Marchés

Crise en Grèce : scénario noir pour la consommation et la distribution

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Le risque de l’exclusion de la Grèce de la zone euro pourrait y provoquer un effondrement de la consommation et une envolée des prix. Carrefour s’en est retiré, ne conservant qu’un contrat de franchise, tandis que le Belge Delhaize y détient le deuxième groupe de distribution.  Quel que soit le scénario, il est noir pour les consommateurs, les exportateurs et les distributeurs…comme Marinopoulos, le leader, et la filiale de Delhaize. 

La sortie de la Grèce de l'euro, les conséquences pour la consommation
La sortie de la Grèce de l'euro, les conséquences pour la consommation

«Les Français n’ont rien à craindre d’une sortie de la Grèce de l’Euro ». C’est le message du président de la République à l’issue d’un conseil de crise sur la sortie probable de la Grèce de l’euro, avec un contrôle des capitaux et des avoirs bancaires des Grecs, la fermeture des banques, la limitation des retraits à 60 € et la fermeture de la bourse. François Hollande veut rassurer les Français. Ils y laisseront pourtant des plumes. Sur les 320 milliards de dettes qu'accumule la Grèce, la France en détient plus de 10 %, et chaque Français pourrait y laisser 800 euros, alors qu’avec la dette française, il est déjà endetté à hauteur de 30 000 euros…

Vers une forte contraction de l’économie

Mais il est vrai que ce n’est rien vis-à-vis de ce qui devrait attendre les Grecs si la sortie de l’Euro se confirme. D’abord, le retour de la drachme, la monnaie d’avant l’Euro. Toute l’économie grecque subirait alors une gigantesque contraction. Selon des économistes, la nouvelle drachme vaudrait  la moitié de l’euro si l’Europe reste aux manettes, en arrimant cette monnaie à une valeur fixe par rapport à l’euro, voire encore moins si les Grecs décident d’affirmer leur souveraineté totale, sans arrimage.  

Autrement dit, pour les consommateurs grecs, les prix devraient doubler pour les produits locaux comme pour les produits d’importation, même si les scénarii actuels ne parlent « que » de 40 % d’inflation. Le gouvernement grec ne va ni baisser les dépenses publiques, ni les retraites, ni augmenter la TVA comme le voulaient les autres pays européens, mais la facture se présentera d’une autre manière, par la dévaluation. Le salaire minimum, qui est actuellement de 650 €, chuterait à la moitié de sa valeur avec la nouvelle monnaie. Idem pour les indemnités chômage, les prestations familiales. Le pouvoir d'achat s'effondrerait. 

PIB réduit d’un tiers

Le PIB, lui, se réduirait d’au moins un tiers – il atteint actuellement 250 milliards d’euros. Certes, la dévaluation soutiendrait les exportations. Le problème, c’est que l’industrie grecque est quasi-inexistante. Et l’agriculture est trois fois moins compétitive que celle de la France, laquelle n’est pas compétitive face à celle de l’Europe du Nord ! Les Grecs importent la moitié de leur alimentation, la viande, les plats transformés et même les légumes qui viennent de Turquie, et évidemment les produits manufacturés, qui seront facturés en euros ou en dollars… avec une monnaie faible. Voilà qui alimentera aussi l’inflation.

La contraction des volumes de vente qui en résultera pénalisera évidemment les exportateurs. La France exporte pour 2 milliards d’euros de produits en Grèce, dont de la viande pour près de 300 millions d’euros.  A l’inverse, la Grèce vend tout de même pour 7 milliards d’euros de produits agricoles, principalement à destination de l’Italie et l’Allemagne, la France ne comptant que pour 5 % du total et 600 millions d’euros, dont 150 millions de produits alimentaires. Avec notamment la célèbre feta, le fromage de brebis, qui bénéficie d’une appellation d’origine contrôlée. Pour les européens, les prix d'achat seront à la baisse. 

La belle anticipation de Georges Plassat

Et quand la consommation chute, la distribution est très exposée. On pourra saluer la belle anticipation de Georges Plassat, dont l’une des premières mesures à son arrivée dans le groupe Carrefpir a été la cession des 50 % détenus dans Carrefour Hellas, au groupe Marinopoulos Brothers, leader de la distribution dans le pays. A l’époque, en 2012, Carrefour avait dû passer 220 millions d’euros en moins-value. Coûteux, mais l’enseigne n’est plus exposée dans le pays : Marinopoulos est devenu un franchisé. Ce groupe a d’ailleurs su rebondir dès 2013, engrangeant 1,7 milliard de CA pour 130 millions de profits, avec 700 magasins dont 35 hypermarchés.  Il exploite également des Sephora, et est présent dans la pharmacie et les cosmétiques (et en France, dans les écuries de course).  C’est donc un leader local qui va devoir adapter son réseau à la crise.

Le numéro deux de la distribution grecque, Alpha Beta Vassilopoulos,  appartient en revanche au groupe belge Delhaize en totalité, puisqu’à l’inverse de Carrefour, le groupe a acquis en 2010 la totalité du capital et retiré le titre de la bourse d’Athènes. Il compte environ 300 magasins dont 200 grands supermarchés. A l’époque, AB réalisait 1,4 milliards de chiffre d’affaires. La Grèce est depuis consolidée avec la Serbie et la Roumanie, mais Delhaize a investi près de 350 millions d’euros en Grèce, dont 100 millions d’euros annoncés en octobre dernier.  Certains défendent l’idée qu'il faut investir en temps de crise. Tout dépend à quel degré elle se situe. Car visiblement, les mois prochains ne seront pas de tout repos pour la distribution en Grèce…Et comme l'avenir de Delhaize se joue désormais chez Ahold; il ne serait pas étonnant que l'une des premières mesures consiste à trancher dans les filiales à risque. 

1 commentaire

scenariietpasscenario

01/07/2015 18h48 - scenariietpasscenario

"les noms ou adjectifs empruntés à une langue étrangère ont un singulier et un pluriel réguliers. On choisit comme forme du singulier la forme la plus fréquente, même s’il s’agit d’un pluriel dans la langue d’origine : un ravioli, des raviolis ; un scénario, des scénarios. L’accentuation, d’autre part, est rendue conforme aux règles des mots français : un imprésario ; un révolver ; un artéfact ;" Source : http://www.academie-francaise.fr/la-lan…/questions-de-langue

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