[Crise agricole] Après les supermarchés, les agriculteurs bloquent les bases logistiques

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De nombreuses bases logistiques servant à approvisionner les supermarchés sont prises pour cibles par des exploitants agricoles, principalement en Bretagne. Malgré le soutien affiché de la distribution. Et la concurrence européenne reste très vive, surtout pour le porc.

Les principales actions syndicales ont lieu en Bretagne
Les principales actions syndicales ont lieu en Bretagne

La réunion entre Manuel Valls, Premier ministre, accompagné de Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, avec les enseignes, n’y change rien. Malgré le soutien à l’élevage et la promesse de tenir tenir compte de la situation lors des négociations commerciales, les exploitants agricoles maintiennent la pression sur le terrain. Ce mardi 9 février 2016, ce sont les bases logistiques qui approvisionnent les supermarchés et hypermarchés qui sont visés, après les magasins eux-mêmes.

C’est le cas de trois bases d’Intermarché, celles d’Argentré-du-Plessis, en Ile et Vilaine, Rostrenen dans les Côtes d’Armor, de Saint Gérand dans le Morbihan, d’une base pour Lidl à Ploumagoar (Morbihan), d’une autre d’Easydis (Casino) à Gaël, et enfin d’une base approvisionnant Carrefour à Bain de Bretagne (Ile et Vilaine). D’autres plate-formes pourraient être bloquées dans la journée. C’est donc toujours la Bretagne qui reste mobilisée, quelques actions ayant également lieu dans le Sud-Ouest et dans le Midi.

"Les enseignes ont une grande responsabilité"

Pour les syndicats, «les GMS ont en effet une grande responsabilité à l'égard de la situation économique désastreuse que vivent les agriculteurs».  C’est précisément ce que contestaient hier les ministres. Ils précisaient que la crise agricole est européenne et que les enseignes n’en étaient pas responsables, même si elles étaient appelées à en tenir compte. Les chiffres publiés par France Agrimer, cette semaine, plaident en ce sens. L’organisme qui tient les statistiques est présidé par Henri Brichart, un producteur laitier, ex-vice président de la FNSEA : il y a donc peu de chances que les statistiques soient orientées…

En 2015, la production européenne de viande de porc a progressé de plus de 2 %, essentiellement du fait de l’Espagne (+ 6,6 %), de la Pologne (+ 3,7 %) et de l’Allemagne (+ 1,1 %). Dans le même temps, les exportations européennes vers les pays tiers ont augmenté de plus de 6 %, sous l’effet de la demande chinoise, en hausse de 50 % par rapport à 2014 (+ 350 000 tonnes). L’Allemagne et l’Espagne ont profité à plein du retrait des États-Unis sur ce marché, pour raisons sanitaires", indique France-Agrimer

Prix européens en chute libre.

"Le prix moyen à la production a baissé  de 10 % environ par rapport à 2014 (- 18 % en Espagne, - 10 % dans l’Europe du Nord et la Pologne, - 8 % en France), poursuit l'organisme. L’offre européenne devrait encore augmenter en 2016, à un rythme toutefois plus faible qu’en 2015”. Autrement dit, les prix européens sont en chute libre et la production française n’arrive pas à suivre sur les marchés mondiaux. Et d’où l’exigence des syndicats de demander l’étiquetage d’origine de la viande, pour tenter d’endiguer les importations.

En France, le poids moyen des porcs à l’abattage a augmenté en 2015 et en début d’année 2016, traduisant une production supérieure à la demande des abattoirs. La trésorerie des élevages porcins continue de se dégrader”, poursuit la note de France Agrimer. C’est pour faire face à cette chute des marges des exploitations que la FCD et la FNSEA négocient la mise en place d’un fonds de soutien - d’investissement ? - de 100 millions d’euros, qui serait abondé en prélevant 11 centimes sur chaque kilo de porc, une sorte de “taxe porcine” comme il y a eu dans le passé une “taxe poisson”, mais sur la base du volontariat pour éviter les taxes affectées à des aides, dont Bruxelles ne veut pas entendre parler. La fameuse “taxe poisson” avait d’ailleurs était supprimées, les enseignes investissant alors dans un fonds de “promotion”...

Dégradation rapide des résultats des abattoirs

Les abattoirs connaissent aussi une dégradation rapide de leur situation financière, selon France-Agrimer. “Les résultats sont à nouveau dégradés au 3ème trimestre 2015, avec des marges en forte baisse, annulant les progrès constatés au cours des deux premiers trimestres”, précise l’organisme. La situation a probablement encore empiré depuis. La crise agricole pourrait donc s’étendre aux outils de transformation, comme c’était le cas dans la volaille il y a deux ans ou lors de la reprise de Gad par Intermarché. Avec des prix trop déconnectés du marché, Bigard, la Cooperl ou Abera n’ont guère de chances de pouvoir concurrencer les Allemands, Danois ou Espagnols. Et si Manuel Valls réussit à convaincre les dirigeants russes de réouvrir la frontière aux porcs européens, il n’est pas sûr que cette levée d’embargo profite aux exportateurs français.

Pour autant, le soutien des grandes surfaces à l’élevage reste très important afin de ne pas aggraver la crise en ce qui concerne la consommation intérieure. A l’issue de la réunion avec le Premier ministre, Thierry Cotillard, président d’Intermarché, et Jean-François Huet, représentant E.Leclerc, n’ont pas pris la parole, laissant Jacques Creyssel (FCD) et Serge Papin (Système U) exprimer la position de toutes les enseignes. Intermarché a toutefois publié un communiqué détaillant sa volonté de renforcer la contractualisation avec les éleveurs. De quoi convaincre sans doute les exploitants de libérer ses bases logistiques. Mais il est à craindre que les manifestations perdurent, ici où là, jusqu’au Salon de l’Agriculture, qui est l’événement phare du secteur, où sont attendus 700 000 visiteurs et nombre d’hommes politiques...

 

Les propositions d'Intermarché suite à la réunion avec Manuel Valls à Matignon

 

 
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