Conforama sur le point de passer aux mains d'un sud-africain

PPR a annoncé, le 9 décembre, être en négociation exclusive avec le groupe sud-africain Steinhoff International pour la cession de Conforama. Le dossier pourrait être bouclé dans les premières semaines de l'année prochaine.

Le premier chapitre de la transformation du groupe PPR est sur le point de se refermer. Et il a tout d'un conte de Noël. François-Henri Pinault ne cache pas sa satisfaction d'avoir tiré 1,6 milliard d'euros, un bon prix, de la vente de Conforama. Les salariés de l'enseigne se réjouissent de passer aux mains d'un pro du meuble, sans passer par la case fonds d'investissement. Et Thierry Guibert gagne ses galons de grand patron, après avoir redressé et vendu le numéro deux de l'ameublement en tout juste deux ans.

La victoire de Steinhoff International n'est pas une surprise. Les premières rumeurs de rachat par le groupe sud-africain remontent à juin dernier. D'après nos informations, il aurait profité de l'été pour envoyer des auditeurs inspecter les comptes de Conforama. Depuis la rentrée, PPR a ensuite reçu d'autres propositions du fonds Carlyle, d'une part, et, plus surprenante, d'un consortium constitué de Colony Capital et Goldman Sachs, actionnaires de But, le numéro trois français de l'ameublement. Au final, ce n'est pas tant le projet industriel que la profondeur des poches des candidats qui a convaincu PPR. « Un industriel peut se permettre de proposer plus qu'un fonds d'investissement, décrypte Boris Bourdet, de Natixis Securities. Il voit à plus long terme et les synergies sont plus fortes. » D'après le patron de But, il y avait pourtant une opportunité de créer un géant du meuble en France. « Nous avons fait une offre avec un projet industriel et non financier, assure Régis Schultz. Nous proposions de créer 1 800 emplois et de constituer un groupe français qui passerait devant Ikea. »



Concurrencer le géant suédois


Toutes proportions gardées, Steinhoff International a sans doute aussi l'intention de concurrencer le géant suédois. D'abord parce qu'il possède des usines de meuble en Europe de l'Est, comme Ikea. « Steinhoff est déjà un fournisseur de Conforama, témoigne Michael Bleby, journaliste du Business Day, le principal quotidien économique d'Afrique du Sud. Pour augmenter les volumes, il est probable qu'ils voudront en écouler davantage dans leur nouveau réseau. » Ensuite parce que Steinhoff a déjà une expérience de la logistique. En Afrique du Sud, où il approvisionne une chaîne de supermarchés, et en Europe, où il possède 43 dépôts, dont 22 en Angleterre et 10 en Allemagne. Enfin, parce que Steinhoff tire déjà un tiers de son chiffre d'affaires de ses réseaux de distribution, peu connus, comme Harveys, Poco, ou Sleepmaster. Avec Conforama, le groupe sud-africain entre enfin dans la cours des grands.

La mutation à venir de l'enseigne inquiète déjà les sous-traitants français. « Cette dynamique d'intégration verticale suscite beaucoup de questions, averti Jean-Charles Vogley, directeur des affaires économiques de la Fédération du négoce de l'ameublement et de l'équipement de la maison. Même s'il ne faut pas céder à la panique. Conforama n'aura jamais qu'un seul fournisseur et l'offre de Steinhoff ne couvre pas toute celle de Conforama. »



PPR en chasse


Moins d'inquiétude du côté des troupes de Thierry Guibert, PDG de l'enseigne, pour qui Steinhoff représente l'opportunité de devenir un géant international du meuble. « Avec notre présence en France, en Italie et en Espagne, et celle de Steinhoff en Allemagne, au Royaume-Uni et en Suisse, nous sommes très complémentaires », se réjouit une cadre dirigeante de l'entreprise. Ce pourrait n'être qu'un début. « Steinhoff bénéficie d'une position financière très solide, estime Mark Hodgson, analyste chez Avior Research, à Cape Town, en Afrique du Sud. Je pense que le groupe regardera pour de nouvelles grosses acquisitions une fois celle-ci digérée. » Certainement encore dans l'ameublement. Car, concernant l'électroménager, où Conforama est en difficulté, certains observateurs envisagent carrément qu'il se retire du marché.

En attendant, François-Henri Pinault peut commencer à éplucher le catalogue des marques à vendre. Quiksilver, trop endettée, et Burberry, pas assez luxe, ont été pressenties un temps jusqu'à ce que PPR ne démente. Napapijri ? Billabong ? Columbia ? North Face ? Les pronostics sont nombreux sur celle qui viendra renforcer le pôle « Sport et Lifestyle » de PPR. Ralph Lauren et Abercrombie et Fitch, qui figuraient dans la « short list » du groupe avant le rachat de Puma, pourraient être à nouveau envisagées.

Les questions en suspens

- Quelle stratégie pour le nouveau Conforama ? Production, logistique, distribution... Steinhoff pratique tous les métiers qui pourraient lui permettre de devenir un acteur intégré, sur le modèle d'Ikea. Les petits fournisseurs français de Conforama ont déjà fait part de leurs inquiétudes.

- Quel avenir pour l'électroménager ? On ne sait pas encore si Steinhoff va persévérer sur des produits qui rapportent peu à Conforama. Il paraît peu probable que des synergies apparaissent sur ce point.

- Quelle autonomie pour Thierry Guibert ? En place depuis deux ans, le patron de Conforama a redressé puis aidé à vendre son entreprise en un temps record. Reste à savoir s'il aura désormais les mains libres pour mener son plan à cinq ans.

- Quel est le prochain coup pour PPR ? François-Henri Pinault a deux nouvelles priorités : vendre la Fnac et trouver une marque pour étoffer son portefeuille. D'après les analystes, 2011 devrait d'abord être une année d'acquisition.

Steinhoff, un spécialiste du meuble

Fondé en 1964, coté depuis 1998 à Johannesbourg, Steinhoff International est un holding fortement impliqué dans la production et la distribution de meubles, dont l'essentiel de l'activité se fait en Europe (Allemagne, Suisse, Royaume-Uni).

5,3 Mrds € de CA (- 5,5 %)

414 M € de marge nette (+3,4 %)

33 % du CA provient de sa division distribution (Poco, Cargo, Harveys, Sleepmaster, etc.)

1 169 magasins (586 au Royaume-Uni, 365 en Europe continentale, 151 en Australie et Nouvelle-Zélande, 67 en Afrique du Sud)

Source : rapport annuel, exercice clos au 30/06/2010

1,2 Mrd € La prime à verser pour l'achat de Conforama

0,4 Mrd € Le montant supplémentaire pour la reprise de dettes

0,55 fois le chiffre d'affaires La valorisation de Conforama

8,2 Mrds € Les ventes cumulées pour le nouvel ensemble Steinhoff International plus Conforama

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Article extrait
du magazine N° 2163

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