[Coronavirus] Les salariés de la grande conso inquiets pour leur sécurité au travail

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Amazon, les transporteurs, la grande distribution, l’industrie agroalimentaire… Les salariés de la grande consommation sont de plus en plus nombreux à s’inquiéter de leurs conditions de travail, au regard des mesures édictées pour éviter la contamination au Covid-19. Certains appliquent ou menacent d'un droit de retrait.

Les salariés des entrepôts dénoncent un manque de respect des consignés liées au coronavirus.
Les salariés des entrepôts dénoncent un manque de respect des consignés liées au coronavirus.© Casino

Depuis le début de la semaine, ils seraient plus de 200 chez Amazon. 200 salariés répartis sur les entrepôts d’Amazon en France qui appliquent leur droit de retrait, s’estimant « en danger grave et imminent » à cause du non-respect des consignes de sécurité liées au coronavirus. « Quand nous travaillons dans les entrepôts, la distance minimale d’un mètre entre nous n’est pas respectée, tout comme certaines mesures d’hygiène », assure la CFDT. Qui incite, sur son compte Facebook, au droit de retrait des collaborateurs de l’entreprise.

En réponse, l’e-commerçant leur a fait savoir que ces salariés absents ne seront, de ce fait, pas payés. Interrogé sur le sujet ce matin au micro de France Inter, le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a réagi sur un ton lapidaire : « Ces pressions sont inacceptables et nous le feront savoir à Amazon ».

Amazon assure "tout mettre en oeuvre"

L’entreprise, contactée par nos soins, assure, elle, mettre en œuvre « toutes les recommandations du gouvernement afin d’assurer un environnement de travail sécurisé », relaie une porte-parole. Citant, par exemple, le renforcement du nettoyage de toutes les installations ( poignées de porte,  rampes d'escalier, boutons d'ascenseur, les casiers et les écrans tactiles), l’annulation de réunions « non indispensables ».

Amazon dit aussi avoir aménagé des lieux de travail, des salles de pause et des espaces de restauration en retirant les meubles ou en les espaçant pour que les salariés puissent maintenir la distance nécessaire et ainsi garantir un espace sain entre eux et assure veiller à ce que des mesures de distance sociale soient appliquées, telles que des pauses échelonnées pour réduire le nombre de personnes se rassemblant dans les espaces de restauration. Mais elle ne précise rien des conditions de travail dans les entrepôts et de la distance non-respectée relevée par les syndicats.

S'organiser entre employeur et salariés

Comme chez Amazon, de nombreux salariés de la grande consommation s’inquiètent du non-respect des conditions de travail, au vue des nouvelles mesures d’hygiène et de sécurité édictées pour éviter la propagation du Covid-19. « Le droit définit la règle suivant laquelle le droit de retrait peut être invoqué si le danger est grave et imminent. Il faut que les employeurs prennent du temps avec leurs salariés pour tout organiser et mettre en place toutes les mesures nécessaires afin de respecter leur sécurité » a soutenu le ministre ce jeudi 19 mars.

La Fédération CGT Commerce et Services dénonce le manque de responsabilité de certains employeurs : « Non seulement, ils ne respectent pas les consignes sanitaires les obligeant à mettre à disposition de leurs salarié.e.s masques, gel hydroalcoolique et gants mais ils mettent gravement en danger la santé de leurs salarié.e.s, ainsi que celle de leur entourage ! » soutient le syndicat.

Le taux d'absentéisme double chez les transporteurs

La grogne commence à faire tache d’huile. Dans le secteur des transports, « le taux d’absentéisme a doublé en une semaine, passant de 5 à 10 % » assure Laurent Giordani, associé fondateur de Kyu, qui a analysé les impacts et actions de résilience de la supply chain face au Coronavirus.

Même constat dans la grande distribution. Carrefour avançait, ce lundi 16 mars, moins de 10 % d’absentéisme du fait de la garde d’enfants. Ce pourcentage pourrait être amené à grandir, et cela malgré les dispositifs mis en place par les distributeurs (vitres en plexiglas aux caisses de certains Carrefour, Monoprix, E.Leclerc…). La CFDT Commerce et services exige la mise à disposition de masque et de gels antibactériens pour l’ensemble des salariés de la grande distribution.

Les indépendants plus exposés

« Le sujet des équipes est plus problématique en proximité, car les effectifs sont bien moins importants qu'en hyper et en supermarchés. Avec un couple d'indépendant et un ou deux salariés par magasin, la gestion devient évidemment beaucoup plus complexe », constate un dirigeant d’une grande enseigne alimentaire. Même logique côté industrie, où les PME ont moins de facilité pour s’équiper en gels, entre autres, et mettre en place la distance sociale d’un mètre recommandée.

Stéphane Sinopoli, adhérent Intermarché à Clichy (92), regrette que les salariés de la grande distribution ne soient aussi bénéficiaires de ces équipements, tout comme le personnel de santé: « Nos équipes sont au contact des clients quotidiennement. Si les commerces alimentaires doivent fermer parce que les salariés redoutent de travailler, ou pire, sont contaminés, les conséquences pourraient être redoutables en France. Ventre vide n’a pas d’oreilles… »

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