[Coronavirus] Antésite : "Remettons vite les PME à l'honneur après la crise... pour les faire redécoller"

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Stéphane Lacourt, directeur général d’Antésite & Noirot, le fabricant des concentrés non sucrés bios et conventionnels Antésite, explique à LSA comment cette PME réussit à poursuivre son activité pendant cette période très floue. Ce patron espère que la place des PME, parfois limitée en ce moment, quand leurs produits ne font pas partie des 20/80, sera regagnée à la sortie de cette crise.

Stéphane Lacourt, directeur général d'Antésite & Noirot.
Stéphane Lacourt, directeur général d'Antésite & Noirot.© Antésite & Noirot

LSA :  Comment se passe votre activité ?

S L : Nous continuons à produire. Cependant, les volumes des commandes baissent car nos clients distributeurs se recentrent sur les 20/80 dont nos produits ne font, hélas, pas toujours partie. En avril, nos équipes terrain n’ayant plus accès aux magasins, nous risquons d’être impactés sur notre chiffre d’affaires versus 2019 (plus de gestion des ruptures magasins, ou des linéaires ou des relais de promotions). Et puis, nous avions prévu de nombreux lancements - gammes Antésite Bio, boissons Têtes Brulées Bio et les prêts à boire Columbus Café – qui sont retardés. Cela ralentira notre plan de croissance…mais rien de dramatique par rapport aux commerces fermés et au CHR.

LSA : Dans ces conditions, que faites-vous pour faire tourner votre site ?

S L : Face à la pénurie de gels hydroalcooliques, nous avons réussi à modifier notre outil de production pour fabriquer  la recette de solution hydroalcoolique donnée par l’OMS. Techniquement, nous avons pu le faire car notre atelier est soumis à la réglementation Atex (Atmosphère Explosive). En effet, nous utilisons déjà de l’alcool, produit hautement inflammable, pour extraire les arômes de plusieurs de nos ingrédients.

LSA : Est-ce une « diversification » facile à mettre en œuvre ?

S L : Non et cela pour deux raisons. Nous y songions depuis le 10 mars. Mais, alors, la réglementation nous l’interdisait car nous utilisons de l’alcool alimentaire et non pharmaceutique (NB : une filtration supplémentaire fait notamment la différence entre ces deux alcools), le seul autorisé pour la fabrication de gel ou solution hydroalcoolique à la base. Un décret publié le 20 mars a élargi la fabrication de solution hydroalcoolique avec de l’alcool alimentaire. Nous nous sommes alors mis en ordre de bataille, notamment pour obtenir un agrément temporaire auprès des douanes et de la DDPP.

Ensuite, il a fallu trouver de l’alcool. Le marché est sous tension et les prix augmentent fortement. Il nous faudrait à minima 120 000 litres par mois pour occuper nos capacités de production. Nous avons sécurisé 72 000 litres pour le moment, ce qui nous a permis de lancer notre premier lot. Nous le revendons à prix quasi coûtant aux Ehpad, hôpitaux et associations de la région grenobloise et un peu plus cher aux entreprises commerciales, tout en nous engageant à reverser un % non négligeable en gratuité aux services de santé. Ce redéploiement d’activité fait travailler une partie des salariés de notre site et nous permet d’éviter le recours au chômage partiel, tout en donnant du sens à nos productions. Seul, un de nos commerciaux est au chômage car il ne peut plus faire la tournée des magasins, ces derniers interdisant les visites pour des raisons de sécurité sanitaire.

LSA : Vos concentrés Antésite sont à base de racines de réglisse. Est-il facile de s’en procurer, sachant que l’Iran, très touché par le Covid-19, est l’un des principaux producteurs mondiaux ?

S L : Vous avez raison, toutefois l’Iran ne figure plus dans nos zones de sourcing, depuis les dernières mesures d’embargo. Nous avions regonflé nos stocks quelques temps avant la propagation de l’épidémie. Comme nous le faisons chaque année avant le pic de consommation estivale et donc de nos productions en amont. Notre réglisse vient surtout du Pakistan, ou d’Afghanistan et d’Espagne pour celle qui est bio.

LSA :  La situation a-t-elle des incidences sur la logistique ?

S L : Cela se tend un peu. Le fait que le transporteur Stef ait renoncé à ses augmentations de prix nous a soulagé. Il faut d’ailleurs remercier, et pas seulement en cette période de crise, l’ensemble des transporteurs qui font un métier difficile et essentiel au quotidien.
LSA : Que pensez-vous des mesures prises par le gouvernement ?

S L : Les mesures annoncées sont fortes et ont été prises très rapidement ! Elles protègent prioritairement les salariés et devraient permettre de passer ces mois de crise. Cependant, il y a souvent un décalage entre le discours et la réalité. Ainsi, quand on nous dit que la BPI nous prêtera directement et rapidement de l’argent, on découvre en les appelant qu’elle va se porter caution sur un prêt contracté auprès de nos banques habituelles. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Certaines banques se montrent encore frileuses et attendent justement les décrets d’application et les critères d’éligibilité…Ensuite tout est basé sur des business plans qui ne sont pas simples à réaliser dans cette période très floue. Il y a donc en ce moment beaucoup d’effets d’annonces, des coups de communication qui ne se concrétisent pas toujours ou mettront du temps à se mettre en place. Mais on peut tous dire que le niveau d’intervention et de soutien à l’économie est exceptionnel !

LSA : Comment préparez-vous l’après-crise ?

S L : Ceux qui auront réussi à traverser cette crise seront plus forts après. Avec nos salariés, nous avons tenu à poursuivre notre activité et à livrer nos clients, ce qui n’est pas simple pour une PME. Pour cela, nous mis les mesures de protection appropriées quitte à ralentir un peu nos cadences. Les enseignes nous en seront certainement reconnaissantes…espérons-le, lors des négociations de 2021. La distribution alimentaire dans son ensemble se montre plutôt exemplaire dans cette période très compliquée (paiement comptant annoncé par Système U / annulation des pénalités de retards). Souhaitons que les PME seront également mises à l’honneur après la crise, notamment pour leur redonner les linéaires perdus et les parts de voix habituelles. Les distributeurs pourraient par exemple faire des catalogues spéciaux 100% PME françaises pour nous aider à redécoller … Avec cette crise, on parle beaucoup de relocalisation … les PME n’ont jamais quitté la France…

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