Débuts chaotiques pour la télé numérique

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À un mois du lancement officiel de la TNT, fournisseurs et distributeurs se montrent assez prudents. La transition va porter le marché, mais de nombreux problèmes restent à régler.

>« La révolution technologique la plus importante depuis le passage du noir et blanc à la couleur. » Patrons de grandes chaînes, industriels et distributeurs, pour une fois unanimes, saluent l'arrivée, le 31 mars vers 18 heures, de la télévision numérique terrestre dans les foyers - 35 %, pour commencer. Christophe Hurel, le PDG du fournisseur français de terminaux, d'antennes et d'accessoires Metronic, va jusqu'à saluer « un outil de relance économique et de créations d'emplois ». Et souligne la logique du passage à la TNT : « La télévision était le dernier maillon de la chaîne à ne pas être passé au numérique. Ce que beaucoup de gens n'ont pas encore réalisé, c'est que c'est aussi un mouvement obligatoire : un jour ou l'autre, le signal analogique sera coupé ! »

Traduction : en 2010, voire avant, la télévision hertzienne sera « euthanasiée » pour libérer de la bande de fréquence au numérique. Les foyers souhaitant continuer à regarder la télévision sont condamnés à s'équiper en terminaux ou en téléviseurs compatibles TNT. Un marché potentiel qui donne le vertige et dans lequel les industriels de l'électronique grand public, des télécoms et de l'informatique s'engouffrent depuis que la norme de compression numérique a, enfin, été choisie par les pouvoirs publics.

L'engouement est le même dans la distribution. Chez Auchan, une courte gamme d'adaptateurs à la norme Mpeg2 est proposée depuis février, et les prévisions de ventes du syndicat des fabricants, le Simavelec, sont confirmées avec enthousiasme. « Je pense que les 700 000 terminaux attendus pour 2005 seront là, soutient Angelo Napoli, acheteur de l'enseigne nordiste. Ce sera l'un des très gros dossiers de l'année, très peu de marchés font autant de pièces aussi rapidement. »

Un nouveau standard dès septembre

Neuf ans après le lancement des opérations - une mission sur la faisabilité de la « télévision numérique de terre » commanditée en janvier 1996 par le ministre de la Culture de l'époque -, l'agitation est donc de mise. Plus d'une trentaine d'adaptateurs Mpeg2 ont déjà été présentés par les fabricants, et les linéaires de la grande distribution commencent à faire de la place à ces nouveaux venus. Beaucoup d'enseignes - dont Auchan, Boulanger et la Fnac - se contentent de 3 à 4 modèles (lire encadré ci-dessous), mais quelques autres jouent la surenchère. Darty devrait proposer 8 modèles signés Nokia, Philips, Sagem et Thomson. La Camif, non limitée par l'espace, annonce 5 modèles Sagem, 2 Thomson et 1 Nokia. Quant aux téléviseurs intégrant directement des adaptateurs TNT, rares sont les marques à en avoir déjà présentés, même si toutes en parlent.

Faut-il y voir un paradoxe ? Chantant les louanges de la TNT et son effet bénéfique sur le marché, fabricants et distributeurs semblent finalement assez prudents. Derrière les annonces triomphales, beaucoup pointent du doigt un certain nombre de questions non réglées. Victor Jachimowicz, le directeur des laboratoires de la Fnac, rappelle ainsi : « Il y a dix jours, le Simavelec a annoncé au ministère de la Culture que les fabricants n'avaient pas pu tester toutes les fonctionnalités des terminaux en conditions réelles. » Président du Simavelec et PDG de Sony France, Philippe Poels confirme et note un autre problème : la création d'un canal dédié au téléchargement, qui permettra des mises à jour logicielles des terminaux à mesure que la technologie évoluera. « Notre problème, confiait-il début février, c'est que nous ne trouvons pas beaucoup d'opérateurs prêts à céder de la bande passante pour ça. » Qu'on se rassure : le consommateur habitant dans une zone de couverture et qui s'équipera d'un adaptateur le 31 mars, devrait capter les 14 chaînes. Mais peut-être pas bénéficier de toutes les fonctions annoncées. Ce qui amène Victor Jachimowicz à justifier le choix d'une of- fre de terminaux courte : « Tout le monde pense qu'il y aura des problèmes à la mise en route, des " upgrades " seront néces- saires. Dans ces conditions, pas la peine d'avoir 300 modèles ! Mieux vaut choisir des fabricants qui assumeront leurs responsabilités quand les ennuis vont arriver. »

Moins préoccupante dans l'immédiat, la question du réaménagement des linéaires se pose aussi, surtout avec l'arrivée d'adaptateurs haut de gamme faisant aussi of-fice de modem ADSL ou de routeur WiFi. Sans parler des PC TNT, comme l'E-Media TNT Pack de Packard Bell, des terminaux proposés par les four- nisseurs d'accès à internet (comme 9 Telecom), ou des téléphones mobiles TNT qui apparaîtront tôt ou tard... « Nous aime- rions que nos produits soient à la fois dans les rayons télé et informatique, voire téléphonie, explique Catherine Lambert, chef du département des produits sans fil de Siemens. Toutefois, nous som-mes conscients que les places sont chères et que les enseignes se cherchent un peu. Cela remet beaucoup de choses en cause. »

Cerise sur le gâteau, en septembre, plus probablement début 2006, sera lancée la TNT payante. De nouvelles chaînes, émettant pour certaines en haute défi- nition et en son multicanal grâ- ce à l'adoption d'une norme de compression plus moderne : le Mpeg4. Un standard que ne pourront absolument pas lire les adaptateurs mis en vente actuellement pour capter les chaînes gratuites. Si elle a donné lieu à des débats acharnés, la polémique entre Mpeg2 et Mpeg4 ne semble pourtant pas tellement inquiéter les professionnels. « À mon avis, le payant sera beaucoup plus haut de gamme qu'on ne l'imaginait, explique Christophe Hurel. La clientèle ne sera pas la même, les matériels seront différents, et on entrera dans une logique de location comparable à celle des chaînes à péage actuelles. »

« Si l'on se tourne vers les pays comme la Grande-Bretagne où la TNT est déjà installée, ajoute Victor Jachimowicz, on s'aperçoit qu'il y a déjà un taux important de multi-équipement, avec souvent un terminal payant sur la télé principale et d'autres, plus bas de gamme, pour le gratuit, sur les autres postes. Ca ne devrait pas être un gros problème. » Une seule objection, mais de taille : « Le lancement va avoir lieu essentiellement dans des zones urbaines, où les gens ont déjà accès au câble, éventuellement au satellite. Si vous ajoutez à cela le fait que la majorité des immeubles collectifs auront des problèmes de réception, je vois mal comment le décollage pourrait être ultrabrutal ! Le Simavelec me semble très optimiste avec 700 000 unités vendues. »

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Article extrait
du magazine N° 1896

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