Consommer est-il (im)moral ? [Tribune]

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Alors qu'un débat apparaît au gouvernement pour interdire le Black Friday, Eric Plat, président de la Fédération du Commerce Coopératif et Associé (FCA) revient et défend le principe même de consommation.

Eric Plat, président de la Fédération du Commerce Coopératif et Associé (FCA).
Eric Plat, président de la Fédération du Commerce Coopératif et Associé (FCA).© Atol

Dans le contexte du projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire, la période du Black Friday conduit certains à stigmatiser les « comportements d’achats superflus », ne reposant pas sur de « vrais » besoins. La Ministre de la Transition écologique et solidaire Élisabeth Borne a récemment mis en garde les Français contre la pollution qu’engendrerait le Black Friday et « la frénésie de consommation » que génèrerait cette journée de promotions. Que devons-nous en penser ?

Consommer est-il forcément irresponsable ?

Sous le voile du comportement responsable respectueux de notre environnement et de notre santé, se cache une pensée « décliniste » perdant toute foi en l’homme et en ses capacités à répondre aux enjeux du réchauffement climatique et du respect de la vie sur cette terre. Alors même que nous avons déjà résolu de nombreux défis, comme celui du trou de la couche d’ozone ou celui de la pauvreté dans le monde en diminution constante depuis 100 ans, il faudrait jeter à la poubelle 70 ans de croissance et d’innovations qui ont changé notre espérance de vie et amélioré comme jamais notre condition sur cette planète depuis la révolution cognitive de l’être humain il y a 70 000 ans !

Consommer deviendrait honteux dans une société moralisatrice. Les promotions du Black Friday sont alors clouées au pilori de la tentation du mal ! Il est bien loin l’esprit des Lumières notamment sur les libertés individuelles.

Bien sûr que les abus qui conduisent à détruire les invendus et à jeter de la nourriture doivent être combattus. Par exemple la loi de 2016 relatif à la lutte contre le gaspillage alimentaire assujettit déjà les grandes surfaces à recycler et ou donner ce qui est encore bon à la consommation...

Bien sûr que tout cela doit être encouragé. Bien sûr qu’il faut lutter contre la prolifération du plastique, le réchauffement climatique ou la malbouffe... le commerce innove sans cesse en ce sens ! Mais, ne nous trompons pas de combat ! La consommation si elle est responsable, procure du plaisir, du bien-être, des emplois, de la prospérité... ne l’oublions pas !

Ne mélangeons pas tout...

L’avènement de la société de consommation maîtrisée, respectueuse de l’homme et de son environnement est possible. Entre les excès des années 70 et notre début du 21ème siècle des progrès considérables ont été effectués. Les technologies de l’information qui ont donné par exemple naissance à Yuka ou « Y'A Quoi Dedans » de Système U travaillent à notre mieux-être. Penser l’avenir avec des produits de meilleure qualité, plus durables et responsables signifie consommer mieux et non consommer moins. L’innovation et nos besoins ne cesseront de grandir ensemble.

Nos enfants sont surtout menacés par le déclin d’une société de consommation qui n’arriverait pas se réformer avec l’aide de tous, sous la bienveillance d’un Etat qui plutôt de jeter des anathèmes ferait mieux d’accompagner avec une bonne dose de « Nudge », théorie du prix Nobel d’économie comportementale Richard Thaler. Je préfère comme lui l’encouragement non stigmatisant, à la réglementation cassante et traumatisante !

Cessons le dénigrement des opérations festives du commerce !

Ce sont autant d’injonctions contradictoires qui déboussolent les Français avec d’un côté, une lutte pro-croissance pour lutter contre chômage et précarité et de l’autre, des prises de positions opposées.... Continuons d’informer le consommateur par les Nutri-Score et autres labels afin de lui permettre de consommer mieux. Permettons-lui de réparer, recycler, réutiliser, choisir en toute responsabilité.

 

Travaillons ensemble aux défis de notre société qui s’est construite sur une consommation créatrice de bien-être. Elle permet de rendre accessible à tous, des produits et services de qualité qui doivent être durables et respectueux des conditions de travail, de notre planète et de notre santé, mais non destructeurs de valeur !

 

De grâce, cessons de culpabiliser les Français et travaillons à améliorer les filières... N’empêchons pas le consommateur de consommer et les commerçants de commercer !

 

 

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