Denis Lambert, PDG du groupe: "Nous avons réussi à dupliquer le modèle LDC"

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INTERVIEW Le groupe alimentaire s'apprête à fêter ses 40 ans. Un anniversaire chahuté par la hausse récente des cours mondiaux du blé. Son PDG fait le point pour LSA sur la situation, sur l'intégration de Marie et d'Arrivé, et sur les ambitions internationales du groupe.

Denis Lambert
Denis Lambert© DR

Le 25 septembre, LDC fêtera ses 40 ans. De l'association de trois familles sarthoises - Lambert, Dodart, Chancereul - qui vendaient des volailles sur les marchés de Sablé-sur-Sarthe à la constitution d'un empire de plus de 2 milliards d'euros, l'histoire de LDC s'est encore accélérée ces derniers mois. Avec deux acquisitions majeures, Marie, numéro deux des produits élaborés au rayon traiteur et surgelés, et Arrivé, numéro quatre de la volaille en France, l'entreprise s'impose parmi les groupes alimentaires français de premier plan. Pour autant, LDC cultive la discrétion et un esprit de PME qui laisse une large autonomie à ses filiales.

Dans un entretien exclusif à LSA, Denis Lambert, petit-fils de l'un des fondateurs et PDG du groupe, revient sur le travail d'intégration en cours et les projets, sans négliger le renchérissement des cours mondiaux du blé, qui mobilise aussi son attention depuis plusieurs semaines.

 

LSA - Les incendies en Russie ont provoqué une envolée des cours mondiaux du blé. Redoutez-vous des conséquences pour votre activité ?

Denis Lambert - La situation, qui rappelle 2007, risque d'avoir des conséquences. Les raisons en sont simples. Les céréales représentent 60 % de l'alimentation d'une volaille. Depuis juillet, la tonne de blé est passée de 120 € à plus de 220 €, et pourrait, selon toute vraisemblance, encore monter dans les prochaines semaines. Or, l'alimentation représente 50 % du prix de la volaille vivante. Au total, le coût de production d'une volaille vivante va augmenter de 20 %. Nous avons déjà accepté une hausse de 10 % pour nos producteurs de volailles, et nous discutons avec nos clients. Il est urgent de boucler au plus vite ces négociations tarifaires, car la production de volailles s'inscrit dans un cycle court, et nous serons pénalisés dès septembre. Nous demandons une hausse de 12 % à 15 % à nos clients distributeurs pour les produits de volaille.

 

LSA - Les résultats du pôle traiteur risquent-ils également d'être affectés ?

D. L. - Certainement. La farine pèse près de 70 % de la composition de certains produits que nous fabriquons, comme les crêpes et les pizzas. Et nous devons aussi faire avec l'augmentation d'autres matières premières comme le lait et le beurre. Autant d'évolutions dont nos clients doivent tenir compte dans les négociations tarifaires actuelles.

LSA - En 2009, le groupe a réalisé deux acquisitions majeures. Comment se passe l'intégration de Marie ?

D. L. - Nous travaillons au redressement de Marie. En 2009, la société a accusé une perte de 5,7 millions d'euros. La partie surgelés, soit 50 % du chiffre d'affaires de la marque, va être filialisée. La solution doit permettre d'avoir une vision plus claire. Nous nous donnons un an avant d'arrêter notre décision : garder Marie Surgelés, vendre, ou nous associer à un partenaire. Dans l'immédiat, deux directeurs généraux ont été nommés : Christophe Fenart pour Marie Frais, et Thierry Gaillard pour Marie Surgelés. Conformément à la culture de PME qui anime le groupe, nous accordons la plus grande autonomie aux filiales. Seulement 40 personnes sont rattachées au groupe, ce qui est peu au regard de sa taille et du chiffre d'affaires. Seule l'informatique doit être commune à l'ensemble. À partir du 1er janvier 2011, Marie et Arrivé adopteront notre système informatique.

 

LSA - Qu'en est-il d'Arrivé ?

D. L. - L'intégration est conforme au plan de marche établi. Avec cette acquisition, nous allons pouvoir nous renforcer sur la volaille standard, un marché sur lequel nous étions le moins présents. Pour optimiser nos positions, nous avons prévu d'investir 35 millions d'euros dans les trois ans pour moderniser et spécialiser les deux sites de produits crus, aux Essarts et à Saint-Fulgent, en Vendée.

 

LSA -Après l'échec du rachat de l'entreprise polonaise Tarczinski, l'international reste-t-il votre priorité ?

D. L. - Après avoir renforcé nos positions sur la volaille et le traiteur, nos métiers principaux en France, nous devons nous tourner vers l'international. En 2009, nous avons réalisé un chiffre de 140 millions d'euros en Pologne. Malgré l'échec du rachat de Tarczinski, nous figurons parmi les premiers intervenants du marché de la volaille et de la charcuterie. Nous avons réussi à dupliquer le modèle LDC en termes de mix produits et de mix clients. Lorsque nous sommes arrivés en 2000, 70 % de notre activité étaient tournés vers la découpe de poulets. Désormais, l'élaboré compte pour 70 %. En Espagne, notre présence est plus modeste (CA de 24 M €), et l'activité essentiellement tournée vers le poulet entier standard. Nous devons accomplir le même chemin qu'en Pologne. La grande distribution est très présente, et motive notre présence malgré la crise qui secoue le pays.

 

LSA - Fin septembre, LDC fêtera ses 40 ans. Quels sont les faits majeurs qui ont présidé à sa constitution ?

D. L. - À l'époque de l'agriculture intensive dans les années 70, les fondateurs de LDC ont cru à la volaille élevée en plein air. C'était un vrai pari. La construction du premier outil industriel à Sablé-sur-Sarthe a permis d'accompagner l'essor de la grande distribution, en proposant no-tamment des produits de découpe. À partir de 1984, LDC a continué de se développer par de la croissance externe. Avant chaque acquisition, nous nous demandons systématiquement comment le projet va permettre au groupe de se valoriser, sur un segment, une région ou un pays. Aujourd'hui, LDC est numéro un français de la volaille et numéro deux du traiteur.

- 2,06 Mrds € de chiffre d'affaires en 2009, + 5,9 % Cette croissance intègre, sur trois mois, les acquisitions d'Arrivé et de Marie.

- 93,7 M € de résultat opérationnel courant, contre 61,3 M € au cours de l'exercice précédent.

- 4,5 % de marge opérationnelle (hors Arrivé et Marie)

- 15 707 collaborateurs

- 50 sites de production, dont 30 dans la volaille et 13 dans le traiteur

Répartition du chiffre d'affaires consolidé 2009-2010 (en M € et en % du CA total)

- 1 600 M € volailles (77,5 %)

- 144,9 M € international (hors export) (7 %)

- 320,3 M € traiteur (15,5 %)

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Article extrait
du magazine N° 2149

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