Bio : après des années de croissance, le marché commence à s'essouffler

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Après plusieurs années de fortes, voire folles, croissances, le marché du bio connaît un ralentissement de son activité ces derniers mois. Cet essoufflement, moins significatif chez les spécialistes, est en revanche très net chez les généralistes. Effet durable ou conjoncturel ?

Sur les sept premiers mois de l’année 2021, l’évolution des ventes de produits bio en GSA est négative (-1,6%), selon  les données Iri pour LSA. (Archives)
Sur les sept premiers mois de l’année 2021, l’évolution des ventes de produits bio en GSA est négative (-1,6%), selon les données Iri pour LSA. (Archives) © Jacques Giral/ Les Mousquetaires

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- 10 points

L’évolution entre 2018 et 2021 de la proportion d’acheteurs de bio alimentaire qui disent vouloir en acheter plus souvent à l’avenir (23 % vs 33 %)
Source : Kantar
 

+ 1 %

L’estimation dela hausse du CA des PGC bio en GSA en 2021
Source : Iri
LE CONTEXTE
• Après des années de fortes croissances, les ventes de produits bio sont en recul depuis début 2021 en GSA.
• Toutes les marques sont touchées par ce ralentissement, à l’exception des pure players.
• Les distributeurs spécialisés connaissent eux aussi un tassement, mais pas de décroissance.

L’âge d’or du bio serait-il révolu ? Après des années marquées par des croissances exponentielles, en effet, le marché connaît ses premiers signes d’essoufflement. Selon les données Iri pour LSA, sur les sept premiers mois de l’année 2021, l’évolution des ventes de produits bio en GSA est négative (- 1,6 %). Une première ! Les prémices de ce retournement ont commencé à se faire sentir dès 2020, avec un rythme de progression qui a commencé à se ralentir. Dans son baromètre annuel présenté en juillet, l’Agence Bio chiffrait l’augmentation du marché du bio dans son ensemble (consommation à domicile et en hors domicile, tous circuits confondus) à + 10,4 % contre + 13,5 % en 2019, à 13,2 milliards d’euros.

Recul historique des ventes de bio en GMS
Evolution trimestrielle (vs même trimestre A-1) du CA de l'offre bio en GMS, en %. 
Source : Iri

Rien de vraiment alarmant selon beaucoup d’observateurs, pour qui ces performances légèrement moins soutenues que les années précédentes s’expliquaient par des effets méca­niques et conjoncturels liés à la période atypique marquée par la crise sanitaire et les confinements répétés. Cependant, les premiers résultats de 2021 entérinent ce qui aurait pu n’être que circonstanciel car la situation ne fait que se détériorer. Même la comparaison avec 2019, année de référence sans effet Covid, illustre ce retournement. Ainsi, les ventes des produits bio en GSA au premier semestre ne progressent que de 16 % sur deux ans, entre 2019 et 2021, alors qu’elles augmentaient de plus de 50 % entre 2017 et 2019, indique Iri.

ROTATIONS RALENTIES

« Le bio dévisse par rapport au conventionnel sur les premières périodes de l’année 2021 et ce tassement est historique », avertissait déjà, début juin, Isabelle Vantard, directrice générale adjointe d’Iri France, à l’occasion de la Journée bio organisée par LSA. Confirmation sur les sept premiers mois de l’année avec un chiffre d’affaires des produits conventionnels en GSA qui stagne à - 0,1 % selon Iri, quand le bio recule de 1,6 %. « Les dépenses de produits bio se sont stabilisées et ont même diminué au sein des foyers modestes, constatait alors Sabrina Laroche, LinkQ solution director chez Kantar World­panel. Si l’image du bio progresse dans l’esprit des Français, les motifs pour lesquels les consommateurs achètent du bio s’étiolent. »

Si toutes les marques sont touchées, les très grands groupes, qui avaient fortement investi en 2019-2020 en multipliant les lancements, et les MDD sont les plus concernés par ce déclin. Sur les sept premiers mois de l’année, seules les marques des pureplayers bio enregistrent de la croissance (+ 1,1 %), tandis que les marques nationales bio reculent de 3,1 % et les MDD bio de 2,1 %.Plusieurs raisons expliquent ce début d’érosion des ventes en GMS. L’effet Covid évidemment, comme le remarquait en juillet Martine Loyer, directrice des marques alimentaires chez Carrefour : « Dans la continuité de la fin de l’année 2020, le début 2021 reste positif en termes de CA bio, même si la croissance est plus calme comparée aux années d’euphorie. » Mais ce recul semble également être corrélé à l’offre. Le bio en grandes surfaces est en effet surexposé par rapport à son poids en chiffre d’affaires. « 80 % des catégories du bio sont surreprésentées et les performances sont en deçà du conventionnel en termes de rotation », détaille Isabelle Vantard. Sur 60 % des segments de l’alimentaire, le bio atteint au mieux 70 % des rotations du conventionnel. Et sur certaines catégories, le poids du bio est même en perte de vitesse comme sur la crémerie (- 0,5 point au premier trimestre 2021), le frais non laitier (- 0,2 point) et les surgelés-glaces (- 0,2 point).

LES SPÉCIALISTES RELATIVEMENT ÉPARGNÉS

Tous les circuits ne sont pas non plus logés à la même enseigne. Côté grandes surfaces alimentaires, le chiffre d’affaires des PGC bio en hypers diminue de 1,5 % (CAM à P7) et de 0,2 % en proximité alors que l’e-commerce est très dynamique avec une croissance des ventes de près de 17 %. Quant aux spécialistes, ce ralentissement les concernerait moins, même si un tassement est aussi à noter pour le premier trimestre 2021. Les ventes sont en hausse de 0,9 % sur cette période contre 15,9 % au quatrième trimestre 2020, selon Iri, soit un décrochage de 15 points. « Le marché du bio est cyclique avec des années qui enregistrent 15 % de croissance et d’autres 6 %. Beaucoup de secteurs nous envieraient ! L’année 2020 a été marquée par des résultats exceptionnels en raison des confinements, donc, oui, il y a un ralentissement en 2021, mais il faut attendre encore quelques périodes pour tirer des conclusions », analysait, avant l’été, lors de la conférence de LSA, Allon Zeitoun, directeur général de Naturalia.

Les professionnels du secteur, conscients de cette situation hors norme, restent d’ailleurs optimistes. « Il y a des fléchissements mais il s’agit là de circonstances conjoncturelles et non structurelles. De légers reculs, sur un cycle de vie en croissance, ne doivent pas inquiéter. Il y a de la demande et il faut la combler », confiait en juillet Philippe Henry, président de l’Agence Bio. D’autres semblent plus vigilants comme Benoit Soury, directeur marché bio Carrefour. « L’année 2021 est atypique et nous espérons que ça ne se renouvelle pas. Cet écrêtement de la croissance est une nouveauté qui nous incite à nous remettre en cause. »

Face à ce constat général, Iri prévoit une fin d’année 2021 qui devrait s’inscrire dans la continuité des premiers mois pour les GSA. L’institut avançait, en juin, une hypothèse de croissance pour le bio de 1 %, avec un poids dans le chiffre d’affaires des PGC de l’ordre de 5,2 à 5,3 % (versus 5,1 % en 2020). Très loin, donc, des années précédentes. Sachant qu’un autre signal alarmant se fait jour. Selon Kantar Worldpanel, en 2018, 33 % des Français comptaient développer leurs achats de produits bio. Ils n’étaient plus que 23 % en 2020… Un vrai point de vigilance. 

En 2020, le bio a continué de progresser…
+ 380 000 acheteurs
+ 20,6 € de dépense annuelle par acheteur
98,3 % de taux de pénétration
Source : Kantar, PGC-FLS-PFT bio, tous circuits

 

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Article extrait
du magazine N° 2668

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