Crise agricole : "Nous demandons à la grande distribution la constitution d’un fonds de financement"

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Dossier A l’occasion de la mobilisation du monde agricole ce jeudi 3 septembre 2015 organisée par la FNSEA, Guillaume Roué, président d’Inaporc, interprofession de la filière porcine, revient sur les causes de la crise profonde qui touche la filière et les moyens d’en sortir. Entretien.

Guillaume roué est président d'Inaporc, l'interprofession de la filière porcine
Guillaume roué est président d'Inaporc, l'interprofession de la filière porcine

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Ce jeudi 3 septembre, vous avez répondu présent à l’appel de la FNSEA. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Je participe à la manifestation à titre personnel. Je suis éleveur. Inaporc n’a pas donné de consigne à ses adhérents. Mais il est important de continuer à faire entendre nos voix. La crise qui touche la filière porcine est profonde et il faut trouver un moyen d’en sortir.

De quelle façon ?

Depuis le mois de juin, nous avons engagé des discussions avec la grande distribution à qui nous demandons la création d’un fonds doté de 250 M€ par an pour une période de trois ans.

Mais de quelle façon serait alimenté ce fonds?

Par une contribution de 20 centimes d’euros sur chaque kilogramme de viande de porc vendu au consommateur. Je vous rappelle que la consommation de viande de porc s’élève à 32 kilogrammes par an et par Français. Pour le consommateur, cette contribution s’élèverait à 6,40 € par an, soit le prix d’un paquet de cigarette. Nous ne parlons pas de taxe mais bien d’une contribution de la part des consommateurs. Le fonds constitué permettrait ainsi aux exploitations de se moderniser et de se restructurer afin de revenir dans la course. Ce type de dispositif qui a déjà été mis en place pour d’autres filières en difficulté, notamment les pêcheurs qui, dans le passé, ont dû faire face à l’augmentation du prix du gazoil, n’a pas vocation à être pérenne mais doit permettre de sortir de la crise.

Comment ce projet est accueilli par la grande distribution ?

Nous avançons et je suis plutôt confiant. J’ai bon espoir que ce dossier soit bouclé d’ici la fin de l’année. Sur le plan de la compétitivité, la Franc est larguée. Les Français ont voulu un système de protection sociale qui n’a rien à voir avec ce qui existe ailleurs en Europe. Cela se traduit par des charges et une fiscalité très lourde. Ces choix doivent être assumés, y compris sur le plan de la consommation. La guerre des prix doit cesser. Il en va de la production agricole et donc de la sécurité alimentaire.

En dehors de la création de ce fond, quels autres leviers pourraient être utilisés pour tenter de sortir de la crise ?

L’équilibre de la filière porcine est conditionné par des facteurs qu’elle ne maîtrise absolument pas. Je pense en particulier au prix de l’alimentation animale qui représente 70% du coût de production d’un porc. Depuis 2008, le cours des céréales se montre extrêmement volatile en raison d’une demande des marchés internationaux et d’une situation spéculative. Il faut arriver à trouver une formule de sécurisation de ce coût de revient. En France, la baisse de la consommation de la viande de porc est une réalité. La nécessité de trouver de nouveaux débouchés à l’export s’impose. Mais encore faut-il être compétitif face aux Espagnols et aux Allemands…

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