[Coronavirus] Romain Roy (Greenweez): "Arrêtons de brandir le spectre de la pénurie"

|

Dossier Romain Roy, fondateur du supermarché bio en ligne Greenweez, qui appartient maintenant au Groupe Carrefour, répond aux questions de LSA sur la gestion de la pandémie du site e-commerce.

Romain Roy: "Il ne faut pas confondre la fin du confinement avec la sortie de crise."
Romain Roy: "Il ne faut pas confondre la fin du confinement avec la sortie de crise." © Greenweez

Comment vivez-vous cette période de confinement, depuis le 16 mars dernier ?

Romain Roy –. Globalement, l’intégralité de notre équipe est en télé travail, moi également. Nous avions légèrement anticipé les mesures gouvernementales, lors de la semaine précédant la décision de confinement. J'ai la chance d'habiter non loin de notre siège de Saint Jorioz. Les locaux étant déserts, il m'arrive de m’y rendre pour résoudre certaines problématiques.  Nous possédons également deux circuits logistiques : un premier entrepôt, en propre, situé à Rungis, avec des salariés qui continuent de travailler, tous les jours. Pour eux, nous avons mis en place toutes les mesures de protection nécessaires et indispensables,  incorporant tous les gestes barrières.

De même, nous avons organisé le travail : plusieurs rotations par jour sont effectuées, pour faire en sorte que tous les salariés ne se trouvent pas au même moment dans les entrepôts. Deux équipes se succèdent. Bien sûr, la totalité des salariés sont équipés de masques, gants, gel hydro alcoolique. Les locaux sont désinfectés à intervalles réguliers. Bref, nous prenons toutes les mesures indispensables pour assurer leur sécurité sanitaire. Nous prenons également  toutes les précautions sanitaires nécessaires pour acheminer nos produits. Par ailleurs, nous avons un second  prestataire logistique, externalisé à Evreux. Ce dernier est lui aussi extrêmement vigilant quant aux mesures d'hygiènes appliquées dans son entrepôt.

Et qu'en est-il de votre activité économique ?

RR – Avant la crise, nous connaissions déjà une forte croissance. Celle-ci s'est très fortement accélérée depuis trois semaines. Selon les jours, nous devons désormais gérer des volumes deux à quatre fois plus importants qu'à l'accoutumée. Cela pose un certain nombre de problèmes de logistique. Tout d’abord, concernant l'approvisionnement : Nous n’avons aucun problème de pénurie, seul le traitement des marchandises se révèle quelque peu délicat car les soucis de logistique rallongent quelque peu les délais annoncés à nos clients.

C’est  pourquoi, nous avons délibérément pris le parti de rallonger les délais de livraison annoncés à nos clients, lorsqu'ils passent commandes. L'idée étant de respecter la promesse client et de tenir ce délai. Aujourd’hui, nous acheminons les marchandises dans un délai moyen d'une semaine, au lieu de 24 à 48 heures en période normale. Pour moi, il est essentiel de dire la vérité aux clients et de se montrer transparent en matière de délais de livraisons de leur commande.

Et par ailleurs, arrêtons de brandir le spectre de la pénurie ! Le marché français est un marché organisé : les fournisseurs ont du stock. Nous avons les capacités de production nécessaires. Par ailleurs, nous comptons un  ensemble de  producteurs bio, avec qui nous travaillons en confiance depuis des années. Nous parvenons à conserver un site très bien approvisionné,  et ce dans l’ensemble des rayons. C'est ce qui nous caractérise notamment, par rapport à la concurrence. Nous  offrons une gamme très complète à nos clients. Cependant, notre souci premier demeure la gestion des volumes.  Nous sommes obligés de mettre en place des mécanismes logistiques pour limiter un peu les volumes.

C’est-à-dire ?

RR – Nous ne nous n'inscrivons pas dans une logique de croissance à tout prix. Il est important, pour Greenweez,  de rester sur un service qualitatif pour nos  clients. Nous préférons refuser un trop grand nombre de commandes, que nous serions pourtant en mesure d'honorer,  afin de pouvoir approvisionner correctement nos clients et honorer nos délais de livraison.

Enfin, nous avons souhaité, dès le début de cette crise, participer à l'effort national. Au travers de notre mission et à l'image de notre actionnaire principal Carrefour, nous fournissons des produits aux personnes dans le besoin. Nous avons instauré un dispositif à destination des personnels soignants : Dans un premier temps, par le biais d'une collecte de fonds au travers de la fondation " hôpitaux de Paris, Hôpitaux de France" qui nous a permis de récolter plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Et dans un second temps, nous avons également développé un dispositif permettant aux soignants d'être livrés de façon prioritaire, gratuitement, leur octroyant des réductions significatives... Ces initiatives permettent de nourrir, tous les jours, plusieurs centaines de soignants.

Quel est votre avis sur les mesures d'urgence prises par le gouvernement ?

RR - J'ai beaucoup de mal à juger nos dirigeants qui doivent faire face à une situation absolument inédite et historique. Je respecte la manière dont le gouvernement agit et je pense que les mesures prises vont toutes dans le bon sens. Il est clair qu’un certain nombre d'entreprises françaises vont connaître des difficultés. Il va falloir que l'Etat soit présent à leurs côtés ; Cela semble en prendre le chemin. Il n'est pas exclu que le gouvernement aille plus loin dans les semaines qui viennent. Comme nous tous, il va s’adapter au fur et à mesure que la crise avance.

Quel est votre sentiment sur l'après-coronavirus ?

RR - Il ne faut pas confondre la fin du confinement avec la sortie de crise. La crise perdurera probablement plus longtemps, bien au-delà de la fin du confinement. On l'observe, d'ailleurs, aujourd'hui en Chine. Ce pays  connaît la fin de la "première crise" : la vie aujourd’hui ne ressemble plus à ce qu’elle était avant le coronavirus.  

Il y aura « un avant et après Coronavirus »

En second lieu, cette crise aura mis en exergue un certain nombre de choses, de fonctions et de métiers essentiels dans la société. Je pense au secteur de l’alimentaire souvent décrié, au même titre que la distribution…Des hommes et des femmes remplissent, chaque jour, sur le terrain, une mission fondamentale pour nos concitoyens qui s’en rendent comptent aujourd’hui : ils les nourrissent! Cette crise va tous nous obliger à revoir l’importance de tel ou tel pan de notre organisation. Enfin et pour être optimiste, je suis convaincu que les entreprises qui sauront au mieux anticiper la sortie de crise, seront renforcées dans les années qui viennent. C'est également dans ce genre de situation que l'on mesure l'engagement des français, que l'on retrouve un sentiment de  cohésion nationale.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.
X

Recevez chaque matin tous les faits marquants sur les stratégies digitales, omnicanales et e-commerce des distributeurs et sur les solutions technologiques conçues pour les accompagner.

Ne plus voir ce message