Blockchain : Créez de la confiance dans votre chaîne alimentaire

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Dossier Plates-formes certifiées et blockchain émergent pour sécuriser les approvisionnements et mieux gérer les crises et la communication avec le consommateur.

Scandale des œufs contaminés au fipronil en 2017, retrait massif de laits infantiles de Lactalis, lasagnes à la viande de cheval en 2013… Dans l’agroalimentaire, les industriels doivent plus que jamais connaître l’origine et le chemin de leurs produits. Pour repérer les points de contamination, et réduire les risques.

1/ Un cahier des charges en fonction de vos objectifs

À travers la planète, la récolte du riz absorbe 40 % des eaux d’irrigation et reste un moyen de subsistance pour 3,5?milliards de personnes. L’entreprise américaine Mars Food s’est engagée depuis huit ans dans une démarche pour rendre son riz Uncle Ben’s plus responsable, en proposant de meilleurs revenus aux petits agriculteurs, des techniques agricoles à moindre impact sur l’environnement… Désormais, 100 % de son riz basmati provient de riziculteurs du Pendjab (région à cheval sur le Pakistan et l’Inde) respectant les normes de la Sustainable rice platform, définies avec des ONG. Avec l’espoir de faire de même pour l’ensemble de son approvisionnement en riz à l’horizon 2020. « Nous avons un cahier des charges très poussé, signé par nos partenaires et fournisseurs, raconte Anastasia Molin, la directrice corporate affairs de Mars Food. Mais il était important d’avoir les outils pour tracer notre riz et aller un cran plus loin. » D’ici à deux ans, l’entreprise entend pouvoir analyser et gérer l’ensemble des données de sa supply chain en temps réel et d’une manière durable.

2/ Cartographiez l’ensemble de vos fournisseurs

Pour gérer cette supply chain responsable, Mars Food s’est appuyé sur une solution développée par le spécialiste de l’inspection et de la certification SGS et par Transparency-One, une plate-forme de contrôle des fournisseurs, des produits et des usines tout au long de la supply chain. Transparency-One analyse en temps réel les données de la chaîne d’approvisionnement, tandis que les preuves de certification des fournisseurs sont collectées et vérifiées par SGS, présent dans plus de 140 pays. « De nombreux intervenants trichent par omission ou par erreur, reconnaît Guy Escarfail, le patron de SGS Transparency-One. À travers cette cartographie, on obtient une vue globale de la supply chain. Nos experts peuvent repérer des trous dans la raquette et recommander des plans d’action. » Pour le riz Uncle Ben’s, la plate-forme a mis en lumière tous les fournisseurs de rang 1 à 4 (produit fini, emballage, usine et ferme). Une cartographie digitalisée, accessible via le cloud, qui intéresse aussi les distributeurs. En particulier en Chine, où ils sont responsables des produits qu’ils commercialisent, et pas seulement de leurs marques de distributeurs comme en France. Hervé Martin, le directeur sécurité alimentaire et qualité de Carrefour Chine, a fait appel à cette plate-forme pour mieux maîtriser l’approvisionnement de ses gammes les plus sensibles et stratégiques (bio, fruits et légumes certifiés Carrefour, produits laitiers…), dans un pays où la sécurité alimentaire est devenue un outil de différenciation et un enjeu majeur pour le gouvernement.

3/ Rassemblez les forces

S’ils présentent des surcoûts, ces projets voient leur prix diminuer au fur et à mesure que les volumes et le nombre de fournisseurs impliqués grossissent, chacun ayant intérêt à disposer de plus de visibilité et d’information sur les autres acteurs de sa chaîne d’approvisionnement… En août 2017, sept géants du secteur – dont le distributeur Walmart, le logisticien McLane Company et Nestlé, le numéro un de l’industrie agroalimentaire – ont annoncé qu’ils allaient utiliser la plate-forme blockchain d’IBM, lancée quelques mois auparavant. Née en 2008 avec la monnaie virtuelle bitcoin, cette technologie de stockage et de transmission d’informations est comparable à un grand registre partagé par l’ensemble des ordinateurs d’un réseau, où il est impossible de modifier une information sans le consensus de tous les ordinateurs. Chaque acteur renseignera les informations concernant le produit (date de livraison à l’usine, chaîne du froid, numéros de palettes…) aux étapes de la supply chain qui le concernent. Walmart avait pris de l’avance en testant la blockchain sur ses approvisionnements en porc fin 2016. « Collaborer avec d’autres acteurs du secteur nous permet d’aller plus loin dans l’exploration de la technologie », explique Franck Yiannas, le vice-président de la sécurité alimentaire du distributeur.

4/ Interagissez avec le consommateur

Pour les grandes marques, de tels outils deviennent de précieux moyens d’interagir avec le consommateur en lui promettant plus de transparence et de garanties sur le produit qu’il achète. Chez Carrefour Chine, Hervé Martin veut améliorer l’expérience en points de vente via l’utilisation de la reconnaissance visuelle et de la réalité augmentée. Tout en se réjouissant d’« avoir une tierce partie indépendante qui certifie les informations et prouve que cela n’est pas uniquement du marketing. On associe le nom de Carrefour avec le mot confiance en Chine, mais derrière, il faut des preuves », assure-t-il. À l’occasion de la National food safety week organisée par le gouvernement chinois en juillet dernier, l’enseigne a lancé avec Blippar, un fournisseur de technologie de réalité augmentée, une initiative nommée Visual trust. Les clients chinois pouvaient vérifier la qualité et l’origine de certains produits, comme des pommes. En les scannant en magasin avec leur smartphone, ils accédaient aux certificats qualité, aux tests produits, aux emplacements et aux images des exploitations. Une idée que le distributeur aimerait déployer. Au dos des paquets Uncle Ben’s vendus dans l’Hexagone, un flashcode permet de découvrir l’histoire du riz basmati, du champ jusqu’à l’assiette, et des témoignages vidéo des riziculteurs. « La France est le premier pays à bénéficier de cette innovation », se réjouit Anastasia Molin, qui espère, demain, pouvoir aller plus loin en proposant une localisation des riziculteurs et des lieux de transformation, produit par produit.

Technologie française en vue

La start-up Connecting Food développe avec le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) une plate-forme dédiée à cinq filières sensibles : porc, œufs, volaille, bœuf et lait. Elle s’appuie sur une blockchain « à permission », réservée aux seuls producteurs, transformateurs et distributeurs pour assurer la confidentialité des données. Elle assurera la traçabilité des produits et s’assurera de leur conformité par rapport à un label que le producteur devra prouver. Le CEA développe des couches algorithmiques pour configurer la blockchain selon les besoins.

 

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Article extrait
du magazine N° 2551

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