Commerçants : comment repenser le plastique à l’heure du zéro déchet ? [Tribune]

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TRIBUNE D'EXPERTS Il existe une expression : « pas de gaspillage, pas de manque » Mais dans le climat actuel où le consommateur peut obtenir tout ce qu’il veut quand il le veut, quelle conclusion doit-on tirer ? Beaucoup de gaspillage, beaucoup de manque ? Explications par Thierry Vasseur, Vice-Président et Sales Director France & Benelux de Zebra Technologies.

Thierry Vasseur, Vice-Président et Sales Director France & Benelux de Zebra Technologies
Thierry Vasseur, Vice-Président et Sales Director France & Benelux de Zebra Technologies© DR

Selon la Fédération des producteurs de plastique PlasticsEurope, 359 millions de tonnes de matières plastiques ont été produits en 2018. Bien qu’économiques et pratiques, les plastiques se décomposent lentement. Ils tuent notre vie marine et leurs toxines se retrouvent dans la chaîne alimentaire humaine. En effet, 1/3 d’entre eux se retrouvent dans la nature et polluent les terres, rivières et océans chaque année.

Aujourd’hui, les citoyens se préoccupent davantage (et à juste titre) des questions environnementales et des effets néfastes de la quantité de déchets générée par nos habitudes de consommation. Partout dans le monde, la législation devient plus stricte. Les États-Unis ont mis en place des interdictions et des taxes spécifiques vis-à-vis des sacs en plastique. Dans l'UE, le Parlement européen a voté en faveur de la réduction des déchets plastiques d'ici 2025, avec un objectif sur les plastiques à usage unique et les conteneurs comme les pailles, les couverts et les boîtes à burgers. Ces réglementations plus strictes obligent les commerçants à repenser leurs conditionnements et à trouver des moyens de passer au vert.

Les achats en ligne et les aliments préemballés sont particulièrement responsables de la génération de déchets. Avant le e-commerce, la logistique traditionnelle impliquait l'expédition en lots vers un entrepôt ou un magasin. Mais aujourd'hui, à cause des options d'expédition le jour-même ou en deux jours, de plus en plus d'articles sont emballés individuellement pour être livrés. Fast Company rapporte qu'environ 165 milliards de colis sont expédiés chaque année aux États-Unis. Cela représente un peu plus d’un milliard d'arbres. Lorsqu’on fait les courses, il n'est pas rare de voir un concombre emballé individuellement ou des tomates cerises dans une coque plastique. Si cela facilite les achats pour les consommateurs et le suivi des stocks pour les commerçants, cela ne va pas franchement dans le sens de la réduction des déchets.
D'où le gain de popularité des magasins zéro déchet et des produits sans emballage.

Les défis auxquels les commerçants doivent faire face vis-à-vis des produits sans emballage

Selon la Fondation Ellen MacArthur, la suppression des aliments préemballés et la mise en œuvre de solutions de conditionnement réutilisable représentent peut-être une opportunité d'innovation de plus de 10 milliards de dollars , Mais sans conditionnement, la durée de conservation diminue. Les boites et les sacs restent indispensables pour protéger la nourriture lors des expéditions. Les fournisseurs doivent également pouvoir contrôler la fraîcheur des produits. Sans conditionnement pour protéger, suivre et surveiller les stocks, les commerçants auront du mal à se conformer aux normes de sécurité des produits, aux rappels, aux politiques et aux règlements propres à la vente en vrac.
Les bennes et distributeurs en vrac où les consommateurs peuvent acheter la quantité dont ils ont besoin sont une solution populaire pour les magasins zéro déchet. Elles ont été particulièrement bien accueillies dans l'UE, avec plus de 100 magasins ouverts au Royaume-Uni  au cours des deux dernières années. Le soutien des nouvelles réglementations européennes a peut-être joué un rôle majeur dans cette réussite.
Ceci dit, les magasins zéro déchet n'en sont encore qu'à leurs balbutiements. La plupart sont en phase pilote aux États-Unis, où les interdictions et les taxes sur le plastique varient d’un État à l’autre. L'absence d'analyses de rentabilisation est un sérieux frein pour les vendeurs et les commerçants. Il existe quatre modèles de réutilisation en matière de conditionnement :

  1. Recharge à domicile. Les utilisateurs disposent d'un conteneur réutilisable et l'entreprise leur livre des recharges via un service d'abonnement.
  2. Recharge sur le pouce. Les utilisateurs disposent d'un conteneur réutilisable qu'ils remplissent à un point de distribution.
  3. Retour à domicile. Les conditionnements réutilisables sont livrés aux utilisateurs et récupérés par un service.
  4. Retour sur le pouce. Les utilisateurs retournent les conditionnements réutilisables dans un dépôt.

Chacun de ces modèles a ses propres enjeux, notamment en ce qui concerne la traçabilité et l’inclinaison des clients à adhérer à la culture zéro déchet. Si de nombreux pays utilisent la vente inversée en redonnant de l'argent sur des bouteilles, c'est un processus que le Royaume-Uni a abandonné il y a des années. Il est peut-être temps de relancer le concept.

Comment suivre et tracer les produits sans emballage et de dépôt

Malgré les enjeux auxquels sont confrontés les commerçants, il est possible de tirer parti d’un passage à un modèle zéro déchet. Les solutions technologiques de pointe auxquelles les commerçants ont maintenant accès peuvent donner aux entreprises plus d’insights sur les préférences des utilisateurs tout en leur permettant de produire une expérience utilisateur unique.
Selon Market Research Future, le marché mondial du conditionnement intelligent représente environ 46,74 milliards de dollars, avec un TCAC de 5,16 % de 2017 à 2023. Les emballages intelligents utilisent des capteurs ou des étiquettes intelligentes pour surveiller la qualité des produits, les conditions de stockage, la fraîcheur et la durée de conservation. Et les conditionnements avec RFID permettent de tracer l’origine et déterminer s’il y a eu contamination ou altération.
Les commandes en ligne peuvent être expédiées dans un conditionnement réutilisable ou dans des caisses intégrées à un système de suivi. Le système de suivi peut être couplé à une application mobile pour recueillir de précieuses insights sur les clients. Avec les puces RFID installées dans les produits et les stations de retour intelligentes, il devient facile de tracer où et quand un utilisateur retourne un produit. Côté utilisateur, l’application offre un aperçu du lieu de dépôt le plus proche, des crédits acquis et des économies environnementales afin de maintenir les niveaux d’engagement utilisateur.
Avec un conditionnement intelligent, tous les participants de la chaîne logistique obtiennent les données en temps réel dont ils ont besoin sur les produits. Cela leur permet de contrôler entièrement le flux du conditionnement et des matériaux, améliorant ainsi l’efficacité de la chaîne logistique et la commodité opérationnelle.

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