[Crise agricole] La Scarmor (E.Leclerc) prise à partie dans le Finistère

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Une remorque de poids-lourd brûlée, des cartons en feu, du lisier : deux sites de la Scarmor, centrale d'achats et plate-forme qui approvisionnent 38 E.Leclerc, ont été prises pour cible cette nuit. Six plates-formes restent bloquées et les actions dégénèrent parfois, comme la destruction du contenu de camions de la Scapêche, qui a fait réagir les pêcheurs.

150 tracteurs se sont dirigés vers la centrale d'achat bretonne de E.Leclerc, la Scarmor
150 tracteurs se sont dirigés vers la centrale d'achat bretonne de E.Leclerc, la Scarmor

La pression continue et les leaders de certains départements de la FNSEA promettent même de les durcir. Mais l’action la plus spectaculaire a été la prise à partie cette nuit du 10 au au 11 février 2016 de deux sites de la Scarmor à Landerneau et Relecq-Kerhuon, dans le Finistère. Ces plates-formes logistiques et centrales d’achat régionales approvisionnent 38 magasins E.Leclerc de Bretagne. Des dizaines d'exploitants agricoles sont arrivés juchés sur 150 tracteurs. Sur place, ils ont mis le feu à la remorque d’un poids lourd, brûlé des cartons et deversé des tonnes de lisier. L’action fait la Une des journaux régionaux, Ouest-France et le Télégramme de Brest

Six plateformes logistiques bloquées, d'autres pourraient l'être

Six centrales régionales en Bretagne sont toujours bloquées, trois pour Intermarché, malgré l'intervention des gendarmes pour celle d'Argentré-sur-Plessis, une pour Casino et désormais la Scarmor. La Steff, qui approvisionne Carrefour, a été libérée, de même que la plateforme de Système U à Plaintel, dans les Côtes d’Armor. Système U avait dépêché un huissier  pour faire constater le blocage. D’autres actions de blocage sont prévues, notamment dans la Somme cette fois, avec le blocage d’un site Auchan et Simply Market. Visiblement, la pression ne se relâche.

Elle dégénère même parfois. Des exploitants agricoles ont aussi vidé des camions de l'armement  Scapêche (Intermarché) à Ploërmel, jetant sur le bitume 100 tonnes de poisson d'une valeur d'1 million d'euros. Trop, c’est trop. Les pêcheurs sont furieux. «Si je comprends la colère et les inquiétudes des éleveurs et des agriculteurs, je ne peux pas accepter ce genre d'attaques totalement injustifiées et dont les conséquences financières sont très lourdes pour les pêcheurs comme pour les mareyeurs », a indiqué Olivier le Nézet, président du Comité des pêche. Il s’agissait de la pêche des navires français. Une réunion entre pêcheurs et agriculteurs est prévue pour “empêcher les actions irresponsables"…

Les négociations commerciales servent de catalyseur

Mais les agriculteurs estiment que l’Etat n’agit pas et qu’une partie de la solution se trouve aussi dans la grande distribution, où se fixeraient les prix. Les multiples mesures annoncées tant du gouvernement que des enseignes, avec notamment la création d’un fonds de soutien de 100 millions d’euros pour la filière porcine, en cours de constitution, n’y change rien. La période des négociations commerciales entre fournisseurs et distributeurs sert aussi de catalyseur aux revendications. Des industriels assurent que les relations sont exécrables, et les demandes de baisse de prix sans précédent pour les produits notamment à marques. Les distributeurs estiment de leur côté que les négociations ne se passent pas plus mal que les années précédentes et qu’ils ne sont en rien responsables de la baisse des matières premières qui nourrit la désinflation. 

Et selon nos informations, les contrôles dans les centrales d’achat sont récurrentes. Carrefour aurait ainsi vu débarquer les agents de la DGCCRF, qui sont repartis avec documents et ordinateurs, mercredi 10 février. La réunion avec le Premier ministre, Stéphane Le Foll et Emmanuel Macron et la bonne volonté affichée, notamment celle de ne pas stigmatiser les enseignes, n’empêche visiblement pas les contrôles...L'Etat veut sans doute montrer qu'il agit. 

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