Cruelles ruptures

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YVES PUGET EDITO

Selon le baromètre mensuel ECR-Iri, pas moins de 5,7% des articles seraient en rupture dans les rayons (sans compter les absences partielles en cours de journée). À première vue, ce ratio n’a rien d’alarmant. Il faut pourtant savoir que ces petits produits qui manquent ici et là sur les gondoles engendrent un manque à gagner de 1,07 milliard d’euros par an ! Cette somme ne veut pas dire grand-chose. Elle interpelle davantage si l’on considère qu’elle représente l’équivalent des ventes annuelles de papier toilette. Ou, mieux encore, elle signifie 1 800€ de chiffre d’affaires perdus par jour et par point de vente. Et si vous n’êtes toujours pas convaincus par l’ampleur de ce fléau, imaginez le directeur d’un magasin dire quotidiennement à 45 de ses clients qu’ils ne peuvent pas entrer parce que ses rayons sont vides ! Autrement dit, que le travail de base – mettre des produits en rayons pour qu’ils soient achetés – n’a pas été fait. Si un tel scénario est impensable alors que tout le monde se plaint d’une baisse de la consommation et s’émeut d’une érosion des marges des industriels et des distributeurs, il est pourtant bel et bien réel. Pire, les personnes concernées finissent par s’habituer à cette gangrène diffuse et peu perceptible. L’excellence opérationnelle n’est alors plus un enjeu, et les dysfonctionnements deviennent banals. Quant aux clients, ils ne peuvent que s’exaspérer…

Certes, ces « absences » peuvent se justifier. Des ruptures proviennent d’impondérables, comme le blocage des livraisons en raison d’une tempête de neige. Il faut aussi reconnaître qu’une rupture ne signifie pas automatiquement une vente perdue. Des consommateurs reviennent le lendemain ou prennent un produit plus ou moins équivalent. Il est aussi exact que, parfois, le coût d’un sur­stockage pour éviter des trous dans les rayons peut s’avérer plus onéreux que quelques manques. Sans oublier que la rupture est aussi le résultat d’une prise de risque qu’il faut savoir accepter. Il n’en est pas autrement avec les jouets de Noël. Enfin, ce mal n’est pas typiquement français. Il y a quelques années, l’enseigne britannique Tesco avait envoyé en urgence un convoi de 25 camions en France pour se procurer... du champagne. Le challenge ? Rapporter 1,5 million de bouteilles avant la Saint-Sylvestre.

Si le mal persiste, c’est d’abord que le dossier est diablement technique tant il faut jongler entre les stocks amont et aval, ceux de couvertures ou spéculatifs, et les réserves de sécurité ou d’anticipation. Sans oublier la gestion de l’immobilisation financière, les coûts intrinsèques de stockage et la recherche de gains de productivité en points de vente en abaissant autant que possible la masse salariale. ECR France, qui a récemment remis ses Trophées, propose aux industriels et distributeurs de se positionner sur une grille de maturité. Cet organisme paritaire va jusqu’à éditer des plans d’action adaptés à chaque acteur. Le travail réalisé entre Auchan et Brioche Pasquier démontre à quel point il peut être simple de faire chuter le taux de démarque de moitié. Il faut simplement avoir une bonne dose de bon sens, faire preuve d’une rigueur à toute épreuve et impliquer massivement les équipes. Et que ce dossier devienne une priorité, pour ne pas dire une obsession.

Discrètes, les ruptures en rayons représentent pourtant un manque à gagner de 1,07 Mrd € par an !

Yves Puget

 

 

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Article extrait
du magazine N° 2344

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