Contrats de génération, c'est parti !

Pensés comme une arme antichômage, les contrats de génération concernent aussi la distribution. Encore faut-il trouver des « anciens » dans un secteur jeune et que la transmission des compétences fonctionne.

Prenez un peu de « plan senior », un zeste de « pénibilité », un chouïa d'alternance, remuez et vous aurez le contrat de génération. Promesse du candidat Hollande en 2012, traduit dans la loi en mars 2013, le pacte générationnel, visant à favoriser le recrutement d'un jeune de moins de 26 ans « contre » le maintien dans l'emploi ou l'embauche d'un plus de 55 ans, entre dans sa phase concrète demain, précisément le 1er décembre. Gratifiées d'un délai supplémentaire de deux mois, les entreprises ont jusqu'au 30 novembre pour conclure un accord en interne, pour celles de plus de 300 salariés, sous peine d'une pénalité équivalant à 1% de la masse salariale. Celles de taille moyenne, qui ont entre 50 et 300 salariés, peuvent s'appuyer sur un accord de branche. La FCD vient de signer le sien, accord paraphé par trois syndicats (CFDT, CFTC et FGTA-FO) sur cinq, histoire de donner un mode d'emploi à tous les franchisés qui seraient un peu perdus, mais ne voudraient pas rater les 4 000 € d'aide de l'État.

De grandes ambitions pour la distribution

Avant le 30 novembre

  • Les entreprises de moins de 50 salariés (41% des salariés en France) peuvent bénéficier d'un conseil et d'une aide de 4 000 € par an.
  • Les entreprises entre 50 et 300 salariés (15% des salariés en France) s'inscrivent dans le cadre d'un accord de branche qui leur donne un mode d'emploi pour appliquer les contrats.
  • Les entreprises de plus de 300 salariés (44% des salariés en France) doivent conclure un accord de trois ans avec les syndicats, faute de quoi elles peuvent activer un plan d'action de manière unilatérale. Si elles ne font rien, elles sont passibles d'une pénalité financière équivalant à 1% de la masse salariale.

Concrètement, le secteur de la distribution alimentaire met la barre haut. Avec 30 000 embauches de jeunes de moins de 26 ans et 1 600 de plus de 50 ans dans les trois ans qui viennent, la branche fait partie de la petite vingtaine à avoir signé un accord. Ce qui la range parmi les bons élèves. Mi-octobre, le ministère du Travail recensait à peine 13 000 contrats de génération conclus depuis le 1er mars, une déception eu égard aux ambitions du gouvernement : 75 000 en 2013 ! Pour la grande distribution, qui, pour la première fois depuis longtemps, n'a pas créé d'emplois en 2012 avec un solde négatif de 13 000 emplois, c'est un gros pari. L'effet d'aubaine, 4 000 € par an et par salarié, a dû jouer, mais pas seulement. « Nous y croyons parce que c'est un engagement en faveur des jeunes peu qualifiés et des catégories vulnérables, avec l'embauche des plus de 50 ans et le maintien dans l'emploi des plus de 57 ans », précise Brigitte Chatenié, déléguée FO chez Casino, et signataire de l'accord. En amont, la filière alimentaire promet de créer aussi 30 000 postes de « juniors » et 4 500 pour les « seniors » d'ici à 2016. Quant à la vente à distance, elle s'engage à doubler le nombre de jeunes dans le secteur et à tripler la part de salariés de plus de 55 ans.

OBJECTIF

500 000 CONTRATS DE GÉNÉRATION

Le nombre de contrats signés sur la durée du quinquennat

Source : gouvernement

Les grandes enseignes jouent peu ou prou le jeu. Dans son accord signé par deux syndicats majoritaires à eux seuls (CGT et FO), Casino propose aux jeunes de moins de 26 ans 650 postes en CDI, 400 stages et 100 contrats d'apprentissage à compter du 1er janvier 2014.

Les enseignes jouent le jeu

EMBAUCHES EN GSA

31 600 CDI D'ICI À TROIS ANS Soit

30 000 salariés de moins de 26 ans et 1 600 de plus de 50 ans.

Source : FCD

Rien de plus par rapport aux autres années ? Pour les syndicats, c'est déjà ça, même si ce n'est pas la garantie d'un emploi pérenne. « C'est relativement complexe de garder les jeunes dans un métier, notamment l'encadrement, qui reste contraignant, ingrat et avec des salaires plus bas qu'ailleurs », souligne Brigitte Chatenié. Pour les appâter, Casino multiplie les offres : aide au logement et à la mobilité une fois le contrat achevé, priorité d'accès à la formation pour la jeune recrue. En contrepartie, 25% des salariés de plus de 50 ans seront maintenus dans leur emploi. Carrefour aligne des chiffres aussi impressionnants : 10 400 embauches de jeunes sur les trois prochaines années avec l'engagement d'en transformer la moitié en CDI et maintien dans l'emploi de 57% des personnes de plus de 50 ans.

Au départ, le principe de ce binôme s'appuie sur un constat implacable : aux deux extrémités de la pyramide des âges, jeunes et « anciens » souffrent le plus de la montée du chômage. Le taux d'inactivité des plus de 50 ans a augmenté de 16,9% en un an et celui des jeunes frôle le quart de la tranche d'âge 16-25 ans. Et d'ici à 2020, notre pays sera confronté au renouvellement des générations : plus de 5 millions de salariés aujourd'hui en poste seront partis en retraite, et, inversement, près de 6 millions de jeunes arriveront sur le marché du travail.

AIDE AUX SOCIÉTÉS

4 000 € PAR AN Le montant de l'aide dispensée aux entreprises entre 50 et 300 salariés qui mettent en place des contrats de génération

Source : gouvernement

 

Si l'idée est belle sur le papier, la mise en oeuvre du pacte générationnel est loin d'être facile et son effet sur le chômage incertain... En témoigne, le bilan mitigé des emplois jeunes de Lionel Jospin. Sur les 750 000 créés, seuls 253 000 s'étaient traduits par une embauche. Autre risque, celui d'embouteillage : « Nous nous sommes demandé si le contrat de génération n'allait pas amputer tout le reste, les accords sur les handicapés, les seniors..., raconte Bruno Delaye, délégué central d'Auchan pour la CFTC. Après trois commissions paritaires, nous avons trouvé un accord. » Obsolètes donc les plans seniors et autres ! Le nouveau pacte ressemble à un mille-feuille dont la dernière couche serait l'échange de compétences entre les jeunes et les moins jeunes. Avec toute une batterie de mesures pour ces derniers sur l'accès à la formation et sur la réduction de l'exposition à des facteurs de pénibilité. Carrefour, par exemple, qui s'engage à maintenir plus de la moitié de ses effectifs de plus de 50 ans (57% exactement) dans l'emploi, promet monts et merveilles à ses seniors : un entretien annuel avec la médecine du travail (au lieu de tous les deux ans), pas plus de deux nocturnes par mois pour les employés et agents de maîtrise, deux jours de repos consécutifs pour les cadres, possibilité pour un travailleur de nuit de passer sur un poste le jour...

L'expérience, une denrée rare

PRÉVISIONS 2016

30 000 JEUNES DE MOINS DE 30 ANS

30 000 salariés de moins de 30 ans et 4 500 salariés de plus de 50 ans d'ici à 2016 dans la filière agroalimentaire

Source : Ania

 

Clé de voûte du nouveau système, le transfert de compétences devrait jouer à plein dans des enseignes déjà rodées au tutorat via l'apprentissage et les contrats de professionnalisation. « La transmission fonctionne dans les deux sens, espère Antoine Solanet, responsable des affaires sociales à la Fédération des entreprises de l'habillement. Les jeunes peuvent livrer aux moins jeunes leurs connaissances sur les nouvelles technologies. » Dans ce secteur où la moyenne d'âge atteint 33 ans, contre 38 ans dans la distribution alimentaire, les plus de 50 ans restent une denrée rare. « Même lorsqu'on veut les recruter, ils ne sont pas forcément intéressés par les postes qu'on leur propose, ceux de vendeurs par exemple », poursuit Antoine Solanet. Même difficulté pour les jeunes entreprises du secteur de l'e-commerce. « Ayant 200 salariés, nous ne sommes pas obligés de signer un accord, précise Christine Milan, directrice des ressources humaines du site de vente de chaussures, Spartoo. De toute manière, nous avons seulement deux personnes de plus de 50 ans dans l'entreprise ! »

- DE 26 ANS

20,2%, LA PROPORTION DE JEUNES

La part des moins de 26 ans parmi les effectifs de la grande distribution en 2011

Source : FCD

ÂGE EN GSA

38 ans la MOYENNE D’AGE

La moyenne d'âge dans la grande distribution alimentaire

Source : FCD

C'est l'inverse chez Monoprix, où aucun accord n'a été encore signé. « Nous avons des salariés âgés, mais ils sont mis de côté, estime Patricia Virfolet, déléguée CFDT. Et nous avons du mal à garder les jeunes. » Tout est question d'intégration et cela demande du temps. Dans la plupart des accords figure un processus d'accompagnement. Conscient de la difficulté de la transmission, Casino a eu l'idée de mettre en place une centaine d'« intervenants techniques » pendant la durée (triennale) de l'accord ! Chez Carrefour, ce sont 1 500 tuteurs qui joueront le rôle de passeurs jusqu'en 2016, chacun pouvant se charger de trois salariés en même temps. Au final, le secteur de la distribution paraît plutôt bien armé pour mettre en musique le contrat de génération.

L'AVISD'EXPERT

Alissende Aimar DIRECTRICE ADJOINTE DES AFFAIRES SOCIALES À LA FCD

« Les enseignes se sont fixé des objectifs ambitieux. Pour les atteindre, les partenaires sociaux ont prévu diverses mesures afin de promouvoir l'alternance, ainsi que le tutorat, à encourager la formation des seniors et à réduire l'exposition des salariés à des facteurs de pénibilité. À ce titre, la signature de trois syndicats représentatifs de la branche est un signe positif et marque une volonté d'engagement forte de leur part. »

LES DIFFICULTÉS

  • Anticiper les 600 000 départs par an en moyenne et l'entrée de 700 000 jeunes dans les entreprises d'ici à 2020, tous secteurs confondus.
  • Trouver des seniors pour encadrer les jeunes embauchés n'est pas toujours facile lorsque les effectifs de l'entreprise sont jeunes, comme dans l'e-commerce, alors que, à l'inverse, dans les grands magasins, le personnel est plus âgé.
  • Insérer ces contrats dans une cascade de mesures : plan senior, égalité professionnelle, apprentissage, contrats de professionnalisation. Le risque d'engorgement est patent.

Comment Auchan met en place les contrats de génération

Il a fallu plusieurs mois de négociations et trois commissions paritaires pour aboutir à un accord paraphé par trois syndicats (CFTC, CFDT et CGC). Un accord qualifié par Bruno Delaye, délégué central CFTC, d'« engageant », avec des avancées « réformistes et constructives ». Concrètement, Auchan s'engage à embaucher 3 000 jeunes de moins de 26 ans et à les accompagner d'un « référent ». « Nous avions déjà l'habitude de le faire », commente Bruno Delaye. Un même collaborateur pourra d'ailleurs encadrer deux jeunes en même temps. Ce qui permet à Auchan de s'engager à maintenir les plus de 57 ans dans l'emploi à hauteur de 9%.

Un taux bien plus élevé que dans la profession, l'accord de branche se contentant de 4%. En revanche, les promesses d'embauches des seniors (plus de 50 ans) ne portent que sur 15 salariés par an en CDI, soit 45 au total sur la durée totale de l'accord. « La population des salariés d'Auchan est âgée, explique Bruno Delaye. En gros, la moyenne d'âge augmente d'un an chaque année. » Impensable alors pour Auchan d'embaucher 100 ou 200 seniors , surtout pour des postes plutôt pénibles.

Sur le web aussi, il faut des seniors !

Parmi les 30 000 salariés de l'e-commerce, où se cachent les plus de 50 ans ? Au premier abord, cela ressemble à un casse-tête, surtout dans les entreprises jeunes comme Spartoo, qui compte seulement deux personnes dans cette tranche d'âge. Pascale Jean, en charge de l'emploi et de la formation au sein du Syndicat national de la vente à distance (VAD), ne partage pas cet avis : « Nous avons aussi des acteurs historiques, comme La Redoute ou les 3 Suisses, où les salariés sont plus âgés. Au total, la moyenne d'âge est de 40 ans. » Soit plus que dans la distribution alimentaire (38 ans) ou dans le textile (33 ans) !

Le VAD a donc planché sur un accord de branche pour aider les entreprises de 50 à 300 salariés à mettre en oeuvre les contrats de génération. Les cinq syndicats qui ont participé aux « négos » avaient jusqu'au 25 novembre pour parapher l'accord : doubler la part des moins de 26 ans dans les effectifs (de 5,66% à 10%) d'ici à 2016, et passer de 1,8% à 6% de plus de 55 ans en trois ans. Dans cette boîte à outils figure aussi une série de mesures sur l'accompagnement des jeunes, comme sur la formation et la prévention de la pénibilité pour les moins jeunes.

 

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Article extrait
du magazine N° 2299

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