du client en magasin… Enfin, Beamy place ces actions retail sur des parcours d’achat. "On peut ainsi se rendre compte qu’on dispose de beaucoup de solutions sur la découverte de produits, mais de très peu sur le paiement", ajoute l’entrepreneur.

Créer un standard commun à toutes les retailtech

Fort de cette première proposition de valeur (Beamy indique pouvoir optimiser 10 à 20% du budget annuel de l'environnement technologique de ses clients), la start-up a commencé à commercialiser sa plateforme en septembre 2018 et indique avoir déjà convaincu Boulanger, ID Kids, Pimkie et BuY Paris Duty Free. "Mais il ne s’agit encore que d’un MVP (minimum viable product, ndlr) : nous avons devant nous une très grosse feuille de route, qui pourrait s’étaler sur 5 à 10 ans." En l’occurrence, il s’agit en toute simplicité de référencer toutes les solutions retailtech dans le monde, puis de les connecter. "Aujourd’hui, 9 retailtech sur 10 n’ont pas d’API publique, elles n’ont qu’une API privée pour se brancher au retailer. Nous travaillons sur une ‘API universelle du retail’, c’est-à-dire sur la création d’un standard dont cette API sera le langage." Tandis par exemple qu’un Ysance se voit en pierre angulaire data, capable de fournir une donnée enrichie à une ribambelle de solutions, Beamy se conçoit comme celui qui sait définir les données entrantes et sortantes de chaque solution pour mieux les faire transiter.

Concrètement, son API est centrée sur l’unification de la gestion utilisateur. Premier cas : lors d’un recrutement chez le retailer, au lieu d’aller sur chaque solution lui donner des droits, Beamy sait les lui créer d’un coup pour toutes les solutions auxquelles il doit avoir accès. Autre utilité : pour implémenter une nouvelle solution, il faut l’alimenter en données. Beamy sait où les prendre dans l’écosystème du retailer, par exemple en identifiant que c’est en sortie de la plateforme de Critizr qu’on trouvera les avis clients à fournir à Dictanova qui en assurera l’analyse sémantique. Sachant que Beamy référence également les connecteurs qui existent déjà entre les solutions…

"One API to rule them all"

On le voit bien, ce projet semble donc aussi utile et créateur de valeur que complexe et ambitieux. "L’écueil serait de construire une usine à gaz, analyse Andréa Jacquemin. C’est pour cela que nous commençons par une gestion ‘administrative’ et une démarche de compréhension et de référencement de l’environnement. Mais notre vision consiste à connecter toutes les solutions pour fluidifier leur utilisation et les rendre complètement plug&play."

Autre atout, le paysage concurrentiel de la start-up est pour l’instant très peu fourni. L’américain Blissfully est un outil de gestion SaaS beaucoup plus mass market, qui cartographie plutôt des Dropbox, WeTransfer, Trello… En France, des initiatives existent chez des acteurs du conseil qui voient leur intérêt à créer des packages de solutions. Beamy n’exclut d’ailleurs pas de développer une activité de ce type, mais tient à faire les choses dans l’ordre. Quand, aux Etats-Unis, Segment a bâti "one API to rule them all" sur le marché de l’analytics, Beamy applique donc la même approche aux solutions digitales pour les retailers. "A moyen terme, il y aura dans le retail une entreprise très importante qui assurera cette fonction, comme d’ailleurs dans toutes les autres industries, prévoit Andréa Jacquemin. Nous voulons faire de Beamy celui qui définit ce langage des solutions du retail."

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