Coronavirus en Italie : les premières conséquences sur les ventes [Exclu LSA]

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Laurent Zeller, Président Directeur Général de Nielsen Italie, fait le point pour LSA des ventes de produits de grande consommation depuis la crise du Coronavirus. Et visiblement, les italiens ont changé leurs habitudes d’achat.    

"Nous avons donc comptabilisé 3 jours de panique avec une semaine qui affiche un bond de 10,9% des ventes. "
"Nous avons donc comptabilisé 3 jours de panique avec une semaine qui affiche un bond de 10,9% des ventes. "© L Duarte

Comment travaillez-vous en Italie pour analyser les conséquences du Coronavirus sur les ventes en grande distribution ?

D’habitude, nous découpons l’Italie en quatre zones. Là, il a été nécessaire de travailler différemment. Bien sûr, nous disposons des données sur le marché Italie. Pour les produits de grande consommation (alimentaire, hygiène-beauté et entretien), Nielsen Italie analyse les ventes de 14 000 magasins (c’est-à-dire 75% du census italien en valeur dont plus de 90% du census des « Ipermercati » et des « Supermercati ») totalisant 70 milliards d’euros de chiffre d’affaires PGC. A titre de comparaison, en France, le marché des PGC est de 110 milliards. Cette vision globale n’est pas suffisante pour analyser les conséquences de coronavirus. Nielsen Italie a donc d’abord travaillé sur ce que nous appelons les zones rouges, donc ces villes et villages qui sont fermés. Certaines se trouvent au sud-est de Milan (zone de Codogno) avec 9 villes et villages fermés ainsi que de Padoue (proche de Venise) avec 2 villes et villages fermés. Vous ne pouvez plus rentrer dans ces localités qui représentent à peine 0,2% de la population italienne. Mais autour de ces zones rouges, nous avons créé des «nano areas», des zones proches de ces zones de confinement. Nous en dénombrons 13 autour de Milan, 4  autour de Monza/Brianza, 1 autour de Lodi (proche Codogno) , 1 autour de Cremona et 3 autour de Piacenza. En Vénétie, nous en trouvons 7 à Padoue et 6 proches de Venise. Ces zones proches des villages confinés totalisent 8 Milliards d’€ de CA, soit 11% du CA PGC de l’Italie.

Et que donnent les premiers résultats…

Pour l’instant, Nielsen Italie a essentiellement le résultat des ventes de la semaine allant du lundi 14 février au dimanche 23 février. En sachant que globalement, le marché italien des PGC est sur un rythme de croissance annuel de +1,7% et que les premières alertes ont été annoncées le jeudi de cette semaine-là. Nous avons donc comptabilisé 3 jours de panique avec une semaine qui affiche un bond de +10,9% des ventes PGC.

Dans les zones rouges, celles confinées dès le samedi, les PGC ont baissé de -26%. Des magasins étaient fermés et d’autres laissaient entrer les clients par paquets de 10. De plus, des salariés ne pouvaient pas venir et des livraisons ne pouvaient se faire. Les chiffres sont encore plus intéressants dans les « nano-areas ». Là, les PGC affichent +16% de croissance sur la semaine (les 3 derniers jours)

Et si nous entrons dans le détail des rayons ?

Dans toute l’Italie, Nielsen Italie observe que le rayon Epicerie Sèche progresse de +13% dont +22% dans les zones dites nano areas. Et nous pouvons multiplier ainsi les exemples pour le riz (+33%  et +58%), les Conserves de poissons et viande ( +29% et +52%), les pates alimentaires (+25% et +53%), les dérivés de tomate (+22% et +47%), les sauces (+19% et +33%) ou les eaux (+11% et +20%). Et pour terminer je peux vous dire que les gels hydro-alcooliques affichent une hausse de 827% en Italie et de +1050 dans les zones nano! Et, petit clin d’œil, les ventes de la bière Corona ont baissé de 9% en Italie cette semaine et sont en recul de 6% depuis le début de l’année. Un joli mélange des genres…

Quelle forme de commerce en profite le plus ?

Bien évidemment, l’e-commerce qui pour les PGC fait un bond de +59% sur la semaine. Ensuite tout le monde en profite avec +13.4% pour les hypers, +11,5% pour les supers, seules les superettes n’en profitent pas car les consommateurs ont fait des achats de masse pour du stockage préventif…

Et la semaine dernière, qu’avez-vous observé ?

Nous n’avons pas encore tous les résultats. Mais je peux déjà vous dire que, d’après les estimations de Nielsen Italie, les ventes ont continué d’exploser lundi et mardi avec des +50% sur certains rayons. Dès mercredi, les choses ont commencé à se calmer, à se stabiliser. On peut penser que les consommateurs ayant fait leurs stocks et ont arrêté de se précipiter dans les magasins.

Et que pensez-vous pour le marché Français ?

Les premières mesures prises en France sont différentes de celles prises en Italie. En Italie, des villes ont été immédiatement confinées par une « mise sous cloche ». Ce n’est pas le choix de la France à Creil, Crépy-en-Valois ou proche d’Annecy. Chez nous, les villes ne sont pas encore fermées. J’observe aussi qu’en Italie, depuis les premiers confinements de villages et villages, il n’y a pas eu une nouvelle agglomération mise sous cloche.

Vous avez aussi interrogé les consommateurs italiens. Leur mode de vie change-t-il pendant l'ère du Coronavirus ?

Oui, notre enquête Nielsen sur 2000 consommateurs de 18 ans et + interrogés les 26/27 Février montre que plus d'un tiers des Italiens affirment avoir a réduit la fréquence à laquelle il mange (35%) et boit (32%) au restaurant. 27% de la population dit regarder davantage la télévision (94% s’informent sur le sujet au moins une fois par jour –dont 69% plusieurs fois) et +15% de contenu vidéo en ligne en plus.17% des italiens se disent « vraiment inquiets » de la situation et 46% pensent à un retour à la normale sous 4 semaines.

 

 

 

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