Contre l'inflation... sortir la boîte à outils [Edito]

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Yves Puget

Tout le démontre : l’inflation devrait vite dépasser la barre des 5 % et la question de l’alimentation sera au centre des préoccupations des Français. Certes, les ménages ne dépensent qu’environ 12 % de leurs revenus pour se nourrir, mais cette moyenne cache bien des disparités entre ceux qui n’y consacrent que 5 % et ne sont pas à quelques euros près et ceux qui engloutissent 40 à 50 % de leur trop maigre salaire dans des biens de première nécessité. C’est pourquoi, avec cette inflation galopante, il est urgent de penser à ces derniers et d’agir.

Ainsi, La France insoumise veut bloquer les prix d’un panier type. Au-delà de la question ironique des produits concernés (toutes les pâtes, ou juste les coquillettes ?), les effets d’un blocage sur l’inflation et le pouvoir d’achat sont souvent temporaires puisque tout le monde finit par s’adapter. Si le prix d’un produit ne peut monter alors que les coûts de fabrication explosent, l’industriel imagine ou met en avant d’autres références (la péréquation de marges…) ou en fabrique moins, au risque de provoquer des pénuries ou des rationnements. On ne peut pas forcer les entreprises à vendre à perte !

C’est pourquoi Emmanuel Macron semble en passe de proposer un chèque alimentaire. Du mode de versement au profil des bénéficiaires, son équation paraît cependant complexe et son addition probablement lourde. Quant à la FNSEA, elle voudrait que cet argent soit réservé aux productions locales ou dites de « qualité ». Mais pourquoi vouloir imposer à ceux qui ont du mal à boucler leurs fins de mois l’achat de produits plus chers que d’autres ? Le chèque alimentaire répond donc à cette demande ­d’urgence, mais à condition de ne pas monter une usine à gaz aux objectifs multiples. Ensuite, il revient au futur gouvernement de prendre des mesures temporaires qui ne lui coûteront rien. Par exemple d’autoriser, comme le réclame Michel-Édouard Leclerc, la pub sur les opérations carburant à prix coûtant, interdite par la loi Climat de 2021. Mais à plus long terme, il sera essentiel de chercher cet équilibre entre pouvoir d’achat (je dépense) et emploi (je gagne). D’aider les entreprises à investir dans la productivité, le développement et les salaires. Ce sera, par exemple, le rôle du gouvernement que de plancher sur une loi qui remplacera Egalim 2, déjà dépassée.

Reste qu’il faut ne pas tout ­attendre de l’État-providence mais compter sur la concurrence entre enseignes. Car si elles sont dans l’obligation « morale » et économique d’accepter des hausses de tarifs, elles doivent tout faire pour alléger l’addition. E. Leclerc a déjà sorti son « bouclier anti-inflation » ou Lidl ses ristournes de 5 %. Et ce n’est sans doute qu’un début, tant il est urgent pour tous les distributeurs de réinventer l’efficacité promotionnelle et de retravailler les mix produits. Aux enseignes de se comparer, d’imaginer et d’oser. Mais in fine, le consommateur sera le juge de paix de son pouvoir d’achat. Il sortira sa boîte à outils et arbitrera (le résultat des contraintes et des idéaux). Et les cartons jaunes ou rouges pourraient être nombreux envers les marques et enseignes. Car, comme le raconte Rami Baitiéh, le patron de Carrefour France qui a connu l’hyperinflation en Argentine, dans cette situation, les deux facteurs clés pour s’en sortir sont la détention (des rayons toujours pleins) et le client (le trafic).

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2701

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