Cuisson : Brandt veut démocratiser l'induction

· Jugée complexe et souvent trop chère, la table à induction reste encore confidentielle en France. · Malgré les efforts des distributeurs. · Pour réveiller le marché, Brandt vient de décider de baisser ses prix de 20%.

Grâce à son design parfait en noir profond ou blanc immaculé, ses touches sensitives et sa technologie de pointe, la table à induction s'impose comme l'appareil de cuisson du XXIe siècle. Perçue comme une technique innovante, l'induction n'est pourtant pas à proprement parler une nouvelle technologie. Elle existe en effet depuis plus de huit ans. Mais le positionnement des appareils entre 7 000 et 10 000 F a freiné le développement des ventes. Les volumes restent faibles et les gammes courtes, même chez les grands spécialistes. Quelque 30 000 tables à induction ont été vendues l'an dernier, sur un total de 980 000 tables de cuisson (dont 220 000 vitrocéramiques) « Nous avons seulement quatre références d'induction bien placées en prix, explique le responsable du rayon d'un Darty de Rhône-Alpes. Nos clients connaissent bien le produit, mais son coût les arrête. »

Réduire les écarts de prix

L'induction ne profite donc pas du développement actuel des appareils de cuisson encastrables sur le marché français. Pour inverser la tendance, Brandt - qui détient 80% de part de marché - a décidé de frapper un grand coup pour la rentrée de septembre. Le groupe, un des premiers fabricants européens de tables à induction, en produit 60 000 par an, dans son usine du Loiret. Sa position industrielle et commerciale a décidé le leader français de l'électroménager à lancer une nouvelle gamme, sous ses marques Sauter, De Dietrich ou Thermor, proposée 20% moins cher. Les modèles à 4 foyers seront ainsi vendus à environ 6 290 F, contre 7 690 F actuellement, les deux foyers se situeront à 3 690 F contre 5 190 F.

Présent chez les grands spécialistes et les cuisinistes, Rosières a fait savoir « qu'il proposerait prochainement de nouveaux produits moins chers afin de conserver sa part de marché ». Scholtès réserve sa position pour le moment. Sous l'impulsion de Brandt, les fabricants cherchent ainsi à réduire la différence de prix avec les autres appareils de cuisson. La plus forte concurrence se situe en effet du côté des tables vitrocéramiques ou gaz, dont les ventes ont fortement progressé l'an dernier. « En cuisson, les meilleures ventes se situent autour de 3 000 F. Au-delà, les volumes sont beaucoup plus faibles, résume un chef de rayon électroménager d'un Carrefour de la région parisienne. Pourtant, les consommateurs sont assez sensibles à l'induction et en connaissent les principaux avantages. »

Rapidité, puissance et économie

Parmi les arguments de vente figure la souplesse d'utilisation. Par simple effleurement des touches, l'induction permet de passer instantanément du mijotage le plus doux à la cuisson la plus vive, ou inversement. Selon les essais de Sauter, cette technique permet en outre un gain de temps et d'énergie. Ainsi, pour élever la température de 2 litres d'eau de 20 à 95 °C, 8,18 minutes seraient nécessaires sur le gaz, 9 minutes sur la vitrocéramique et 4,46 minutes seulement avec l'induction. Les foyers à induction offrent aussi le meilleur rendement : 90%, contre 50% pour le gaz et 60% pour la vitrocéramique. L'induction se place donc comme le foyer le plus puissant, le plus rapide et aussi le plus économique (jusqu'à 45%) comparé aux autres modes de cuisson. Cet argument pourrait convaincre en priorité les adeptes de l'électricité, mais aussi les habitués du gaz.

Ces derniers sont particulièrement courtisés, car ils sont les plus nombreux. En matière de cuisson, la France reste attachée au gaz, considéré comme une énergie très modulable, particulièrement adaptée au mijotage des recettes traditionnelles, même si la plupart des ménages mangent plus souvent des pizzas surgelées que du boeuf en daube. « Nous avons une clientèle de centre-ville, qui habite des immeubles anciens et est équipée majoritairement en gaz. Lorsqu'elle renouvelle son équipement, elle reste attachée à ce mode de cuisson. Nos collègues de périphérie réussissent de meilleures performances avec les plaques électriques », explique l'un des responsables d'un magasin Darty de centre-ville.

Mais gaz et induction ne sont pas opposés, ils apparaissent même comme les modes de cuisson les plus proches en termes de souplesse d'utilisation et d'économie. « Les Pays-Bas, pays gazier par excellence, sont aussi la région européenne la plus équipée en induction », rappelle avec optimisme Brigitte Petit, directrice des marchés du groupe Brandt.

Depuis deux ans, Sauter a cherché à jouer sur l'attachement des Français au gaz pour faire découvrir l'induction. La marque a lancé sa plaque Duomino (2 feux gaz + 2 feux induction), qui, outre son aspect rassurant, est positionnée moins cher (4 990 F PVC). Fort de ce succès, le groupe Brandt s'apprête à présenter d'autres plaques mixtes. « En 1998, nos marques De Dietrich et Thermor disposeront, elles aussi, de plaques à induction et à gaz. Nous lancerons simultanément une plaque 2 feux radiants + 2 feux induction chez De Dietrich », précise Brigitte Petit. L'industriel développe aussi un projet de plaque 3 feux à induction, dont un très grand foyer (28 cm) pour les grandes poêles.

Label et norme européenne

L'induction paraît d'autant plus chère que les consommateurs croient devoir changer de batterie de cuisine. Outre le fonctionnement des appareils, les vendeurs doivent fournir beaucoup d'informations sur l'utilisation des casseroles et poêles. « Le consommateur sait que tous les ustensiles ne sont pas utilisables sur l'induction, mais ne savent pas lesquels, ni pourquoi », raconte un chef de rayon électroménager d'Auchan.

Pour remédier à cette situation, le groupe Brandt s'est associé, depuis 1994, avec des fabricants d'ustensiles de cuisine. Ils ont lancé le label Class Induction apposé sur de nombreux produits de marques nationales (Tefal, Sitram, Seb, Aubecq, Le Creuset, Ménastyl, Invicta, Nomar...), mais aussi de MDD comme Continent et Cora. Ce label devrait faire l'objet d'une campagne de communication durant le second semestre, afin de mieux le faire connaître du grand public. Une norme européenne sur les ustensiles culinaires est aussi en préparation.

En attendant, la signalétique du rayon cuisson gagnerait à expliquer les qualités des différents matériaux, notamment leur compatibilité avec l'induction et les micro-ondes. La synergie à mettre en oeuvre entre bazar léger et bazar lourd apparaît donc comme l'une des clés du développement de l'induction en hypermarchés.
Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 1546

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous