Coup d'arrêt ?

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EDITORIALCes évolutions rappellent une triste et inévitable réalité : la petite reprise de 2010 s'étiole.

Yves Puget
Yves Puget©Bernard Martinez

Mauvais mois de mars. Selon l'Insee, la consommation des ménages français a reculé. Certes, il ne sert à rien de tomber dans le catastrophisme. La baisse n'est que de 0,7% en volume sur un mois, après une hausse de 0,9% en février. Et le principal « coupable » serait le secteur de l'automobile. Sur l'ensemble du premier trimestre, les dépenses augmentent même de 1,2%, après +1,8% au dernier trimestre 2010. Reste que si elles ne sont pas inquiétantes, ces évolutions rappellent une triste et inévitable réalité : la petite reprise de 2010 s'étiole.

Pire, la plupart des économistes anticipent un repli de la consommation au deuxième trimestre. L'inflation augmente en effet plus vite que les revenus, alimentant une érosion du pouvoir d'achat et l'inquiétude des ménages. Quant au moral des Français, resté stable en avril, il peine à remonter. Les consommateurs sont même un peu plus pessimistes qu'auparavant. Le nombre de demandeurs d'emploi sans activité a pourtant enregistré en mars son troisième mois consécutif de baisse (0,8%), une situation inédite depuis la plongée dans la crise financière et économique. Rien n'y fait... Dans les magasins, on parle d'un « coup de mou ». On évoque des consommateurs « frileux ». On constate une affluence en recul. Et l'on observe des stocks qui ne veulent pas se réduire. Autrement dit, l'alimentaire est devenue une variable d'ajustement du budget des ménages et le textile n'est plus une priorité, contrairement aux nouvelles technologies (téléphones, tablettes...).

Les consommateurs sont persuadés que tout va mal et que rien ne s'arrangera. Un spirale démoralisatrice qui change les comportements et incite davantage à l'épargne de précaution qu'aux achats d'impulsion ou plaisirs. Résultat, si la consommation n'est pas clairement en panne, si elle est reste le moteur de notre économie, elle peine à trouver un nouvel élan. Et cela se voit dans les chiffres. En mars 2011, les enseignes du commerce spécialisé (Procos) accusent un recul de leur chiffre d'affaires de 1,9%. Cette contreperformance doit toutefois être nuancée. D'abord parce que mars 2010 a été excellent avec une progression de 5,8% des chiffres d'affaires. Ensuite parce que les fêtes de Pâques se situaient début avril en 2010 et que, cette année, mars n'a pas pu bénéficier de cet « effet Pâques ».

Des observations qui n'empêchent nullement des économistes de prédire une croissance plus faible que prévu au deuxième trimestre 2010. Sont-ils pessimistes par nature ? De simples effets calendaires ou une météo peu propice n'expliquent-ils pas ces quelques reculs ? Ne s'agit-il pas juste d'une question d'ambiance générale (le débat sur l'inflation), d'un contre-coup des hausses des prix des carburants, d'une attente sur les salaires (fin des NAO, coup de pousse au Smic...) ou d'un mal plus profond ? Autrement dit, le problème est-il conjoncturel ou structurel. Les résultats de mars s'expliquent-ils par une simple question de « moral », une envie ou non de consommer ou cachent-ils de réels problèmes économiques, de revenus, d'endettement et de pouvoir d'achat ? Deux situations, deux perceptions qui n'auront pas les mêmes conséquences économiques et qui ne demandent pas les mêmes actions de la part des entreprises de la grande consommation...

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Article extrait
du magazine N° 2180

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