Dans l’usine de vélos « made in France » d’Intersport

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Made in France Pas tout à fait. Si beaucoup de pièces viennent de l’Hexagone et d’Europe, cadres, fourches à suspension ou encore systèmes de freinage arrivent de Chine. Les vélos sont assemblés à Machecoul, près de Nantes, à la Manufacture du Cycle, reprise par Intersport et appelée à grandir.

Le laboratoire de tests, baptisé « la salle des tortures », permet de vérifier la solidité des cadres de vélos. Intersport a investi 200 000 € dans cette machine, dont sort un vélo toutes les deux minutes et qui permet de tester la résistance de ces pièces en aluminium venues… d’Asie et assemblées avec les autres éléments dans la banlieue de Nantes, à Machecoul. Un bourg connu pour sa fromagerie (Beillevaire), mais aussi pour sa Manufacture du Cycle. Dans les années 30, cette usine commence à fabriquer les mythiques vélos Gitane, aujourd’hui conçus à Romilly-sur-Seine, dans l’Aube.

« Raccourcir les tâches »

Les bons points

  • Offrir une souplesse dans la production permettant des petites quantités (600 vélos).
  • Une capacité à répondre rapidement au service après-vente.
  • Permettre d’alléger les stocks en magasins.

Après des pics de production à 300 000 vélos par an au détour des années 2010, la Manufacture est sortie d’une mauvaise passe grâce à sa reprise par Intersport en mars 2013. Un an après, ce 24 février, Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, fait le déplacement pour vanter les mérites d’un « made in France » propre au vélo, et la sauvegarde de 175 emplois. « Vous avez découpé la chaîne de production et préférez faire la peinture ici plutôt qu’à 10 000 kilomètres. Vous avez relocalisé le montage et l’assemblage ici. Vous avez eu l’intelligence de raccourcir les tâches », a souligné le ministre auprès des dirigeants d’Intersport, ajoutant que les salaires avaient augmenté de 25% en Chine ces dix dernières années, ainsi que les coûts logistiques.

Si les cadres, les fourches de suspension, les freins et les cintres viennent de Chine, d’autres pièces arrivent de plus près. Jantes, rayons et écrous de France ; câbles, gaines, garde-boue, porte-bagages et poignées d’Europe. « Le contrôle qualité, le design et l’assemblage sont effectués ici, explique Yves Salaün, directeur de l’usine. Il nous faut un quart d’heure à vingt minutes pour contrôler le vélo. » Pour la peinture notamment, qui représente 20 à 25% du coût de revient d’un vélo, mieux vaut relocaliser. À Machecoul, les vélos vont être peints à l’eau pour respecter des normes écologiques qui bannissent les peintures à base de solvants.

Question de rentabilité

Le point noir

Un « made in France » partiel, puisque beaucoup de pièces viennent aussi d’Asie.

Mais encore faut-il que la relocalisation soit rentable. En 2014, l’usine écoulera 240 000 vélos aux marques Micmo, Raleigh, TVT et EXS. Mais cela ne suffit pas. « Pour atteindre l’équilibre, il nous faut fabriquer 280 000 vélos par an », précise Jacky Rihouet, président France et Belgique d’Intersport, qui prévoit d’atteindre, d’ici à 2015, une vitesse de croisière de 300 000 à 350 000 vélos par an… et 400 000 à moyen terme, comme à la belle époque, il y a plus de dix ans. Pour ce faire, il faut trouver de nouveaux canaux de distribution. Presque la moitié de la production de Machecoul est écoulée auprès des marques de distributeurs de Leclerc, Carrefour, Système U et Cora… et même Go Sport.

Et ce n’est pas fini. Intersport espère bien conquérir les réseaux de spécialistes, qui vendent encore 54% des vélos en France, grâce notamment à la marque française de VTT Sunn rachetée fin 2013. « Il nous faut absolument les conquérir, estime Yves Salaün. Nous allons aussi développer l’offre de vélos électriques, car plus nous ferons de volumes, plus nous serons compétitifs. » Le directeur de l’usine espère en tripler la production et passer de 3 000 à 10 000 par an. Pour accompagner cette montée en puissance, Inter­sport prévoit, en 2015, l’ouverture d’un entrepôt de 12 000 m² à côté de l’usine de Machecoul. Une manière pour la coopérative d’absorber toutes ses activités logistiques, d’augmenter ses stocks… et d’alléger ceux en magasins. Autant de réserves qui, une fois l’entrepôt ouvert, pourront être converties en surfaces de vente.

Accroissement du parc

Car la reprise de l’usine de Machecoul entend accompagner, en effet, la croissance du parc de l’enseigne. « Nous occupons seulement la moitié du territoire avec 600 magasins, précise Jacky Rihouet. Nous allons en ouvrir 80 dans les trois années à venir et agrandir les surfaces de 2 000 à 3000 m² en mettant l’accent sur des univers par usages. » Première ébauche de cette nouvelle approche, rue de Rivoli, début avril, pour le premier magasin parisien du challenger de Decathlon.

Cette usine désengorge les magasins, dont les réserves peuvent être remplies de vélos, ce qui est très lourd en trésorerie. Cela apporte aussi de la souplesse pour les livraisons de petites quantités.

Jacky Rihouet, président France et Belgique d’Intersport

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Article extrait
du magazine N° 2310

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