Dans les coulisses logistiques du Géant Odysseum

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À l’arrière des hypermarchés, le ballet des camions de livraison et le trafic sur les quais de déchargement s’organisent sans fausse note ni temps mort. Reportage au cœur de cette logistique bien orchestrée au Géant d’Odysseum, à Montpellier.

La sonnerie stridente retentit à nouveau. Ce matin, elle n’arrête pas… Instantanément, Wilfried accélère le pas, son téléphone collé à l’oreille, et se dirige vers la cour de réception, à l’extérieur. Là, le chauffeur, qui vient de signaler son arrivée, attend pour se présenter au quai de livraison. Nous sommes dans les coulisses de l’hypermarché Géant, situé au sud-est de Montpellier (34), à Odysseum.

Ce vaste complexe, créé ex nihilo et inauguré en 2009, comprend de nombreuses structures ludiques, et un pôle ­commercial de 50 000 m2. Mais ceux qui travaillent au sein de la logistique de ce Géant n’ont vue ni sur le planétarium, ni sur la patinoire, ni sur le centre ­commercial d’Oysseum à ciel ouvert : leur domaine se situe à l’arrière de l’hyper, dans des locaux accessibles aux seuls « initiés ».

Parmi eux, Wilfried, 37 ans. Il est arrivé à son poste de travail à 6 h 30. Depuis, pas le temps de souffler. « C’est un peu le speed tous les jours, reconnaît-il. Pour nous, la réception des camions est difficile à planifier, car nous n’avons pas de rendez-vous de livraison. Nous ne disposons d’un planning quotidien qu’en ce qui concerne les camions en provenance des entrepôts du groupe ; et, encore, ce ne sont que des plages horaires. Parfois, aucun camion ne se présente pendant une heure et, parfois, ils sont cinq à attendre simultanément… On travaille un peu au fil de l’eau. »

Dans la cour de réception, le chauffeur patiente. Il a roulé toute la nuit, et doit encore livrer un autre Géant avant de rentrer. Rapidement, il remonte dans son véhicule et manœuvre son « semi » pour se mettre dans l’axe d’un des deux quais de livraison. Le haillon s’ouvre : Wilfried s’affaire. Le déchargement des palettes de mobilier de jardin, chargées à Vitrolles (13), ne dure que quelques minutes.

Avant de repartir, le conducteur attend la dernière opération : il faut « replomber le camion ». « Le chauffeur nous présente à son arrivée un plomb numéroté et un papier correspondant à la livraison, indique Wilfried. Nous cassons ce plomb à réception de notre livraison et replombons le camion avant son départ pour le prochain magasin livré. Ce système évite tout problème, tout vol, toute contestation… »

Sas hermétique

Au Géant d’Odysseum, les livraisons ne s’arrêtent pas la nuit. « Le soir, la zone de déchargement est fermée et mise sous alarme, de telle manière qu’elle se transforme en sas hermétique, explique Carlos Chaves, directeur de cet hyper. Les transporteurs qui arrivent ici durant la nuit disposent d’un code leur permettant d’avoir accès aux quais de déchargement, et donc à ce sas. Ils sont autonomes et déposent eux-mêmes leurs marchandises. Les produits frais sont entreposés dans une chambre froide à 4?°C. Puis, les livreurs récupèrent les supports (palettes, emballages, box) des jours précédents, avant de repartir. Pour nous, l’intérêt d’être livrés le soir ou la nuit est évident : nous pouvons disposer des produits dès le matin. »

En effet, ces marchandises ne vont guère tarder à rejoindre les rayons. Une fois entreposées dans cette zone située près des quais de déchargement, elles sont stockées ensuite brièvement dans des « zones transit », avant de rejoindre la surface de vente. Ce Géant compte ainsi une zone transit non alimentaire jouxtant le rayon produits d’entretien du point de vente, et une zone transit alimentaire implantée près du rayon traiteur. Ces deux espaces, bien entendu, appartiennent aux coulisses et restent invisibles aux clients.

« Autrefois, les zones de stockage débordaient de produits. Ces réserves, situées à proximité du déchargement, mobilisaient trois ou quatre personnes pour ranger, prendre, remettre… Une véritable perte de temps et d’énergie !, se souvient Carlos Chaves. Avec notre nouvelle organisation, les zones transit sont plus nombreuses, mais les volumes entreposés se sont considérablement réduits. Aujourd’hui, 80% des flux sont mis en rayons ; notre objectif est de parvenir à 100%, et d’avoir donc zéro stock. Nous avons ainsi gagné en organisation, et cette tendance ne cesse de s’accentuer depuis bientôt deux ans. »

Ni rupture ni réapprovisionnement

À partir de ces zones transit, les marchandises commencent à être « roulées » sur des transpalettes dès 6h30 : le salarié, chargé de cette mission, importe chaque palette de produits au plus près de son implantation. Ainsi, lorsque le collaborateur arrive à son rayon, il n’a pas à se déplacer pour aller chercher sa palette et peut commencer à ranger, ce qui représente un gain de temps non négligeable. De plus, un nombre croissant de palettes complètes (comme celles des liquides, des céréales, du café…) rejoint directement les rayons du point de vente. « Notre objectif et notre philosophie, c’est la présence de l’offre en rayon, insiste Carlos Chaves. Nous implantons nos magasins en fonction de nos produits à grosse rotation ; nous donnons du linéaire à nos tops 4 000. Le client doit pouvoir trouver son produit en rayon tout au long de la journée. Notre but, c’est d’éviter la rupture et le réapprovisionnement en cours de journée. » Assurer la disponibilité de l’ouverture à la fermeture s’avère ici d’autant plus stratégique que cet hypermarché réalise 65% de son chiffre d’affaires l’après-midi…

1. ARRIVÉE DES MARCHANDISES 

Les livraisons peuvent intervenir de jour comme de nuit. En dehors des heures de présence des salariés chargés de la réception, les livreurs disposent d’un code leur donnant accès aux quais et à un espace hermétiquement clos. Le reste de l’hyper ne leur est pas accessible. Environ deux tiers des grosses livraisons sont réalisés après 21 heures.

2. DÉCHARGEMENT

 Les marchandises sont réceptionnées et déchargées dans ce « sas », lequel comprend une zone réservée aux matières sèches et une chambre froide dédiée aux produits frais. Les liquides sont regroupés dans une zone spécifique.

3. « ZONES TRANSIT »

Les marchandises sont ensuite stockées dans l’une des deux zones transit du magasin. Liquides, farines et sucres rejoignent la «zone de palettisation»: ils seront implantés en rayon directement en palettes, comme les «box présentoirs».

4. ACHEMINEMENT 

Les marchandises quittent rapidement leur zone transit : elles sont « roulées en magasin » à partir de 6 h 30, à l’aide de transpalettes, vers leurs rayons respectifs, par deux salariés uniquement chargés de cette mission.

5. MISE EN RAYON 

Une fois en rayon, les marchandises ne doivent souffrir, tout au long de la journée, ni de rupture ni de réapprovisionnement : l’objectif prioritaire affiché par Géant repose sur cette présence permanente de l’offre.

Nous travaillons depuis bientôt deux ans sur la présence de l’offre en rayon dès la réception des marchandises. Au final, on peut résumer cette politique simplement: le lieu de stockage, c’est le magasin, c’est le rayon. Aujourd’hui, 80% des flux sont mis en rayon; notre objectif est de parvenir à 100%, et d’avoir donc zéro stock.

Carlos Chaves, directeur de Géant Odysseum

 

Journée & rendez-vous

  • 6h30 : Arrivée du salarié réceptionnaire. Les marchandises commencentà être « roulées » versleur rayon de destination
  • 7h : Début de la mise en rayon
  • 9h30 : Ouverture de l’hyper
  • Avant midi : Livraisons des fournisseurset producteurs locaux
  • 21h : fermeture du magasin, mise sous alarmedu sas de livraison
  • Lundi, mercredi, vendredi : Livraison de l’épicerie
  • Mardi, jeudi, samedi : Livraison des liquides
  • Du lundi au samedi : Des bénévoles de la Banque alimentaire de l’Hérault récupèrent des produitsen limite de péremption

Organisation logistique de Géant Odyssseum

  • 2 salariés réceptionnaires (dédiés à la réception des marchandises)
  • 2 quais de déchargement
  • 986 m2 de zones dédiées au transit
  • 40 livraisons par semaine (moyenne)
  • 450 palettes livrées par semaine (moyenne)

UN HYPER ÂGÉ DE 5 ANS

  • Septembre 2009 comme date d’ouverture
  • 12 000 m2 de surface de vente
  • 223 salariés 110 000 références gérées en moyenne sur un an
  • Ventilation du CA PGC à 38%, frais industriel à 17%, marchandises transformées à 17%, non-alimentaire technique à 6%, non-alimentaire permanent à 16%, saisonnier à 6%

Sarah Finger, à Montpellier

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Article extrait
du magazine N° 2359

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