Contrôleur de gestion : l'émergence d'une fonction stratégique

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Débarrassés des tâches administratives, les contrôleurs de gestion deviennent les bras droits des directeurs d'hypermarchés qu'ils aident dans la mise en place de stratégies de développement commercial. Reste parfois à asseoir leur légitimité.

Supprimer les tâches à faible valeur ajoutée. Tel est le leitmotiv des distributeurs. Une logique à laquelle n'échappent pas les fonctions financières. Objectif ? Leur donner une dimension plus stratégique, grâce à une automatisation accrue des opérations comptables et administratives. Signe des temps, le contrôleur de gestion se substitue au chef comptable dans les magasins. Avec une mission des plus opérationnelles : aider à la prise de décisions dans le domaine de la stratégie commerciale, en proposant des plans d'action très concrets.

Cette mutation est en cours chez Carrefour, qui vient de « transformer » ses quelque 200 chefs comptables en contrôleurs de gestion (et non de les supprimer comme nous l'avons écrit par erreur dans LSA n° 1746). « Notre travail démarre à partir du tableau de bord, là où s'arrêtait celui du comptable », explique Christian Carrara, contrôleur de gestion au Carrefour de Claye-Souilly.

Les effets de cette réorientation s'avèrent très positifs. En économie de personnel tout d'abord. Là où un chef comptable et trois chefs de sections administratives étaient nécessaires, un contrôleur de gestion et un chef de section suffisent désormais chez le distributeur. Mais, surtout, des pistes de développement sont proposées systématiquement, pour faire mieux, quelle que soit la performance d'un rayon.

Un poste évolutif

Cette démarche n'était jusqu'alors menée qu'en cas de contre-performance par les chefs de rayon eux-mêmes, qui tentaient d'améliorer leurs résultats en copiant les plans d'actions d'autres magasins, souvent peu comparables.

Castorama a été l'un des premiers à se lancer dans ce changement stratégique. Chez le spécialiste du bricolage, le contrôleur de gestion, appelé directeur gestion-logistique, est un véritable manager, ayant en charge l'ensemble des flux du magasin et la responsabilité de 30 à 100 personnes. Preuve de son rôle stratégique, il est aussi le seul à partager avec le responsable du magasin le titre de directeur, rappelle Régis Schultz, directeur administratif et financier de Castorama France.

Leur quotidien consiste, là aussi, à analyser les marges des rayons, le niveau des performances, les résultats des marques propres, etc. par un « benchmarking » constant avec des groupes de magasins ayant des caractéristiques comparables (via des systèmes d'information accessibles à tous). Il ont aussi pour fonction d'aider les managers métiers à mettre en oeuvre des plans d'action adéquats.

Conséquence de cette montée en responsabilité, les exigences en termes de profils recherchés se renforcent. Si Carrefour puise la plupart de ses contrôleurs de gestion parmi ses anciens chefs comptables, moyennant des formations sur les outils mais aussi sur la communication, il ne recrute pas de juniors à ce poste. Castorama, lui, embauche désormais plus de 50 % de ses directeurs gestion-logistique en externe. Non sans mal d'ailleurs.

« Les contrôleurs que nous recherchons doivent être familiarisés avec les outils de gestion mais aussi savoir diriger une équipe. S'ils n'ont qu'une de ces deux compétences, il est essentiel qu'ils aient le potentiel pour développer rapidement les deux », explique Régis Schultz.

Des exigences normales pour ceux qui feront partie du vivier de cadres appelés à évoluer très vite, selon les distributeurs interrogés. De fait, chez Carrefour comme chez Castorama, le poste de contrôle de gestion en magasin joue comme un accélérateur de carrière vers des postes de directeurs de magasin, de contrôleur régional ou des fonctions à l'international.

Tous les distributeurs ne sont pas aussi avancés. Chez Casino par exemple, le contrôleur de gestion s'occupe encore exclusivement des questions non commerciales. Mais il apparaît de plus en plus comme le bras droit du directeur de magasin Reste les irréductibles, tel Ikea, où la fonction de contrôleur de gestion n'existe pas dans les points de vente.

Un aiguillon commercial

Pourtant, au siège de l'enseigne, on admet que « donner une dimension de conseil au contrôle de gestion évite de le confondre avec de l'audit ». Il n'empêche. Fonctions administratives et commerciales restent rigoureusement séparées chez le marchand de meubles. Le responsable administratif se charge de l'administration. Quant au rôle d'aiguillon commercial, il incombe à un directeur adjoint qui n'existe pas encore réellement, mais que le groupe envisage sérieusement de créer. « Nous testons cette formule à Paris où se trouvent nos plus gros magasins. » Une organisation qui pourrait s'étendre au reste de la France.

Reste, selon Christian Carrara, à asseoir la légitimité de la fonction de contrôleur de gestion auprès des chefs de rayon. « Nous devons leur prouver que nous ne nous substituons pas à eux. Solidaires, notre rôle est de les aider à améliorer leurs ventes. » Un changement de mentalité plus lent à mettre en place qu'un nouveau poste

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Article extrait
du magazine N° 1750

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