Comment le revenue-based financing booste l'e-commerce

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Deux jours pour trouver 10 000 à 10 millions d’euros... Mission impossible ? Pas pour les e-commerçants, qui cherchent des fonds auprès des fintech du « revenue-based financing ». Ces start-up se branchent en direct sur les données de trafic et de ventes des entreprises qui postulent pour évaluer finement, et très rapidement, le risque de crédit.

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Le RBF, c’est quoi ?
  • Accorder des crédits de 10 000 à 10 millions d’euros
  • En quarante-huit heures maximum
  • À des entreprises e-commerce
  • Grâce à des algorithmes de scoring qui mesurent le risque de défaut de remboursement en se nourrissant des données générées par l’entreprise dans le cadre de son activité
  • Le remboursement est indexé sur le chiffre d’affaires

Nous sommes en 2022 après Jésus-Christ. Toutes les start-up tricolores sont concernées par l’assèchement des liquidités lié à la hausse des taux directeurs. Toutes ? Non. Un secteur peuplé d’irréductibles entrepreneurs parvient encore à attirer les investisseurs : les jeunes pousses européennes spécialistes du « revenue-based financing » (RBF), ou financement basé sur les revenus dans la langue de Molière, bouclent depuis le début de l’année de robustes levées de fonds : 350, 132 et 130 millions d’euros respectivement pour les Britanniques de Bloom, les Irlandais de Wayflyer et les Français de Silvr en mai, février et mai. Leur promesse : prêter en vingt-quatre à quarante-huit heures entre 10 000 et 10 millions d’euros à des entreprises digitales, essentiellement des e-commerçants mais aussi des sociétés SaaS (abonnement à des logiciels), sans dissoudre leur capital.

Six mois d’historique

Pour réaliser ce petit miracle, ces compagnies ont développé des algorithmes de scoring propriétaires, qui évaluent quasiment instantanément le risque à prêter à un emprunteur. Ces programmes se nourrissent des data générées par les e-commerçants dans le cadre de leur activité : données de vente comme les taux de conversion et d’abandon de paniers, données bancaires, de trafic, d’encaissement, d’acquisition clients grâce à la publicité digitale… « Les marchands utilisent Shopify pour créer leur site, Google Analytics pour comprendre d’où viennent les internautes qui y achètent, Stripe pour le paiement… Nous nous branchons à ces solutions via des API (interfaces de programmation, NDLR) pour récolter ces informations très riches qui alimentent nos modèles de décision », résume Nima Karimi, CEO et cofondateur de Silvr.

Les entreprises doivent avoir au moins six mois d’historique d’activité pour que les algorithmes fonctionnent. « Nous captons une quarantaine d’indicateurs. Nous acceptons un dossier sur trois. Jusqu’à présent, nous n’avons pas eu de défaut de remboursement », détaille Julien Zerbib, CEO et cofondateur de la jeune pousse lilloise Unlimitd. « Leur capacité à évaluer correctement le risque va être déterminante pour ces entreprises. La volatilité actuelle de l’activité des e-commerçants, liée à la situation économique, constituera un bon crash test », estime Emmanuel Papadacci-Stephanopoli, vice-président de l’Observatoire des fintech.

Ce nouveau mode de financement basé sur la donnée vient répondre à un besoin criant pour les e-commerçants européens, dont le potentiel de croissance porté par le Covid est important, mais qui ne trouvent pas toujours le capital dont ils ont besoin pour développer leur business. Car traditionnellement, pour se financer, ils passent par l’emprunt bancaire. Or les banques n’accordent que rarement leur confiance à ces acteurs : ils sont souvent trop jeunes pour leur présenter les deux, parfois trois bilans annuels sur lesquels elles se basent pour évaluer le risque de crédit. Ces établissements financiers mettent deux ou trois mois pour débloquer les fonds et ne répondent donc pas à des besoins d’apports immédiats.

« Les e-marchands recourent aussi aux fonds de capital-risque. Mais seules des pépites capables de révolutionner le marché les attirent. Pas de cash pour les autres, a fortiori en cette période où les banques centrales cessent de faire fonctionner la planche à billets pour limiter l’inflation. En plus, les entrepreneurs doivent céder aux fonds des parts de leur société, dont ils peuvent finir par perdre le contrôle », souligne Nima Karimi, qui, comme son rival Julien Zerbib, a été confronté dans son passé d’entrepreneur à ces difficultés de financement.

L’argent frais de ces fintech finance beaucoup d’achats de stock et de campagnes marketing réalisées en amont de la vente. Ces emprunts sont souvent vite remboursés, une fois les marchandises commercialisées. « En général, cela prend trois mois. Le risque de défaut est donc faible, car nous ne parions pas sur un avenir lointain, ce qui nous permet de ne pas demander aux emprunteurs de garanties. Nous ne prenons pas non plus de parts de leur capital », détaille Julien Zerbib. Ces besoins de financements sont réguliers. « 99 % de nos clients ont souscrit plusieurs crédits chez nous », pointe Nima Karimi.

Cherche argent frais désespérément

Quel est le business model de ces start-up ? Selon le niveau de risque, elles prélèvent une commission, de 6 à 9 % pour Silvr, de 6 à 10 % pour Unlimitd. Elles proposent deux formules de remboursement pour leurs emprunteurs : une somme fixe à payer tous les mois ou un pourcentage du chiffre d’affaires. Plus il est élevé, plus ils s’acquittent vite de leurs dettes. « 100 % des e-commerçants optent pour cette formule, car leur activité est soumise à une forte saisonnalité. Cela leur permet de ne pas être étranglés par échéances en cas de baisse des ventes », note le patron de Silvr, dont 50 % des clients sont des experts de la vente en ligne.

« En plus du challenge d’évaluer correctement le risque, le principal enjeu auquel font face les acteurs du RBF est celui du refinancement de leur activité. C’est ce qui va leur permettre de se développer. En cette période d’assèchement des ressources financières, c’est là-dessus que les meilleurs tireront leur épingle du jeu. De toute façon, le marché européen ne devrait voir l’émergence que de deux ou trois champions », analyse Emmanuel Papadacci-Stephanopoli, car il n’y a pas de place pour plus. Ces compagnies ont besoin de capital pour prêter des fonds à leurs emprunteurs. Elles peuvent s’adosser à des établissements financiers qui leur donnent accès à des liquidités, ou titriser leurs dettes et la céder à des tiers. Elles peuvent enfin lever directement du cash auprès de fonds de capital-risque. D’où les levées importantes réalisées par ces jeunes pousses depuis début 2022. Ces sociétés peuvent aussi se faire racheter par des banques, comme aux États-Unis où le RBF s’est développé cinq ans plus tôt qu’en Europe. La doyenne du secteur, Kabbage, a, par exemple, été rachetée en août 2020 par American Express.

Les deux pépites françaises du RBF
Silvr le gros bras
  • Cible : e-commerçants, SaaS
  • Nombre de clients : plusieurs centaines
  • Coût du capital : 6 à 9 %
  • Fonds levés : 133 M €, dont 112 de dette
  • Créé en : mars 2020
  • Basé à : Paris
Unlimitd le petit poucet
  • Cible : e-commerçants, SaaS
  • Nombre de clients : 100 d’ici à septembre
  • Coût du capital : 6 à 10 %
  • Fonds levés : 5 M €, dont 2,5 de dette
  • Créé en : juillet 2021
  • Basé à : Lille, incubé chez EuraTechnologies

 

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Article extrait
du magazine N° 2706

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