Dans les coulisses du café équitable

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Les produits du commerce équitable sont de plus en plus nombreux en rayons. LSA est parti au Nicaragua pour voir comment est produit le café estampillé durable, et quels sont les bénéfices pour les producteurs.

Comment être sûr que le café acheté soit produit de façon responsable ? Pour répondre à la demande des consommateurs de plus en plus sensibilisés, un nombre croissant de grandes marques comme Malongo, Maison du Café, Café royal, Méo, Lavazza, ou Illy, affichent sur leur packaging les logos Fairtrade, UTZ Certified, ou encore la petite grenouille de l’ONG américaine Rainforest Alliance. C’est aussi le cas des distributeurs tels que Lidl, Migros, Auchan, Hema, Ikea pour le café vendu dans les épiceries de leurs magasins, ou de chaînes à l’image de Starbucks ou McDonald’s. Pour le consommateur, c’est la garantie que le café acheté et/ou consommé est issu d’une agriculture durable, respectueuse des critères sociaux et environnementaux.

Si Max Havelaar est le pionnier et le label le plus reconnu des Français avec 355 millions d’euros de chiffre d’affaires dans l’Hexagone, en hausse de 9%, UTZ (littéralement bon café en maya) – créé en 2002 par un producteur de café du Guatemala et un torréfacteur néerlandais –, est aujourd’hui, avec aussi Rainforest Alliance, l’un des principaux labels durables à travers la mise en place d’un programme de certification et de traçabilité. En 2013, le volume des certifications UTZ a augmenté de 2% par rapport à l’année précédente, et les ventes de café UTZ Certified ont crû de 19%.

Culture prioritaire

Présent dans une vingtaine de pays, UTZ aide les petits producteurs à s’organiser en coopérative pour mieux négocier les prix. Il leur propose d’adopter des pratiques agricoles qui vont respecter l’environnement, tout en améliorant leurs conditions de vie. Au Nicaragua, le café, introduit au milieu du XIXe siècle, est devenu une culture prioritaire et l’un des principaux produits d’exportation. Expédié à 85%, il a généré, lors du cycle de production 2013-2014, près de 3 milliards de dollars de revenus. Depuis 2011, le volume de café certifié UTZ au Nicaragua a augmenté de 65%. Il pèse 5,35% du café exporté (5 275 tonnes), et environ 46% du total des cafés certifiés UTZ.

Pour les petits producteurs, qui sont environ 43 000, la certification représente une prime sur le prix de vente de leur café. Mais aussi des conditions de vie meilleures. « Nous permettons aux fermiers de devenir des entrepreneurs. Nous leur donnons les moyens de négocier, alors qu’ils sont de plus en plus vulnérables face aux changements climatiques qui favorisent la rouille, une maladie du caféier », indique Vera Espindola Rafael, coordinatrice du développement d’UZT pour l’Amérique latine.

« Entre 2012 et 2013, 80% de notre production ont été affectés par ce champignon qui contamine les feuilles du caféier », observe José Ramon Vanegas Pravia, trésorier et président fondateur de la coopérative Danilo Gonzalez. Créée en 1986, la coopérative intègre 50% de femmes, telle Bertalina Lopez Martinez, 41 ans, qui possède 1,4 hectare de terre et fait partie du conseil de vigilance de la coopérative. Elle touche, comme ses associés, les bénéfices de la vente du café, moins une part des profits utilisée pour les dépenses de santé et d’éducation. « J’ai travaillé d’abord à la cueillette, puis à la cuisine », explique-t-elle. Le projet « Energy from Coffee Wastewater » d’UTZ, pour générer de l’énergie à partir des eaux usées du café, lui permet de cuisiner au gaz pendant la période de récoltes.

Dans ce pays connu pour produire de bonnes qualités d’Arabica, le traitement du café (par voie humide) nécessite, en effet, de grosses quantités d’eaux. « Cette eau qui a servi à laver le café est ensuite rejetée dans la nature, alors même qu’elle charrie des déchets organiques très toxiques qui dégradent les sols et libèrent des gaz à effet de serre, en particulier le méthane, contribuant ainsi fortement au changement climatique », assure ­Leonardo Sanchez, consultant environnemental pour UTZ. Plutôt que d’être déversée dans la rivière, le programme d’UTZ collecte cette eau vers un plan de traitement pour être purifiée et produire du biogaz.

Gros et petits concernés

Ce programme a été déployé chez Cisa Exportadora (groupe Mercon), l’un des dix premiers exportateurs mondiaux, avec une part de marché de 40% au Nicaragua. Et 50% de sa production sont certifiés, dont 20% UTZ ; une diversification des labels pour mieux coller à la demande du marché. « Ce programme nous a permis de répondre aux attentes du gouvernement pour réduire la pollution environnementale et les coûts d’électricité », affirme un représentant de la société.

Aujourd’hui, le biogaz, généré à partir du traitement des eaux usées, est mélangé avec du diesel dans un générateur pour produire l’énergie qui alimente l’ensemble de l’usine. Coût de l’opération : 150 000 dollars pour l’installation auxquels s’ajoutent 6 000 dollars/an pour la maintenance et 6 000 dollars/an pour le personnel.

Mais ce projet n’est pas réservé aux gros importateurs. UTZ, grâce en partie à des subventions du gouvernement hollandais, a déployé le programme chez de tout petits producteurs. Si la méthode est identique, les installations sont plus sommaires, et le biogaz est dédié à une utilisation purement domestique.

Francisco Blandon est à la tête d’une des fermes caféières sélectionnées pour ce projet. « Au départ je n’y croyais pas, raconte-t-il. Quand j’ai vu les gens d’UTZ, je n’y croyais toujours pas. Et je n’y croyais pas non plus quand nous avons commencé à travailler. J’y ai cru il y a un mois, quand cela a commencé à fonctionner et quand j’ai mangé ma première omelette cuisinée au biogaz. Cela nous a permis d’économiser le bois, de réduire la contamination de l’eau, de diminuer les dépenses en médicaments, d’être en meilleure santé. » Si consommer équitable reste un petit pas pour les consommateurs, il représente un grand pas pour ces petits producteurs.

Le label “Certifié UTZ” apporte à nos clients la garantie que notre café est le résultat d’une production responsable. Cette certification nous permet de pratiquer un commerce respectueux des hommes et de l’environnement, tout en garantissant une qualité supérieure.

Alain Hohwiller, responsable France de Café royal

 

15 % : La portion de la population française qui achète des produits issus du commerce équitable en 2013, soit 7,3 millions de foyers.

 

355 M € : Le chiffre d’affaires du commerce équitable en 2013 en France. Un marché de niche concentré sur quelques produits labellisés à 95% par Max Havelaar, avec, en tête, les boissons chaudes (64%), devant le chocolat,les biscuitset confiseries, et les fruits.

Source : Kantar Worldpanel

 

44% :La part de marchédes GMS dansles ventes de produits certifiés en France en 2013, contre 56% dans les réseaux bio, la restauration collective ou la distribution automatique.

Source : Kantar Worldpanel

 

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Article extrait
du magazine N° 2350

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