De nouveaux desseins pour le papier

|

Dossier Les enseignes restent les premières consommatrices de papier en France et s'acquittent, en échange, d'une éco-contribution. S'il est difficile de s'affranchir d'un support prisé des consommateurs, une boucle vertueuse s'engage.

Rien à faire, les clients adorent les prospectus des enseignes. L'annonce de l'opération sur la barquette de fraises à prix cassé, dans le magasin voisin, est toujours aussi populaire chez les Français. Un engouement encore mesuré par TNS Sofres en 2011. Il révèle ainsi que 92% des Français lisent ou parcourent les imprimés publicitaires. Un geste suivi d'effets. 51% des Français se déplacent ensuite dans un magasin habituel pour y effectuer un achat.

Bref, développement durable ou pas, difficile de se priver de papier. Seul Leclerc fait ce pari, avec la promesse de zéro papier en 2020, grâce à la dématérialisation des prospectus.

 

L'écocontribution va augmenter

Résultat, le papier occupe une place à part dans la grande distribution, par rapport aux autres déchets, comme le carton ou les plastiques, soumis à des cures d'amaigrissement dans les packagings ou emballages. « La distribution représente plus de 50% de nos tonnages », rappelle Géraldine Poivert, directrice générale d'EcoFolio.

Cet éco-organisme, créé en 2007, organise, finance et accompagne la collecte, le tri et le recyclage des papiers. Il perçoit pour cela une écocontribution annuelle des émetteurs, en grande partie les distributeurs, donc, de l'ordre de 39 € la tonne l'an dernier. Un schéma désormais familier des enseignes, qui sont nombreuses à adhérer aux autres éco-organismes pour les emballages ou les déchets d'équipement électroniques et électriques (DEEE). Là aussi, elles mettent la main à la poche. Et, comme pour d'autres familles de déchets, l'écocontribution du papier va augmenter en 2013, à 44 € la tonne. Un surplus qui « doit permettre d'améliorer le taux de recyclage du papier en France », explique Géraldine Poivert. Aujourd'hui, seulement 45% des papiers sont recyclés. L'objectif est d'atteindre 60% d'ici à 2018.

Le sujet mobilise les acteurs, qui invoquent les spécificités du déchet papier, dont les fibres peuvent être recyclées jusqu'à sept fois, pour engager une boucle vertueuse pouvant se répercuter sur le montant de l'écocontribution. « Nous proposons de développer le recyclage en accompagnant davantage encore les collectivités locales, la collecte en flux dédiés papiers nous semble être le modèle le plus porteur. », indique Géraldine Poivert. L'objectif, in fine, est de muscler la filière du papier recyclé, qui ne permet pas, aujourd'hui, de répondre à la demande de la grande distribution, par exemple. Laquelle, de son côté, va aussi être incitée à regarder de plus près la performance environnementale du papier qu'elle utilise. « En bref, si l'on recourt à un papier recyclé ou renfermant des fibres responsables, par exemple, on paiera moins cher », illustre la directrice générale d'EcoFolio. Un barème « vert » pour l'écocontribution va ainsi voir le jour.

 

« Optimiser la filière »

Un volontarisme qui rencontre un bon écho auprès de certains distributeurs, à l'image de Système U, dont le président, Serge Papin, est aussi administrateur d'EcoFolio. « En tant que principaux metteurs sur le marché, nous sommes sensibles à l'avenir de la filière papier, explique le patron de Système U. Mais nous défendons aussi l'idée d'une certaine spécificité de cette filière, très prometteuse. D'abord parce que ce déchet est l'un des plus " propre " qui soit, observe-t-il. Nous approuvons donc l'idée que la recyclabilité soit récompensée par un barème. »

Le patron de Système U plaide ensuite pour une « décomplexification » du circuit logistique. Aucun modèle industriel de collecte et de tri n'existe à ce jour. « L'idéal, de tous les points de vue, serait d'optimiser la logistique globale de la filière », fait valoir Serge Papin.

DIFFICILE DE S'EN AFFRANCHIR...

  • Le papier reste plébiscité par les consommateurs : 92% des Français lisent ou parcourent les imprimés publicitaires
  • La plupart des enseignes ne croient pas au « zéro papier »
  • Pas encore d'incitation à recourir au papier recyclé
  • Les catalogues de vente sont complexes à fabriquer en papier recyclé

 

... MAIS DES SOLUTIONS PERMETTRONT UNE MEILLEURE GESTION DES RESSOURCES

  • Un barème écodifférencié de l'écoredevance verra le jour en 2014 : l'enseigne paiera moins cher si elle utilise du papier recyclé
  • Le taux de tri du papier reste bas, les consommateurs peuvent être incités à mieux faire, les enseignes peuvent avoir un rôle à jouer
  • La « logistique » du tri du papier peut être optimisée, afin de recycler davantage et renforcer l'attractivité du recyclé

MOINS DE BISPHÉNOL A dans les tickets de caisse

Concernant le ticket de caisse c'est moins l'usage de papier qui pose problème, le ticket électronique restant peu prisé par les clients, que la présence de bisphénol A (BPA). Ce perturbateur endocrinien qui, en clair, peut altérer la santé et la fertilité, est soupçonné de migrer dans l'organisme par la peau. Problématique pour les hôtesses de caisse, qui manipulent des milliers de tickets chaque année. Utilisé sur des papiers thermiques utilisés pour les terminaux d'impression, où il fait office de révélateur de la coloration, le BPA est aujourd'hui banni dans certaines enseignes. Carrefour, Système U, Casino ou Picard mentionnent aujourd'hui « papier garanti sans bisphénol A », au dos de leurs tickets de caisse.

 

LES CHIFFRES

La grande distribution consomme un tiers de la production de papier

90% des imprimés de la grande distribution sont des imprimés publicitaires ou des catalogues de vente

39 € la tonne : le montant de l'écocontribution acquittée chaque année par les enseignes

44 € la tonne : le montant de l'augmentation de l'écocontribution en 2013, mais ce montant sera minoré pour les utilisateurs de papier recylé

- 10% de baisse du grammage des papiers, depuis la création d'Écofolio, en 2007

Sources : EcoFolio, TNS Sofres

 

LES PRINCIPAUX ÉCO-ORGANISMES POUR LES ENSEIGNES

Ces structures à but non lucratif organisent la filière de collecte de déchets. À ce titre, elles perçoivent des éco-contributions des « émetteurs » de déchets.

  • PAPIERS : ÉCOFOLIO Créé en 2007, Écofolio organise la collecte sélective et le recyclage des papiers. Regroupant les émetteurs de papiers. Objectif : atteindre 60% de recyclage en 2013.
  • DÉCHETS ÉLECTRONIQUES (DEEE) : ERP FRANCE ERP France, agréé depuis 2006, est chargé d'assurer, pour ses adhérents, l'enlèvement et le traitement des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE).
  • LAMPES : RÉCYLUM Créé en 2005 par des fabricants de lampes, Récylum a recyclé 35% des lampes et tubes fluorescents arrivés en fin de vie en 2011. La collecte a progressé de 46% en grande distribution où des « lumibox » sont installées, en hyper comme en proximité. Le réseau compte 21 000 points de collecte partout en France.
  • TRI ET RECYCLAGE DES EMBALLAGES : ÉCO-EMBALLAGES Éco-Emballages, créée en 1992 dans le secteur du recyclage des emballages ménagers, est le concepteur du fameux « point vert » qui figure aujourd'hui sur 95% des emballages de la grande distribution. Son objectif : atteindre un taux national de 75% pour le recyclage des emballages ménagers, contre 64% en 2010.

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2230

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous