" Convoquer d’urgence un “ Grenelle de l’alimentaire ” "

INTERVIEWINTERVIEW Philippe Mangin, président de coop de france Le président des coopératives demande au Premier ministre d’organiser un « Grenelle de l’alimentaire » réunissant toute la filière pour endiguer la guerre des prix et la dégradation de la situation des coopératives alimentaires.

LSA - En quoi Manuel Valls, à qui vous vous adressez, peut-il intervenir sur les prix de l’alimentaire

Philippe Mangin - Nous sommes dans une situation jamais vécue, avec une pression énorme sur les entreprises, qui doit être rapportée au Premier ministre. La filière alimentaire est déjà confrontée à de multiples enjeux nationaux : la transition énergétique, la politique de santé publique, les problèmes d’emploi et de compétitivité de nos entreprises, un pouvoir d’achat en berne. Et nous devons, en plus, subir une rémunération insuffisante de nos activités par les enseignes. Je ne demande pas au Premier ministre d’intervenir sur les prix alimentaires, mais sur les conséquences de la guerre des prix entre les enseignes qui nous fragilisent.

LSA - Quelles pratiques des enseignes entraînant une déflation dénoncezvous

P. M. - À peine quinze jours après la clôture des négociations, des demandes de renégociations des enseignes parvenaient dans les entreprises ! La rémunération peut être prévue dans le courant de l’année, mais qu’elle soit aussi prématurée, aussi fréquente et dénuée de raison, c’est inacceptable. Chaque entreprise doit revoir ses prix à la baisse, ou compenser financièrement des baisses de prix qui n’étaient pas prévues. Dans le passé, je n’étais jamais alerté par le secteur viticole. Depuis deux mois, le nombre de conflits est inimaginable. Dans le même temps, l’offre alimentaire se banalise de façon rampante. Sur les démarches de qualité et de respect de l’environnement, comme Agriconfiance, le découragement se répand, car ces efforts quotidiens ne sont pas valorisés dans les points de vente. Dans mon esprit, la lettre au Premier ministre vise à le convaincre de convoquer d’urgence un « Grenelle de l’alimentaire » pour que nous abordions le sujet essentiel de la pérennité du modèle alimentaire français avec l’ensemble des parties prenantes.

LSA - Quel est l’impact de cette guerre des prix sur les coopératives

P. M. - Elles ont d’énormes difficultés d’interprétation de la loi sur la consommation. À Coop de France, nous devons rapidement mettre en place du conseil, de la formation et un appui aux entreprises qui s’embourbent dans les difficultés juridiques face à des enseignes qui manient cette matière avec une grande compétence. La guerre des prix nous fait prendre du retard dans nos investissements, elle anéantit nos efforts, nous faisons face à des restructurations lourdes dont on parle peu, mais qui ont un impact énorme sur l’emploi. De plus, nous avons perdu la bataille du CICE. Le comble, c’est que la distribution a été largement bénéficiaire. Les coopératives ont la double peine : sans avoir bénéficié du CIC€, elles sont soumises aux mêmes pressions que les autres entreprises. Les coops sont dans un état de stress, de colère et de découragement auquel Manuel Valls ne peut pas rester insensible.

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Article extrait
du magazine N° 2324

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