Délicate union commerce-culture autour du Centre Pompidou-Metz

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On attend quelque 250 000 visiteurs par an, venus de France, d'Allemagne, du Luxembourg et du nord de l'Europe vers cette nouvelle antenne culturelle. Mais on est loin encore d'avoir trouvé la « formule commerciale » qui captera au mieux ces clients potentiels dans le futur centre attenant en projet.

Le 12 mai, au lendemain de l'inauguration officielle sous l'égide de Nicolas Sarkozy, la première antenne décentralisée du Centre Pompidou a accueilli ses premiers visiteurs à Metz. Malgré les grands projets d'aménagement du quartier de l'Amphithéâtre lancés dès 2004 et dont il est le joyau, le musée se situe pour le moment... au milieu d'un quasi-no man's land.

Aucun bâtiment, aucun bureau, aucun logement et encore moins de commerce n'accompagne l'ouverture du Centre Pompidou-Metz. Il faudra attendre quatre à cinq ans. Car le projet d'aménagement initial conçu par Apsys a été abandonné et revu. « Il était trop complexe,explique Thierry Jean, président de l'agence Metz Métropole Développement.  Le centre commercial devait traverser une rue, au niveau de son deuxième étage. Il péchait aussi par un manque de continuité. Les contraintes étaient telles qu'il était difficile à monter, provoquant des batailles d'architectes. »

 

Des îlots en mille-feuille

Ces tergiversations sur les aspects techniques et juridiques - auxquelles se sont ajoutés les effets de la crise - ont fait perdre plus de deux ans aux opérateurs, mais surtout à la municipalité et à la communauté d'agglomération. Dans le nouveau projet d'aménagement du quartier, les îlots s'étageront en mille-feuilles : commerces en rez-de-chaussée, bureaux et logements dans les étages. La longue Halle de verre portée par le promoteur Nacarat, qui longera le parvis, comportera aussi des commerces et de la restauration. Quant au centre commercial d'Apsys-ING, moteur de la zone en termes de commerces, il se situera sur deux niveaux d'un même bâtiment.

L'examen en CDAC est prévu pour ce mois de mai et sa livraison n'est plus envisagée avant 2014. Au programme, une moyenne surface alimentaire, puisqu'implantée au coeur d'un vrai quartier de vie, et quelques locomotives, « selon un programme non encore arrêté », précise-t-on chez Apsys. « Avec ce projet de plus de 30 000 m², on entre dans une dimension autre que ce que connaît déjà notre ville. La donne commerciale de l'agglomération va en être considérablement modifiée, commente Thierry Jean. Certes, nous ne rendrons pas la vie trop difficile aux commercialisateurs et aux enseignes, pourvu qu'elles soient novatrices pour l'agglomération et qu'il n'y ait pas de démarchage pour délocaliser les enseignes présentes au centre-ville. » À proximité de cet équipement, le domaine de la culture constitue un axe de développement, mais le président de l'agence Metz Métropole Développement souligne que, « si la clientèle touristique peut s'acheter des vêtements, des livres ou de la petite déco, elle échappe à tout un pan de l'offre commerciale, tel que l'équipement de la maison ».

 

Capitaliser sur l'attraction touristique

On est finalement passé du principe selon lequel le Centre Pompidou et les commerces vont attirer les visiteurs, à celui selon lequel le musée et ses visiteurs - 250 000 personnes chaque année - vont faciliter la commercialisation des cellules. Cette orientation semble être également prise par les élus lensois qui accueilleront une annexe du Musée du Louvre en 2012. En attendant, certains s'inquiètent de voir le musée ouvrir dans un désert. Et beaucoup s'interrogent sur les retombées de l'ouverture de l'annexe du Centre Pompidou dans ce contexte. Mais les élus messins restent optimistes : « Le musée Guggenheim de Bilbao a ouvert en 1997 au milieu d'un énorme chantier et, treize ans plus tard, tout n'est pas fini. » Mais contrairement à la capitale basque espagnole, que l'ancien maire, Jean-Marie Rausch, n'a cessé de citer en exemple depuis le lancement du projet (lire encadré), Metz ne peut pas se targuer de plages ensoleillées pour attirer et retenir les visiteurs. Tout repose donc sur le Centre Pompidou en matière de développement touristique, en attendant la réalisation d'un nouveau centre de congrès dans ses parages.

 

Redorer l'image de la région

Le public visé par ce nouvel équipement culturel est non seulement français, mais surtout allemand, luxembourgeois et nord-européen. Or, si le TGV a été très attendu à Metz, il pourrait bien se retourner désormais contre son développement économique. Il est, en effet, devenu facile de faire un aller-retour dans la journée depuis Paris ou les grandes villes allemandes, sans s'éterniser dans la capitale mosellane. « Si l'on se fie à ce qui se passe à Bilbao, on constate qu'un équipement culturel n'a pas d'effet considérable sur la consommation. Qu'en tout cas il ne la fait pas exploser. C'est pourquoi il faut croire au développement de Metz, et pas seulement par son commerce », assène le président de Metz Métropole Développement.

À l'instar de ce qui se passe encore à Bilbao depuis l'ouverture du musée Guggenheim et de ce qu'attend Lens avec ses 500 000 visiteurs annuels pour la future antenne décentralisée du Louvre, le Centre Pompidou-Metz aura déjà relevé le défi de faire parler de la région et de redorer le blason d'un département considéré jusqu'ici comme industriel et sinistré. « Pompidou va attirer du monde. À nous de transformer l'essai pour profiter de cette attractivité. Il faut capitaliser sur cette antenne culturelle pour en retirer une véritable valeur ajoutée économique, et pas seulement en termes d'images », lance Thierry Jean.

Le projet d'Apsys-ING

- Centre commercial de 45 000 m² SHON et 36 000 m2 GLA sur 2 niveaux

- 88 boutiques de moins de 750 m² et 12 moyennes surfaces, dont une alimentaire

- Ouverture prévue en 2014

- Zone de chalandise 310 000 personnes

NAVETTE VERS LE CENTRE COMMERÇANT

En attendant la création d'un centre commercial au pied du centre Pompidou-Metz, les visiteurs devront se contenter des boutiques du centre-ville. Pour les aider à franchir le gros kilomètre qui sépare le musée du centre commerçant, la communauté d'agglomération a mis en place une navette : Artis. Huit minibus, habillés à l'image des équipements et lieux de culture desservis, assureront le service trois cent soixante-cinq jours par an, à une fréquence de huit minutes, en horaires fixes.

ATTRACTIONS CULTURELLES ET DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE

Un exemple de réussite

- Bilbao avec le musée Guggenheim En douze ans, il a rapporté 27 fois plus que ce qu'il a coûté. 70 % des visiteurs viennent à Bilbao pour voir le musée, dont les deux tiers sont des étrangers.

« Le développement de l'activité culturelle est un élément de dynamisation interne et de promotion de la métropole vers l'extérieur. Je suis convaincu que, dans l'avenir, il n'y aura pas de villes avec une économie importante sans que la culture ne le soit aussi », déclarait Ibon Areso, premier adjoint au maire de Bilbao, lors des états généraux du commerce, qui se sont tenus à Metz le 1er février 2010.

Et aussi

- Liverpool avec la Tate Gallery 435 000 habitants, 1 million de visiteurs.

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Article extrait
du magazine N° 2137

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