Marchés

Consoles portables Du monopole... au duopole

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Avec sa PSP, Sony vient bousculer Nintendo dans sa chasse gardée historique : le jeu portable. Quelques outsiders tentent de s'engouffrer dans l'ouverture.

DS, PSP, Gizmondo, N-Gage... Aucun doute : c'est le printemps dans le monde des consoles portables ! Après une hibernation de quinze ans, qui a vu Nintendo dominer sans partage ce segment du marché, l'âge de glace prend fin avec une avalanche de candidats à la succession. À y regarder de plus près, néanmoins, la foire d'empoigne a de fortes chances de se résumer à un duel Nintendo-Sony.

Avec une gamme composée de plusieurs références de Game Boy et de sa très moderne DS, le « petit » spécialiste du jeu vidéo oppose une position solide au rouleau-compresseur Sony. Lequel, encouragé par le succès de la PlayStation qui est passée en moins de dix ans de 0 à une part de marché mondiale de plus de 70 % , complète logiquement son offre avec une très séduisante PSP. Autant dire que, sans les offenser, les Gizmondo, N-Gage, LG, sans parler des plus hypothétiques Vsmile Pocket de Vtech ou Helix de Tapwave, risquent de se contenter du rôle de faire-valoir assistant depuis les tribunes au combat des deux poids lourds.

À ce jour, le coup d'envoi n'a toujours pas été sifflé puisque l'un des candidats fait défaut, du moins en Europe. D'abord annoncé pour mars afin de coller au lancement de la DS, celui de la PSP n'en finit pas d'être repoussé. Le suspense devrait toutefois prendre fin prochainement, jure-t-on chez Sony Computer Entertainment (SCE) France : la date officielle de la mise en vente européenne doit être annoncée le 19 avril. Le fabricant affecte pour l'heure une grande sérénité, expliquant posément que son but est d'éviter tout accroc lors du lancement de la PSP, et de ne surtout pas décevoir les consommateurs en livrant des quantités insuffisantes. Le spectre du lancement de la PS2, qui avait donné lieu à une quasi-émeute au Virgin Mégastore des Champs-Élysées, retransmise en ouverture du 20 heures de France 2, reste visiblement dans les mémoires !

Tous les produits nomades en ligne de mire

 

Sony Europe préfère adopter une « positive attitude », soulignant que le délai permettra à la PSP d'être lancée avec une large gamme de jeux et d'UMD vidéo (le support de stockage utilisé par la con-sole). Dans la presse, Georges Fornay, le PDG de SCE France, croit dur comme fer au succès, prévoyant 20 000 PSP vendues en France lors du lancement, 100 000 le premier mois, 1 million la première année et 1,5 million l'année suivante.

Quant à la concurrence de la DS, elle ne semble pas angoisser Sony. « Nous ne considérons pas la DS comme une concurrente car elle vise les 6-11 ans, c'est-à-dire une cible qui représente environ 3 millions de personnes en Europe et n'est pas extensible, assure Fana Gueye, responsable du développement des ventes chez SCE. Différentes études prévoient que l'arrivée de la PSP va faire augmenter le chiffre d'affaires des consoles portables de 142 % en un an, et que nous deviendrons leader des portables en deux ans ! »

Nintendo n'est pas seul dans la ligne de mire de l'ogre Sony. Évoquant les fonctions multimédia de la PSP, beaucoup estiment que certaines familles de produits nomades souffriront, et surtout les baladeurs MP3. Cité par le site internet spécialisé Overgame, l'analyste américain Michael Pachter, de Wedbush Morgan Securities, se dit convaincu que quand la console intégrera un disque dur - une évolution qu'il juge tout à fait certaine - « cela va complètement écraser l'iPod. »

Chez Nintendo, on ne raconte évidemment pas la même version de l'histoire. « Pour l'instant, constate dans un sourire Laurent Fisher, le responsable du marketing de Nintendo France, il s'est vendu trois fois plus de DS que de PSP au Japon. C'est le seul élément de comparaison disponible. La PSP est une belle machine avec un superbe écran, et je pense que les gros joueurs ne se priveront pas d'acheter les deux. Mais le jeu portable est un marché de masse et je crois vraiment que la DS a plus de chances parce qu'elle vise plus large. En fait nous ne répondons pas aux mêmes besoins. » Ce dernier point, au moins, fait l'unanimité, tant chez les deux fabricants que parmi leurs partenaires. Albert Loridan, le président de Micromania, parle de « deux machines complémentaires », tandis que Bruno Bonnell, le PDG d'Infogrames, distingue une PSP « très haut de gamme » et une DS « ouvrant des perspectives importantes d'innovation ».

Au-delà du jeu

 

Fatalement, les autres machines pâtissent de l'omniprésence des deux consoles japonaises. Chez Nokia, certains argumentent encore sur les fonctions uni-ques de jeu en réseau proposées par la N-Gage QD, mais le coeur n'y est plus, et sa disparition semble acquise. « La N-Gage ne disparaît pas, elle n'est jamais apparue !, martèle cruellement Laurent Fisher. Nous estimons qu'ils en ont vendu 4 000 en France. Qu'on le veuille ou non, le jeu portable est régie par quelques règles en matière de prix, de robustesse, d'autonomie... Et la N-Gage n'en respectait aucune ! » Chez Gizmondo, on tente de créer l'événement en débauchant quelques stars et en annonçant des ouvertures de points de vente à la marque, dont l'un a déjà vu le jour à Londres. Mais le prix de vente élevé, combiné à une visibilité limitée et au faible soutien des éditeurs de jeux, risque de doucher l'enthousiasme des amateurs qui souhaiteraient jouer « différent ».

Le match à deux paraît donc inévitable. Reste à savoir quand il commencera, car si la PSP a été lancée comme prévu le 24 mars aux États-Unis, certaines rumeurs laissent maintenant craindre un nouveau report de la mise sur le marché européen à septembre. Une version sans doute alarmiste, car il n'y a à ce jour qu'une seule certitude : SCE Europe ne peut se permettre de rater ce lancement, dont les enjeux dépassent largement le cadre du jeu vidéo.

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