Demain dans LSA : La difficile équation des sièges sociaux

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Carrefour s’apprête à tailler dans ses multiples sièges sociaux : 5 % au minimum de ses effectifs seraient concernés.  En cas de crise, les frais de personnel demeurent la meilleure variable d’ajustement. Tous les distributeurs cherchent à les optimiser, tout en donnant plus de latitude aux magasins. Retrouvez l'enquête complète à paraître demain, jeudi 30 août, dans LSA. Suivez également les temps forts de la conférence Carrefour à partir de 9h30 sur LSA.fr et sur le compte Twitter LSA.

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Après une première baisse des effectifs sous l’ère Duran, qui s’était traduite par le départ de 20% des torupes du siège, Georges Plassat, nouveau patron du groupe depuis le 2 avril dernier, devrait annoncer, ce soir, des coupes portant encore sur les structures centrales. Neuf comités centraux sont en effet convoqués, ce mercredi 29 août, à 18h30, au siège de Massy pour une réunion extraordinaire. Menu du jour : les « perspectives économiques et sociales pour les sièges de Carrefour en France ». Les deux principaux syndicats, FO et la CFDT, qui à eux deux représentent plus de 60% des salariés, ne se font aucune illusion. « La direction prépare un plan de départs volontaires concernant 600 à 1000 personnes sur les 4500 des neuf sièges concernés », assure Bruno outry, délégué syndical CFDT. Ce qui équivaut à 5%-10% des 7000 salariés de tous les sièges, de Massy à Evry, de Mondeville dans le Calvados à Lyon. Informatique, supply chain, direction exécutive des hypermarchés, marketing et comptabilité, merchandising, achats… Peu de services centraux seront épargnés.

Souci  d’efficacité, souci d’économies, souci de faire la différence avec son rival, l’allègement des coûts centraux préoccupe tous les groupes de distribution, en France comme à l’étranger. Metro pourrait se séparer de 800 salariés à son siège de Düsseldorf (4000 personnes) ; Tesco s’apprête à l’imiter dans sa filiale américaine avec la suppression d’une cinquantaine d’emplois ; Walmart et Target ont allégé de 1000 postes leurs équipes des services centraux il y a deux ans.

Tous les groupes intégrés sont confrontés à une inflation des frais de siège : ces derniers ont beaucoup augmenté ces dix dernières années, passant de 1% à une moyenne de 3% à 4%. Les raisons ? Le développement de filiales à l’étranger, du multicanal, mais aussi des raisons plus conjoncturelles. « La répétition des crises et la flambée de l’indice du coût de construction font que beaucoup s’interrogent sur la pérennité de leurs sièges sociaux », constate Jean-Louis Guilhamat, directeur grands comptes utilisateurs France CBRE, conseil en immobilier d’entreprise.

Magali Picard avec Jean-Noël Caussil

 

Les exemples à l’étranger


En Allemagne, les coopératives résistent mieux


La crise a choisi ses victimes outre-Rhin. Metro, présent dans vingt pays européens, a été frappé de plein fouet par la récession. Son premier plan de redressement, lancé en 2009 et baptisé Shape 2012, aurait, selon le syndicat Ver.di, provoqué la disparition de près de 19 000 emplois, dont environ 300 au siège social basé à Düsseldorf.
Aujourd’hui, c’est un second programme de restructuration qui vise les 4 000 salariés toujours en poste dans les bureaux. En voulant réduire ses coûts annuels de 100 millions d’euros, le nouveau patron du distributeur, Olaf Koch, pourrait se séparer d’au moins 800 employés à son siège. Certains représentants du personnel avancent même des chiffres proches de 2 000  suppressions, soit la moitié des effectifs !
Les coopératives Rewe et Edeka s’en sortent nettement mieux. Pourtant présent dans plusieurs pays en crise, Rewe a recruté 200 personnes à son siège de Cologne (4 342 personnes). Loin de licencier une partie de son personnel, la coopérative Edeka a, quant à elle, recruté 52 000 salariés depuis 2007. Les effectifs du siège, installé à Hambourg, sont restés stables, avec 1 400 employés. F. THERIN, A MUNICH

Les distributeurs anglais jouent la stabilité

Les distributeurs britanniques créent des emplois… surtout dans les magasins. Le numéro deux du secteur, Asda, a annoncé cette année la création de 5 000 emplois, essentiellement au sein de ses magasins, ce qui porte à 180 000 le total de ses effectifs. À son siège de Leeds, Asda compte 3 000 personnes et la seule réduction d’effectifs en a touché 200 en 2005. Ailleurs, les troupes restent stables. Ou presque. Il y a trois ans, Sainsbury a réduit de 5 % les effectifs de son siège implanté à Londres. Tesco pourrait faire de même à son siège américain de Fresh & Easy, en Californie. Les services administratifs d’El Segundo, à Los Angales, pourraient être amputés d’une cinquantaine de personnes dans les prochains mois. Tesco emploie 5 200 personnes outre-Atlantique. En revanche, en Grande-Bretagne, les effectifs au siège restent stables, avec 7 500 personnes. S. SALTI, A LONDRES

Aux États-Unis, les coupes ont déjà eu lieu

Le gros des réajustements d’effectifs au niveau des sièges sociaux s’est déroulé il y a deux ans, en pleine crise économique. Le dernier plan de Walmart remonte à 2009-2010 avec la suppression à Bentonville de 1 100 postes dans l’immobilier, le textile et la santé. En 2010, Target  annonçait la baisse de 10 % des effectifs de son siège social basé à Minneapolis (1 000 personnes) alors que le groupe enregistrait les pires performances économiques depuis sa création en 1962. Pour l’heure, c’est l’enseigne californienne Albertson, rachetée par Supervalu en 2006, qui licencie 2 500 salariés en Californie et au Nevada, tandis que la maison mère a déjà supprimé 800 postes au siège social à Minneapolis au début de l’année. Si la greffe entre les deux entreprises n’a pas pris, Supervalu affiche depuis trois ans des contreperformances qui laissent planer une prochaine restructuration d’ensemble de ses activités. C. Azoulai, à New York

 

Editorial

Le siège social en question

Depuis des mois, la rumeur court : le siège social de Carrefour va devoir suivre un « régime minceur ». Tant que cette opération n’est pas avérée et que ses éventuelles modalités ne sont pas connues, il faut bannir toute déclaration à l’emporte-pièce du style « c’était mieux avant », éviter d’accuser le seul « embourgeoisement» ou de jeter l’opprobre sur l’actionnaire. Non, la vérité est beaucoup plus complexe : ce débat sur le coût des sièges sociaux concerne tous les distributeurs, en France comme à l’étranger. Et il est aussi vieux… que le commerce moderne. Certes, du temps des Defforey ou des Halley, les sièges sociaux n’étaient pas pléthoriques. Les pères fondateurs veillaient au grain. S’ils adoraient voir les parkings de leurs magasins pleins à ras bord, ils voyaient d’un très mauvais œil lorsque celui de leur siège social affichait complet.

Entre-temps, les choses ont bien changé et les distributeurs ont embauché à tour de bras à Saint-Étienne, Massy, Ivry ou Villeneuve-d’Ascq. Les groupes régionaux sont devenus nationaux, puis mondiaux. De nouvelles technologies ont permis de centraliser un grand nombre de fonctions. Les livraisons directes en magasins ont été remplacées par des plates-formes d’éclatement et autres entrepôts. L’assortiment a explosé en quelques années, nécessitant toujours davantage d’acheteurs en centrale. Quant aux marques de distributeurs, elles se sont multipliées comme des petits pains. Et que dire du multiformat? Plébiscité par tous, il est aussi le grand responsable de la prise de poids observée ici ou là. Pour une raison bien simple. Si un assortiment gigogne limite les coûts, il bride aussi les initiatives commerciales et la différenciation par format. D’où une organisation en « tuyaux d’orgue », plus réactive, mais plus coûteuse. Logique, dans ces conditions, que Georges Plassat se gausse des 30 acheteurs chocolat chez Carrefour…

Non, l’époque est bien révolue où les sièges sociaux pesaient moins de 1% du chiffre d’affaires. Même si, aujourd’hui, il apparaît impossible de sortir un ratio, tant les acteurs y mettent des choses très différentes. Les tâches sont tout autant multiples que complexes. Tous les distributeurs alimentaires se posent la question du bon effectif et ajustent en permanence leur masse salariale. Selon la conjoncture (mauvaise) et les lois (la LME…), bien sûr. Selon les désirs des actionnaires, bien évidemment. Et selon les nouvelles stratégies, aussi (décentralisation ou centralisation). Mais il ne faut pas, non plus, négliger les nouvelles pratiques qui génèrent aussi quelques bouleversements. Souvenez-vous du temps où des « petites mains » vérifiaient les pieds de facture un à un. Aujourd’hui, bon nombre de ces documents sont… électroniques.


En conclusion, il n’est pas question d’exonérer la responsabilité de quelques dirigeants, d’excuser leur manque d’anticipation et de clairvoyance. Il convient juste de modérer les critiques en remarquant que, dans d’autres pays, des géants de la distribution souffrent des mêmes maux… Et que ces phénomènes de balanciers sont fréquents dans le commerce. Reste que, dans certains cas, ces ajustements sont, hélas, beaucoup plus brutaux que d’autres. Et, in fine, ce sont les salariés qui en subissent les conséquences.
 

Yves Puget

 

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