[Crise agricole] Les actions s’estompent en attendant les mesures gouvernementales

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Les exploitants agricoles cessent leurs actions en attendant les mesures gouvernementales qui devraient être annoncées mercredi, principalement une baisse de cotisations sociales évaluées à 600 millions d’euros. Nul ne sait si l’annonce fera rentrer définitivement les tracteurs dans les exploitations.

Le Premier ministre devrait annoncer de nouvelles mesures pour l'agriculture demain mercredi 17 février. Ici avec Stéphane Le Foll et Emmanuel Macron à l'issue de la réunion avec les dirigeants de la grande distribution
Le Premier ministre devrait annoncer de nouvelles mesures pour l'agriculture demain mercredi 17 février. Ici avec Stéphane Le Foll et Emmanuel Macron à l'issue de la réunion avec les dirigeants de la grande distribution© Sylvain Aubril

Les actions des exploitants agricoles durent depuis un mois, avec blocus de super et hypermarché, des sites logistiques, d’entrepôts et, pour les dernières en date, de la ville de Vannes ou de manifestations à Caen. Les forces de l’ordre sont désormais beaucoup plus présentes, “Il y a trois CRS pour un manifestant”, constatait un leader syndical à Vannes, inquiet pour troupes. A Saint-Lô, la semaine dernière, les CRS avaient chargé sans ménagement. Et à Vannes, le préfet s’est montré intraitable : pas question pour les tracteurs de se rendre dans le centre-ville.

L’autre action a concerné un entrepôt frigorifique d’un entrepositaire de la filiale de E.Leclerc, Kerméné, où les manifestants auraient trouvé des stocks de viande brésilienne et polonaise, selon Ouest-France. Auparavant, Michel-Edouard Leclerc est monté au créneau pour dénoncer la “désinformation” selon laquelle E.Leclerc refusait de participer à la constitution du fonds de soutien à l’élevage porcin. “Nous avons participé à toutes les réunions”, a-t-il indiqué par voie de communiqué, ajoutant que côté lait, il avait signé la Charte des valeurs laitières, lancée par la Fédération nationale des producteurs laitiers, qui vise à “sauver les exploitations”.

Le patron de Nestlé France sur Europe 1 et Stéphane Le Foll à Bruxelles

Côté transformation, le patron de Nestlé France, Richard Girardot, qui exploite la marque de charcuterie Herta, a annoncé sur Europe 1 hier 16 février que l’entreprise visait “70 % de porc français”, contre “près de 50% actuellement”. Fleury Michon avait annoncé auparavant s’approvisionner à 70 % en porc français et vouloir mentionner l'origine sur tous ses produit. "Mais il y en a qu'on ne peut pas trouver en France", avait indiqué Régis Lebrun, son PDG. Les deux avaient été pointés du doigt par Serge Papin, président de Système U, sur l'origine de leur approvionnement sur la même radio. Les leaders de l'agroalimentaire veulent donc montrer l’exemple et qu’ils s’inquiètent pour la filière agricole. Mais généralement, les entreprises charcutières rechignent à être contraintes à un approvisionnement local et contestent que le consommateur ait vraiment la volonté de traduire son envie de mention d’origine en acte d’achat. Et elles s’estiment prises en étau entre la distribution qui veut des baisses de prix, et des producteurs qui mettent la pression pour qu’ils augmentent, alors que l'offre européenne est moins coûteuse et mieux adaptée à ses besoins...

Pendant ce temps, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, était justement à Bruxelles pour défendre l’obligation de mentionner le pays d’origine sur les viandes fraîches et les produits transformés, lors d’un Conseil européen présidé par le Commissaire irlandais Hogan. Il a été poliment écouté et a même rallié l'Allemagne, la Pologne et l’Espagne à sa cause, surtout celle de réguler le marché via du stockage. Pour le lait, il a demandé une diminution de la production. Mais tous ces pays sont des concurrents de la France : l’Irlande a même augmenté sa production de lait de 50 %, pour compenser la baisse de prix ! Stéphane Le Foll doit faire des propositions qui seront étudiées… le 16 mars 2016, lors du prochain conseil européen.

Xavier Beulin (FNSEA) reçu par Manuel Valls avant les annonces

C’est donc d’abord via une solution franco-française que va se dénouer la situation - au moins pendant le Salon de l’Agriculture, que les pouvoirs publics - à raison - ne veulent pas voir tourner en débandade. S'ajoutant aux initiatives privées de la distribution et des transformateurs en faveur de la production, le gouvernement va donc proposer une nouvelle baisse des cotisations sociales pour les agriculteurs, comme l’avait réclamé Xavier Beulin, président de la FNSEA il y a plusieurs semaines et qui a été évoquée par le président de la République, François Hollande, lors de l’interview qui a suivi le remaniement ministériel.

Xavier Beulin doit d’ailleurs être reçu ce soir mardi 16 janvier par le Premier ministre, Manuel Valls, et Stéphane le Foll. Et les annonces devraient être faites mercredi 17. L’enveloppe avoisinerait 600 millions d’euros - qui s’ajouteront aux aides décidées et septembre par Manuel Valls et annoncées comme représentant 1 milliard d’euros (400 millions en réalité selon les calculs de la FNSEA). Les entreprises françaises seraient aussi soumises à l’obligation d’étiquetage d’origine, par décret - même s’il ne paraît guère conforme au droit européen. Mais il faut sortir de la crise. Il sera toujours tant de faire face aux foudres de Bruxelles plus tard, si nécessaire. Pour l’instant, les manifestations agricoles sont suspendues. Elles ont en réalité été circonscrites à la Bretagne, et n’ont jamais vraiment pris racine ailleurs. Il est vrai que la production porcine et laitière est plus importante dans cette région.

 
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