Découvrez NOUS, anti-gaspi, l’enseigne qui mise sur les invendus alimentaires

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La toute jeune enseigne se positionne sur la commercialisation de produits alimentaires invendus. Elle compte déjà 3 magasins en propre à Rennes, St Malo et Laval, en vise une dizaine dès la fin de l’année, et vient de remporter le trophée du Passeport pour la Franchise. Car pour saturer ses outils et intéresser plus d’industriels, elle mise aussi sur un développement en franchise. Découverte. 

L'enseigne qui compte 3 magasins dans l'ouest débarque à Paris en octobre.
L'enseigne qui compte 3 magasins dans l'ouest débarque à Paris en octobre.© Capture site institutionnel

Voilà une enseigne plutôt bien née. En tout cas, dans l’air du temps, bankable et déjà successful... Côté succès, "NOUS, anti-gaspi", créée en 2018, a reçu jeudi 20 juin le grand prix Passeport pour la franchise qui lui offre près de 100 000 euros de prestations auprès des 12 partenaires du prix, très utiles à son essor futur. Un soutien de taille pour cette jeune enseigne qui mise sur le développement rapide de son réseau pour saturer et optimiser un concept qui repose sur l’utilisation des nombreux invendus de l’industrie agroalimentaire. « On commercialise les fins de série, les écarts de production, les erreurs de calibrage ou de découpes, etc. mais on ne brade pas, explique Vincent Justin, l’un des deux co-fondateurs. Contrairement aux destockeurs qui font des coups, nous ne cassons pas les prix, nous voulons être des partenaires des industriels, proposer des prix attractifs à nos clients (environ 30% de moins que les produits standards) et permettre à toute la chaîne de s’y retrouver. »

La start-up Phénix en soutien

Une promesse simple en apparence, mais un sacré défi opérationnel. « Si nous avions su tous les problèmes que nous aurions à résoudre, nous aurions réfléchi à deux fois avant de nous lancer ». « Nous » ce sont les deux cofondateurs (photo ci-contre), Vincent Justin (à droite), jeune entrepreneur qui a déjà monté et revendu plusieurs entreprises, dont sa dernière une agence d’aménagements d’hôtels et de restaurants, Muzéo, et Charles Lottmann, ex-responsable du développement des Gueules Cassées, structure chargée de proposer aux distributeurs des fruits et légumes ne répondant pas aux standards de « beauté » du marché, les fameux « produits moches » vulgarisés par Intermarché depuis. Ils se sont rencontrés tous les deux chez un autre champion de la chasse au gaspi, la start-up/scale-up Phénix. C’est là qu’ils bâtissent leur projet en constatant que 80 à 90% des produits « cassés » ou « moches » qu’ils cherchent à placer chez les distributeurs classiques ne trouvent pas preneur dans ces circuits. Soit ils ne passent pas dans le tamis de leurs cahiers des charges, soit ils coûtent trop cher, soit ils perdent de leur intérêt notamment du fait du suremballage à la marque les Gueules Cassées. De ce constat nait l’idée de créer et développer leur propre réseau et leur concept.

Les 50 besoins de base toujours couverts

Dans un premier temps, les deux associés mobilisent un peu de love money pour financer les débuts de l’activité et leur premier magasin de La Melesse près de Rennes qu’il mettent 18 mois à concevoir et qui ouvre en mai 2018. St Malo suivra ensuite en novembre et Laval il y a quelques semaines. Très vite, ils embarquent dans leur aventure Phénix (qui a levé entre temps 15 millions d’euros) et quelques-uns de ses partenaires et mobilisent 1,3 million d’euros. Une jolie somme pour une première levée. « Le projet, on l’a voulu grand dès le début, reconnait Vincent Justin. Le sujet du gaspillage, doit s’appréhender en grand sinon à quoi bon », ajoute celui qui voit l’initiative comme un projet militant. « On a déjà reçu des marques d’intérêt mais notre intention n’est clairement pas de vendre mais de tout faire pour développer le concept et ses principes. »

Et c’est loin d’être simple, car il s’agit de trouver en suffisance des marchandises susceptibles d’alimenter les magasins avec la promesse de répondre aux besoins de courses du quotidien, soit une bonne cinquantaine d’articles incontournables : « Vous trouverez toujours dans nos magasins du lait, des yaourts, du beurre, du sucre des œufs, de la viande... mais pas forcément les mêmes, ni de la même marque, ça fait partie du jeu, on l’explique à nos clients avec plein de pédagogie ludique dans nos magasins, on leur dit de se laisser surprendre. » Pour ce faire chaque jour, les pages Facebook des 3 magasins informent la clientèle des arrivages et des nouveautés.

Mais le souci est sans doute plus de convaincre les fournisseurs que de faire venir les clients, même si certains fabricants ont très vite compris l’intérêt de ce système respectueux de la chaîne de valeur. La Laiterie de St Malo, STLO – une filiale de Lactalis - ou même Petit Bateau (car l’enseigne vend aussi ponctuellement des vêtements) sont volontiers cités par le co-fondateur. « Les invendus ou les produits détruits en bout de chaîne représentent, selon les estimations, de 5 à 10% des productions alimentaires c’est énorme, pourtant la plupart ne trouvent pas preneurs », souligne Vincent Justin. D’abord parce que les industriels voient plus de contraintes qu’autre chose à essayer d’écouler ces surplus et, ensuite, parce les réseaux qui pourraient les écouler n’ont ni la taille suffisante, ni la philosophie adéquate pour les intéresser. « Avant nous, il leur fallait choisir entre des destockeurs qui cassent les prix et les marges ou des petits faiseurs incapables d’écouler certains volumes. », explique le co-fondateur. Il sait de quoi il parle, lui qui a dû refuser un lot de plusieurs dizaines de palettes de bières que son enseigne était bien incapable d’écouler dans son premier magasin ou de stocker dans son 1er entrepôt.

450 m² ; 1,3 million d’euros de CA

D’où la nécessité de grandir et vite pour être capable d’absorber des volumes beaucoup plus conséquents. Le réseau, qui a démarré en Bretagne pour se rôder au cœur d’une grande zone de production agroalimentaire, vise 50 voire 100 magasins à moyen terme, à raison d’une vingtaine pour chacun des 5 grands bassins français. D’où la volonté de faire appel à la franchise dès la fin de l’année, une fois les 10 premières unités ouvertes. Le magasin type de 400 à 450 m², situé dans une zone commerciale de périphérie, réclame d’investir environ 350000 € pour un chiffre d’affaires attendu d’un peu plus de 1,3 million avec 5 salariés. Pour accéder à la marque, le futur franchisé devra donc engager un apport personnel d’environ 60000 euros et en plus, évidement, partager les valeurs de la jeune pousse.

Last but not least, l’enseigne va tester cette année un autre marché prometteur, celui des grandes agglomérations. La mairie de Paris et sa foncière, la Semaest, ont visiblement été séduites par ce concept capable de proposer des produits frais et des fruits et légumes de qualité 30% moins cher qu’ailleurs. Elles ont donc proposé à NOUS, anti-gaspi de reprendre un emplacement au 64 rue du Pré-St-Gervais, dans le 19e arrondissement. Et la mairie a même offert une belle subvention pour faciliter l’installation d’une enseigne qui essaye de promouvoir le bio (20 à 30% de son offre), le vrac et les produits locaux. Ouverture prévue en octobre. Avec, si le succès se confirme, une vingtaine de grandes villes en ligne de mire.

 

Le concept en vidéo : reportage de France 2 à Rennes, une semaine après l'inauguration

 

Le concept en vidéo : reportage du 12:45 de M6 du 12/06/2018

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